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CHAPITRE XXXII

DE nONFLEUB A DIVES

Chaque petit village normand, situé sur un point quelconque de la côte, devient vite, à présent, une station de bains. Beaucoup d'entre ces bourgades, cependant, sont loin d'avoir une plage favorable ; mais l'air pur, joint à la proximité de Paris, fait leur fortune.

Qui donc, autrefois, songeait à Vasouy, à Villerville?

Moins aristocratiques que Trouville et Deauville, on y rencontre, pourtant.

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ViLLEnviLi.E. — La Plago.

des buts de promenades charmantes. Toute la campagne est riche, fertile, bien cultivée. Après le bain, il est agréable de longer ces champs si verts ou de se reposer à l'ombre des pommiers touffus.

Le château ou, plutôt, les ruines du ch;\tcau de Bonneville, reculées de sept kilomètres dans les terres, occupent à peu près le sommet d'un triangle dont les pointes s'étendent de Touques Ji pont-l'Évéque. Cette

forteresse célèbre fut bâtie par Guillaume, duc de Normandie, qui allait devenir le maître de l'Angleterre.

Guillaume affectionnait beaucoup son bon château de Bonneville, et il y tenait volontiers sa cour. De même, il protégea Touques, où nous retrouverons des marques de sa munificence.

Avant d'entrer à Trouville, faisons une petite station à Touqdes, ce sera justice. On ne parlait point encore de la moderne ville de bains de mer que, depuis des siècles, sa voisine était en possession d'un commerce très flo-

ViLiERviLLB. — L'Église.

rissant. Nous avons une preuve de son ancienne importance, par ses deux belles églises : Saint-Pierre et Saint-Thomas.

La première date du règne même du fameux Guillaume, et elle a conservé quelques parties de cette époque. Elle est rangée parmi les monuments historiques. Saint-Thomas date d'une centaine d'années plus tard.

Après ces vénérables édifices, témoignages de la munificence des souverains normands, on visite les vieilles halles en bois et le château de Montruit, superbe spécimen de rarchiteclure du seizième siècle.

Mais les jours de gloire de l'antique petite cité ont pris fin. Trouviu.e s'est emparé de tout le commerce, de tout le mouvement de voyageurs, de tout

BONNEVll.I.K. - lUINES I) f CHATKAt

le bruit di; la mode.... et oublie qu'il doit, en quelque sorte, sa prospérité à un liubitaiit de.... Touques.

Frappé de la belle position de l'humble station de pécheurs. M. Desseaux se mil en tète d'en faire une ville véritable. Cette idée qui, plus tard, devait être le point de départ de tant de fortunes, ne fut pas heureuse pour \'inv''i)[rin- de Trouvillc.

iiiÉ:ïM.

Tmoivili-k. = Le Casino.

Quinze ans après, la renommée de la nouvelle plage de bains grandissait chaque jour, et elle n'a fait que s'accroître.

Celle renommée, d'ailleurs, est méritée. Tout se réunil en faveur île Trou ville.

Les rues étroiles de la vieille ville conlraslenl avec les quais spacieux, toujours animés par la présence d'un grand nombre de bateaux de pèclic, de yachts de plaisance, de bàliiuciils île (.■omiiiorcc.

La grève, immense, déploie un véritable Inxe de sable fin et doux, f^es galets n'y blessent point le pied des baigneurs, les vases et l'eau saumàtre n'alTectent point leur odorat.

Un panorama ravissant se déroule devant leurs yeux, et le fond du tableau est formé par de cbarmantes collines couvertes d'une verdure touffue, parsemées de riches villas, de coquets chalets.

La mode a donc eu raison d'adopter Trouville. Mais une ombre ternit cette splendeur. La proximité de la ville avec Paris y amène, pendant l'été, une véritable foule, très élégante, qui veut, à la fois, profiter de l'air salubre et {garder toutes les habitudes mondaines. On va au théâtre, aux courses....

jp^^.^CT>T<a?y

Cela répand beaucoup d'argent chez les habitants; toutefois, les personnes souffrantes ou ayant besoin d'un véritable repos préfèrent une plage moins bruyante, et l'on en trouve lorsque l'on suit l'admirable côte qui va se déroulant de Trouville au delà de Cabourg.

Traversons la rivière qui a donné son nom à Touques. Nous voici dans la très élégante et très fréquentée Deau ville, rivale de Trouville, plus aristocratique même que cette dernière.

11 y a trente ans, on ne songeait guère à la possibilité d'une semblable transformation. Les marais et les dunes occupaient en maîtres tout le terrain .

DE DUNKERQt'E AU MoNT «^A INT • MICHEL

C'était le pays de la fijvre. pou habile, du reste.

Quand ou voulait traverser le petit fleuve, on avait recours à un passeur, qui dernatidait cinq centimes pour |irix de son labeur.

Aujourd'hui, on franchit la Touques sur un très beau pont, et, à la [ilace des marécages, des sables arides, on trouve de magnifiques villas, des châteaux princiers.

Rien ne manque à la cité nouvelle qui possède une église, une

Vii.i.HRS. — r/Église.

iii^

mairie, un temple, dos rues bien tracées — Un hippodrome, très à la mode, voit cluuiuc année des courses célèbres.

Nous qui aimons tlavaulage la tranipiillité, nous continuons vile notre roule vers Uives.

D'abord assez plat, le sol ne larde jmint à s'élever et, bientôl, les côlcs se présentent rapides. \u sommet de la falaise, nous passons devant le

hameau de Bénerville, dont l'humble chapelle, toute verdie de mousse, semble s'effondrer sous le poids de sa pauvre toiture.... Elle date du onzième siècle, cette église presque abandonnée, car le mouvement de la population se porte vers Deauville, d'un côté, et, de l'autre, vers le bourg, toujours grandissant, de Villers-sur-Mer.

De la hauteur où nous sommes parvenus, l'horizon est admirable.

Pourtant, nous ne nous arrêterons pas longtemps; car. plus loin, nous verrons mieux encore. Chaque tour de roue de notre voiture nous conduira, désormais, vers les plus charmants paysages.

La côte franchie, le chemin devient facile jusqu'à Villers, hameau en 4852, et aujourd'hui station de bains très appréciée.

Peut-être, sous les ducs de Normandie, Yillers était-il important. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on retrouve, près du beau château moderne, une motte ancienne marquant l'emplacement d'une demeure féodale. Puis, aussi, l'église est remarquable. Sa nef date du onzième siècle et le chœur du treizième siècle. Une vieille tradition affirme, qu'autrefois, l'église se trouvait au centre de la paroisse qui, du côté de la terre, s'étend à plus de quatre grands kilomètres. La mer ayant beaucoup gagné sur la grève, trois cents mètres à peine, la séparent du monument et, sans doute, elle emportera encore plus d'un lambeau de la jolie plage.

La générosité des nombreux baigneurs venant chaque année passer la saison dans cette agréable station, a permis de restaurer avec soin l'intéressant édifice.

Ici, tout comme à Trouville, il y a beaucoup d'élégance. Les constructions nouvelles reculent de plus en plus les bornes de la petite ville. Ce ne sont que maisons et véritables châteaux bâtis avec un confortable, une richesse ne laissant rien à désirer.

La campagne y est extrêmement attrayante : ce sont de hautes collines boisées, des ravins rapides, couverts d'une herbe épaisse et animés par le bruit des ruisseaux; des fermes annonçant l'aisance, de magnifiques prairies avec leur population de bœufs et de vaches dignes, souvent, de figurer dans les concours.

Quant à la plage, elle est toute de beau sable, et sa ligne d'horizon ne lasse jamais l'admiration des baigneurs.

I)K lilNKF.iini K M MONT SAI.NT - MICHEL ;J37

Lorsque, de Villcrs', on veul se diriger vers Dives, deux routes se présentent : celle qui permet renijilui de la voiture, en faisant, à travers clianips, un long détour aboutissant à Deuzeval ; celle qui, accessible seulement aux pii'loiis, passe sous les falaises d'Aubcrville, en côtoyant le banc de petites roches appelées les Vaches Noira.

Cette dernière est de beaucoup la jdus agréable. La fatigue qu'elle peut occasionner trouve une compensation dans les mille aspects de la grève et les découvertes marines qu'il arrive de faire.

Car les falaises sont en argile bleue d'Oxford et elles renferment beaucoup de ricbesses géologiijues, sans compter que les roches offrent des trésors pour les pêcheurs jialienls. Les varechs soutiennent des moules presque microscopiques, n)ais si délicates! Les anfractuosilés des pierres servent de retraite aux crabes, le flot montant y amène beaucoup de crevettes et les oiseaux de mer s'y rencontrent nombreux.

Pour toutes ces raisons, il ne faut pas hésiter, lorsque l'on est bon marcheur, à passer devant les Eqncniiuts.... Tel est le nom pittoresque donné aux groupes de falaises par les gens du pays.

Nous n'ajoutons point, la chose se comprenant d'ellc-mémo, que la route de la plage ne peut être suivie qu'à mer basse.

Toujours en longeant la côte, dont beaucoup de points atteignent une hauteur de cent mètres, on arrive à IIoilgate-Bkijzeval.

Ces deux localités se touchent et, pourtant, on les croirait placées à une grande distance l'une de l'autre.

Houlgate possède de vrais châteaux, des parcs, des villas, des lacs, des pelouses, un temple.... remplaçant de beaux herbages ou des dunes de médiocre valeur.

Aujourd'hui, une colonie anglaise y a élu domicile, apportant avec elle le goût du conjorlahle el de l'élégance britannique dans sa pureté intégrale.

A lieuzeval, par contre, on se croit plus en famille, moins obligé de sacrifier à la mode, de faire parade d'une grande fortune.

Et, chose à considérer, le pays y est aussi agréable, puisipie, nous le répétons, les deux localités se touchent.

Lorsque l'on a pris son bain, on peut se donner le plaisir do longues

1. Où l'on arrive maiiUciiant pai- un cliciiiiu lic fer, prolongé sur Dives et Cabourg.

promenades à travers une campagne souriante, accidentée, bien ombragée et bien arrosée.

Tout ce coin de la Normandie est vraiment superbe.

Ne quittons pas Beuzcval sans rappeler que, lors des guerres du premier Empire, un pilote de ce village eut le bonheur de se signaler par un grand acte de courage et de sang-froid.

Deux frégates, appelées le Vésuve et la Confiance, sortaient du port du Havre; chassées par l'ennemi, elles s'efforçaient d'atteindre la petite rivière de Dives.

Mauoer, le pilote beuzevalais, rappelons hautement son nom, Mauger n'iiésita point à commander une manœuvre hardie qui força le succès. Le Vémve fut sauvé par lui. La Confiance, moins bonne marcheuse, fut victime du feu de l'ennemi, mais l'équipage put gagner la grève de Houlgate.

Peut-être ce souvenir, et plusieurs autres du même genre, ajoutés à un fait historique d'une importance immense, dont nous nous occuperons tout à l'heure, ont-ils contribué à donner l'éveil sur les services que la rivière de Dives pourrait être appelée à rendre, dans la défense de celte partie du littoral français.

De nos jours, c'est par un bon chemin, conquis sur la mer, que l'on se rend de Beuzeval à la ville de Dives-, mais les gens de la contrée se rappellent le temps où, pour accomplir ce trajet, il fallait attendre le bon plaisir du flot, si l'on ne préférait gravir péniblement le sommet de la côte.

Trop souvent même, quand on avait attendu, il fallait se résigner à la fatigue de l'ascension, parce que les vagues, dans leur effort, avaient enlevé ou fait écrouler une partie de la falaise.

Semblable accident se renouvelle encore assez fréquemment, malgré le minutieux entretien du chemin. C'est que les collines n'ont pas d'autre assise que l'argile. Des pluies prolongées aident l'action des flots, et il n'est pas rare d'assister, en un espace de temps très court, à la formation de galets considérables, dus à l'action de l'eau salée sur cette argile'.

1. Les superbes travaux du cliemin de fer qui relie Dives à Trouville, mettent Beuzeval aussi à l'abi-i que possible des catastrophes causées par les grosses marées et les violents coups de mer.

DE DINKKUOLL Al.' MONT SAINT - MIT.IIEL 3:i9

Nous allions oublier, et c'eût élé dommage, de mentionner l'un des plaisirs fuvoris des baigneurs et des liabitunts de la côte : La pêche à l'c'iuille.

Le mol : iiècho, n'est pas absuluiiicnl exacl, tar, pour s'eMi[)arcr du pelil poisson, couleur d'argent, si exquis en Irilure, point n'est besoin de lilels ni de bartjue.

Une lourclie ù brandies aplaties et un panier suffisent.

L'équille, nommée lançon en Drclagnc', ressemble beaucoup à une anguille, mais les plus longues ne drpasscnt guère vingt centimètres sur un

EquiUes.

grosseur de cincj à six conlimètros. C'est alors un beau brin, disent les pèclieurs normands.

L'équille se cache dans le sable humide du rivage. A certains moments de furies marées, on peut, disent toujours les bonnes gens du pays, la prendre d'assis, c'est-à-dire qu'elle est tellement abondante que les plus maladroits pécheurs, ou cliaxseurs, comme on voudra, en coptuienl une grande quantité.

A ce jeu, il faut avoir les reins souples et une réelle vivacité de mouvements. On enfonce dans le sable la petite fourche dont on est muni, et on la relève, amenant à la surface, avec les tas de sablon mouillé, un ou

<. L'équille lail parlie de la classe des poissons apodes, c'csl-i-dirc des poissons (|ui ac possWcnl pas de nageoires ventrales.

plusieurs points brillants qu'il faut se dépêcher de saisir, car le museau pointu de Féquille rouvre, avec une rapidité surprenante, le chemin au pauvre petit poisson vers une letraite nouvelle.

De très loin, les cultivateurs viennent en partie de plaisir pocher avec leur famille. Parents, enfants se portent des défis, et c'est un tableau des plus animes, des plus joyeux.

Les habiles y gagnent d'excellents changements à leur nourriture ordinaire; parfois leur garde-manger s'enrichit de conserves, l'équille supportant bien une salaison modérée.

HoNFLEUR. — Plate : lîàteau do ])êche.

Migm&^^t^

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