‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 28 sur 54 · I..\ .NAVICATION DE I.A SK1>E. — l'AllIS PdllT DE MEn · texte numérisé non relu

I..\ .NAVICATION DE I.A SK1>E. — l'AllIS PdllT DE MEn

Nous avons vu le Havre travailhiiil sans relâche à améliorer son port. à élendn! ses relations avec le monde entier. Les progrès et les nécessites (le la marine moderne exigent impérieusement ces transformations incessantes. F/avcnir paraît devoir être aux immenses steamers qui, depuis leur apjiarition, ont bouleversé toute l'économie ancienne de la navigation et réclament des conditions d'atterrage spéciales.

La profondeur d'un port en eau vive, la largeur d'un chenal, la sûreté d'évolution dans une rade, les facilités de décliargemenl à quai, la prompte dispersion des marchandises importées, la raiiidité d'arrivage d'une cargaison, sont les principales sources de l'activité commerciale d'une place maritime. Sous peine de décadence, nous ne pouvons nous laisser devancer longtemps par nos concurrents anglais, belges, allemands.

Les premiers ne sont pas, à beaucoup près, aussi redoutables qu'ils semblent l'être. Notre position continentale reste un immense avantage et, nous le répétons, il nous suflirail de vouluir scricuscmcnt pour acquérir une indiscutable iniluence.

Celte question |)réoccupe tous ceux qui ne se désintéressent pas, à la légère, de l'élude des efforts réalisés par nos voisins de Belgique et d'Allemagne.

Le premier de ces pays possède Anvers ; le second Hambourg, deux ports admirablement situés, et plus admirablement encore aménagés.

Là, on ne s'es! pas contenté tle tirer iiarli des avantages locaux, on a tout fait, on continue de tout faire pour que tles améliorations nouvelles viennent puissamment en aide à la diffusion des relations.

Chemins de fer, canaux et routes à bon marehé coinplèleni un sys-

316 LE MTTOnAI. DE LA FIUNCE

tème de fret iiilelligeiit, réduit, quant aux dépenses; supérieur, quant à la

manière dont il est compris.

11 en résulte que les transactions augmentent chaque jour à Hambourg et à Anvers.... Pourquoi ne proliterions-nous pas de ces leçons?

Nous pouvons faire mieux : hàtons-nous. Ce n'est pas de l'argent improductif, celui qui est prodigué pour mettre en œuvre les forces vives d'un pays.

Depuis longtemps, on réclame l'amélioration de la navigation de la Seine, mais des influences néfastes, avivées par des querelles de clocher, ont ap])orté des entraves à tous les projets présentés.

Le Havre croit lutter contre des mesures désastreuses. Rouen sait combien il lui importe d'obtenir une route d'eau toujours de plus en plus facile, sûre, directe. Les travaux accomplis et les résultats obtenus prouvent ce que l'on peut attendre de l'avenir.

Il ne faut pas oublier que la Seine coule entre deux chaînes de collines laissant peu de solutions de continuité. Les eaux, gênées par ces barrages naturels, ont dû se frayer un lit sinueux changeant brusquement, et à chaque instant, de direction.

C'est bien à elles que l'on pourrait appliquer le nom de Méandre. Ainsi, on compte à peine quatre-vingt-quatre kilomètres de Rouen au Havre, par la route de terre, mais la route fluviale présente un développement de cent cinquante kilomètres. 11 y a donc avantage de près de la moitié du parcours, si l'on prend la voie de terre.

Mais là n'existe pas l'obstacle le plus séi'ieux, quoiqu'il faille compter avec lui. Le vrai danger résulte des bancs de sable obstruant le lit du fleuve, bancs remués par chaque marée et qui ont causé un grand nombre de naufrages : La Traverse en témoigne.

On appelle ainsi la brusque déviation du cours du chenal canalisé qui, suivant la rive droite depuis Caudebec jusqu'à la Pierre-du-Poirier, se dirige subitement vers la rive gauche, et la longe sur un parcours dépassant le port de Quillebeuf (Eure).

Le chenal est, d'ailleurs, jalonné avec soin, mais plusieurs des balises et des bouées ont leur point d'attache sur les mâts et les carènes de navires depuis longtemps ensablés!...

La barre, enfin, accompagne toujours la mer montante. Elle ne devient guère tout à fait menaçante qu'aux marées équinoxiales, mais elle n'en constitue pas moins une cause de retard pour la marche des navires, car cette énorme vague, formée des flots refoulés du fleuve, se dresse comme

une muraille perpendiculaire, et roule souvent depuis l'embouchure de la Seine jusqu'il Houeii.

Une canalisation nouvelle s'impose donc si l'on ne veut voir, dans un avenir presque prochain, diminuer le trafic fluvial.

Pour commencer à remédier à une telle éventualité, un canal a été creusé entre le Havre et la pointe du T.\.\c.vnviLLi;, village riverain de la Seine, célèbre par les belles ruines de son vieux chàteau-fort.

Embouchure de la Seino, entre Le Uavre-de-Uràce et llonlleur. U'^ipri'S une ancienne carli' de N'uraïaudie.

La dislance est d'un peu plus de trente kilomètres.

Les avantages sont très réels, puisque l'embouchure du lleuve est évitée, Cependanl, il va de soi que tout ne saurait se borner là, et que ce travail en appelle nui autre, prolongé non pas seulement jusqu'à Uouen, mais jusqu'à Paris, sinon même au delà.

Cet espuir n'a rien de chimérique pour les ingénieurs. Il y a longtemps

qu'un projet beaucoup plus grandiose encore sollicite leur attention. Déjà, on avait rêvé de faire de Paris un port de mer, en construisant des navires n'exigeant qu'un faible tirant d'eau.

Les Parisiens se souviennent du joli petit bâtiment l'Esther, appartenant au capitaine Le Barazer, et du Frigorifique, conception de M. Le Tellier. Ce dernier navire fit le voyage de la Plata et en rapporta des viandes conservées par le froid.

Mais la marine commerciale moderne ne s'accommode plus de dimensions aussi restreintes. Elle veut des moyens de transport équivalant à ses aspirations, et l'on est en train de rivaliser avec le Gi'eat-Eastern, de légendaire mémoire.

Certes, tous les steamers, non plus que les bâtiments de commerce, en général, ne seront point taillés sur un pareil gabarit; néanmoins, loin de se montrer disposé à réduire les proportions, on leur donnera plus d'ampleur. Le régime de la navigation fluviale doit donc pouvoir souffrir ces changements inévitables.

Un savant du plus haut mérite, un ingénieur des plus distingués, M. DoiQUET DE LA. CuvE, répond à cette alternative en offrant de faire de Paris un véritable port maritime.

Preuves en mains, par le moyen du travail de l'auteur, nous assistons au couronnement d'une entreprise gigantesque et qui, pourtant, semble être presque simple. La Seine élargie, approfondie, supporte des navires d'un fort tonnage. Ils viennent, sans escale, s'amarrer dans de vastes bassins creusés à Argenteuil, à Saint-Ouen.... La marée remonte jusqu'à la Villette....

Rêve! disent les incrédules. Réalité possible! affirment ceux qui prennent la peine de se pénétrer du beau travail de M. Bouquet de la Grye et qui désirent vivement le voir mettre à exécution, car il en résulterait, nous le croyons, un grand bien non seulement pour le commerce de Paris, mais pour celui de la France entière.

niAPITRI-S XXVXWI

Plus (If ciiKi cents ans avant que l'on songeai aux avantages olîerts par les bassins naturels du Ilàvre, un duc de Normandie, Robert le Magnifique, fondait, en 103 4, au sommet d'une colline élevée, située sur la rive gauche de remboucliiMc de la Seine, nu oratoire devenu immédiatement célèbre

Plan lie lloiillour, d'après une ancienne carte (IG93

Notrr-Danir-dn-Grdcc, tel était le nom donné par Robert à celle chapelle, et, certainement, il n'en pouvait guère trouver un meilleur pour h nombreuse population di' marins au miliiMi de hupielle on l'élevait.

En effet, cette colline accusant nettement la rive gauche de l'embouchure de la Seine, comme les coteaux d'Ingouville et de Sainte-Adresse signalent la rive droite du même fleuve, elle devient un point de repère précieux pour les navigateurs. Les touristes y trouvent un splendide observatoire .

Mais si, tout de suite, nous nous rendions à Grâce, Honfleur perdrait de son prix ii nos yeux; hâtons-nous donc de le visiter.

Malgré le voisinage du Havre, cette ville travaille activement et tire le meilleur parti possible de sa position. La population maritime s'y livre à la pêche colière.

Il possède de vastes chantiers de bois du Nord et fait un commerce assez étendu de charbons anglais. Dernièrement, de grandes améliorations ont été apportées au service de la navigation et, en dépit des vases, des galets, Honfleur se trouve en possession d'un vaste avant-port et de bassins à flot.

Quelques débris semblent indiquer l'emplacement de la forteresse élevée par Henri IV. On trouve encore de vieilles maisons dans la rue Basse.

Toutefois, ce que l'on visite avec le plus d'intérêt, c'est la vieille et très curieuse église Sainte-Catherine. Sa tour, bâtie en bois comme l'église, en est séparée par une rue; des poutres, recouvertes d'ardoises, l'étayent de tous côtés. Des sculptures et des tableaux achèvent de rendre digne d'attention cet antique monument

Un souvenir qu'il est impossible d'oublier quand on parcourt Honfleur, c'est la bravoure déployée par ses i marins, chaque fois que les nécessités de la guerre les ont appelés à combattre l'ennemi.

Lors des terribles épreuves subie par la France, sous le règne de Charles VI, devenu fou, les habi- ,,

Uo.MLELR. — liaSMn SauUe-lJatlieriiie.

HONl- l.El'R. - NOTKE-DAMF. DE ORACf.

r»K hlNKEFlQUK \(' MONT SAINT-MICHEL 3Î3

lants de Honfleur coulèrent bas la flotte anglaise, commandée par l'amiralo Iliigiies Spencer.

En 1795, ils contribuaient à la prise du fameux commodore Sidney-Smith, et peul-ôtre que, si on II! leur avait laissé garder, l'habile marin ne se fût point échappé, et n'eût pu préparer le désastre subi, par notre armée d'Egypte, devant Saint -Jean d'Acre, en 1779.

De patients chercheurs ont prétendu que, par l'examen de vieilles chroniques, on pouvait anirnior que les marins honfleurais abordèrent les premiers en .Vniérique.

Nous ne pouvons décider de cette prétention ; mais, certainement, llonlleur suivait l'exemple de Dieppe, et engageait 'des navires dans les expéditions les plus aventureuses.

C'est de son port (|uc le capitaine De.ms partit pour Terre- Neuve, dont il prit possession au nom de la France.

Honfleur revendique Tlionneur de compter parmi ses enfants le navigateur Ui>ot Le Paulmier de GoNNEViLLE, premier explorateur des terres australes.

Mais Harfleur résiste à cette prétention. Peut-être la synonymie

d'appellation des deux villes a-t-elle causé quelque confusion pour les historiens.

HoNKLEUB. — Phnre de rHospice.

Nulle incertitude, an (diilraire, en ce qui concerne le lieu d

e naissance

de

l'un des pères de la photographie moderne. Daguerre est bien Honfleurais. L'entrée du port de Honfleur est protégée par deux phares : l'un, feu fixe

HoNFLEuii. — Cote de Grâce.

rouge, de quatrième ordre, se trouve à l'extrémité de la nouvelle jetée ; le second, feu blanc fixe, de premier ordre, se trouve sur la jetée de l'Hôpital

Lorsqu'on arrive dans la ville par la roule de Caen, une avenue de plus de trois kilomètres de longueur donne aux touristes l'ombrage de ses arbres

HoNFLEDB. — Autel de Notre-Dame de Grâce.

séculaires, et l'impression n'en est que meilleure pour se disposer à gravir la colline de Grâce.

Autrefois, il est vrai, la côte était infiniment plus abrupte. De nos jours.

DK nUNKERQl'E AU MONT SAINT-MICIIEL 325

on en a admici la [leiite, on a inôiuo poussé la prévenance jusqu'à y in.>lallcr des bancs de repos.

Mais admettons une laliyiie plus yiande encore, le déduniiuagemeiit o>t bien merveilleux.

On croirait avoir gravi une liaulcin- piddigicuse, teilcniunt l'horizon se déroule grandiose. La Seine, élargie, vient mèli-r ses eaux calmes aux Ilots plus tumultueux de la Manche.

Il est vrai que, les jours de vents d'ouest, le fleuve, imitant la mer, roule de grosses vagues, et qu'à l'époque du mascaret, ou barre, le spectacle devient saisissant. Les habitants du pays appellent simplement ce

llo.^FLLl;ll. — Ancien IIô:cl de ville.

phénomc^ne : le flot. En effet, c'est un vérila'cle flot qui, de la mer, va rouler jusqu'à Rouen, et refoule en grondant les eaux de la Seine.

l)cux bancs de sable apitclés d' A m fard et le Rallier, futures îles formées par les dépôts fluviaux, divisent l'embouchure de la Seine. Puis c'est Ilonfleur lui-même, Tancarville, llarfleur. Le Havre, la Maiiclio, incessamment sillonnée de navires...

C'est la verdure des campagnes, mêlant sa teinte fraîche au bleu du ciel, au vert glauque ou azuré des flots, à la blancheur de l'écume, toute diaprée des reflels du soleil...

C'est le murmure venant de la terre et se confondant avec le sourd bruissement qui frappe sans relâche le rivage.... C'est la pointe noirâtre des écueils, couverte ou surgissant tout à coup.... C'est, en un mot,

^^^fel^«t^^£âs

Le banc d'Anifanl.

comme une prière immortelle offerte à Dieu par les œuvres de sa main paternelle.

On ne quitte que bien à regret ce tableau admirable On ne peut

jamais l'oublier.

Honfleur est en conmiunication avec Le Havre, distant de 12 kilomètres environ, au moyen d'un bateau à vapeur qui fait plusieurs voyages par iour.

II communique aussi avec l'Angleterre par Southampton.

Ancienne coiffe des environs de Honfleur.

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