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La ville a pris le nom do la rivière qui la baigne

En souvenir de l'événement, une colonne en granit a été érigée (1861) sur le point culminant de la falaise de Caumont, regardant la rivière, et des tables de marbre, portant inscrits les noms des compagnons du duc normand, ont été placées dans l'église du bourg.

Les habitants disent : ville. L'aspect des lieux leur donne raison. On retrouve plus d'une trace de l'importance de Dives. Beaucoup de rues se dirigent au loin dans la campagne, témoignant que les maisons devaient être plus nombreuses. Les halles, fort anciennes (quatorzième et quinzième siècles), ne sont pas celles d'un village.

Encore bien moins l'église, vaste et bel édifice, dont quelques parties remontent au onzième siècle.

On a dit. avec raison que ce monument vénérable prouverait, à lui seul, la prospérité dont, il y a huit siècles, jouissait la petite ville. Une simple

Ar.cionncs coiffes des femmes de Dives et de DeauTiile.

bourgade n'avait pas besoin d'une église bâtie sur de pareilles proportions; mais les chevaliers de Guillaume devaient s'y sentir à l'aise.

On visite encore avec intérêt une maison bien conservée datant du dixseptième siècle, et une autre, plus vieille de cent ans, sinon davantage.

Cette dernière porte fièrement le nom à' Hoslellerie de Guillaume le Conquérant. Une chronique prétend que la mer baignait alors les murailles du vieux logis. Gela se pourrait; la pointe de Cabourg n'existait pas encore. Elle ne s'est formée que peu à peu, sous l'effort des vagues, charriant d'immenses quantités de sable. L'embouchure de la rivière devait occuper une position plus à l'ouest de la gare actuelle du chemin de fer conduisant à Mézidon.

Une chose très certaine, c'est qu'il fallait trouver des ressources de toute sorte pour l'armée normande, composée de cinquante mille hommes. Plusieurs navires furent envoyés de Touques, à Dives, rejoindre l'expédition.

i)i: i»r\hi:iioi i. \i mom saim-miciii;

3ir,

Aiijuiinriiui, la pi-tilo villt; su consacre luiilo ciilière aux lia\aux ilr la paix. Kilo possc'de une source de revenus importants dans la population, (le plus en plus nombieuse, des baigneurs attirés par la beauté du pays.

Le samedi, un marché fort bien approvisionné réunit II- petits propriétaires et les i'crmières qui y apportent de magiiilii|iies \ulailles, ilii beurre excellent, du lroma[,'e délicieux.

C'est le pays du bon rivrc.

Le y septendjre, une i'oire célèbre commence et dure trois jours. Au-

DiVES. — Ilostcllcrio de Guillaiiiuo le CoiH|UÙrant

Irefois, on pouvait y admirer les riches costumes normands. Maintenant, les modes modernes envahissent les campagnes les plus reculées. C'est fâcheux pour le coup d'oeil, mais, naturellement, les affaires n'en souffrent pas.

Pour nous, simples voyageurs, nous ne quitterons pas la ville sans gravir le Pavé. Ainsi s'appelait une vieille route pavée, remplacée par une voie empierrée, allant rejoindre celle qui, de Trouville par Touques, conduit à Varaville et à Caen.

L'excursion n'a rien de très pénible, quoique la côte soil des plus

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rapides. Le fùt-elle davantage, on oublierait bien vite ce léger inconvénient devant la splendeur du tableau dont on jouit avidement.

A droite, la côte se recourbe en un immense fer à cheval, jusqu'à la jetée du Havre, montrant dans ses replis les jolies constructions blanches des stations de bains, des bouquets de bois touffus, la ligne brillante des ruisseaux, des rivières et du grand fleuve : la Seine.

L'ondulation du sol dentelle les rivages de la verdure gaie des prairies ou du sable aride des dunes.

A gauche, c'est la plage coquette de Cabourg, puis une courbe nouvelle, et la pointe dessinée par les terres de l'embouchure de l'Orne; sur la ligne d'horizon passent, nombreux, les navires et les barques; à nos pieds, c'est un profond ravin tout frais, tout vert, baigné par la Dives.

Sous l'éclat du soleil, l'ensemble est prestigieux; pourtant, à la nuit tombante, un charme plus séduisant ajoute à la magie de l'ensemble.... Les phares font briller leur lumière protectrice, tantôt fixe et blanche, tantôt mouvante et colorée. On croirait que les étoiles de la pointe de la Hève s'avancent vers les feux de la pointe d'Ouistreham et toutes ces lueurs, se mêlant aux lueurs des habitations, jettent sur les vagues d'étincelantes traînées, où les nuances de la palette divine sont avivées par le mouvement perpétuel du flot.

Quand on a gravi la côte de Grâce, à Ilonfleur, et le Pavé, à Dives, on peut, sans exagération, dire que l'on a contemplé les deux plus beaux horizons de cette partie du littoral français.

Cadourc, station de bains toute moderne, parait, ensuite, un peu moins agréable; mais, rentrant ainsi dans les exigences de la vie ordinaire, on se trouve, inconsciemment, poussé à l'injustice.

Cabourg est devenu une véritable ville, élégante et simple à la fois, avec une admirable plage, de belles et fraîches avenues, un casino, des chalets gracieux.

Qu'il y a loin de ces richesses aux marécages de jadis, et comme la nouvelle église ressemble peu à l'antique chapelle, dédiée à saint Michel, dont se contentaient les pêcheurs lialiitant ces landes et ces terrains humides, si peu attrayants.

Chaque jour, cette station de bains prend plus d'extension, le chemin de fer rendant les communications très faciles.

Les transformations s'accomplissent vite sur ces belles plages nor-

DE DUNKEflOLK Al MONT SAINT-MICIIEI 31":

mandes, dovcmies une sorte de banlieue de Paris, lellenienl l'habitude est prise d'y aller passer, dans la belle saison, un jour ou deux par semaine.

Kn voyant si pimpant le IIomk-Vahaville, continuant en quebjuc sorte le champ de courses renommé de Cabourj,', on a peine à se souvenir du j)auvrc poste de douaniers occupant encore, il y a bien peu de temps, cette station de bains, déjà très suivie.

Nous nous y sommes arrêté un moment, très volontiers, et notre halte nous a valu d'entendre une histoire qui mérite de ne pas rester conlinée dans des traditions locales trop peu souvent fouillées.

.\ une petite distance du Home, et faisant partie de la commune de Mkrvu.i.e, on trouve une vieille redoute, un fort, dont les gordiens devaient, autrefois, surveiller une assez vaste étendue de côte et particulièrement l'entrée de la rivière l'Orne.

Par malheur, on négligeait souvent de renouveler ces garnisons, et le moment vint où la redoute de Merville ne compta plus qu'un seul défenseur.

Mais, dans le cœur de cet unique soldat, un grand courage s'alliait à l'amour de la Patrie: il en devait donner une preuve merveilleuse.

C'était en 17G2. Nous nous trouvions en guerre avec l'Angleterre et, chaque jour, des tentatives nouvelles avaient lieu contre nos ports. Une après-midi, Michel Cauieu, ainsi se nommait le gardien de la redoute, s'aperçoit que des navires ennemis se dirigent vers l'embouchure de lOrne, avec l'intention évidente d'y pn'parer un débarquement de troupes.

Une anxiété généreuse étreinl l'âme de Cabieu. Que peut-il faire ? Périr ou être emmené prisonnier.... sans que sa propre perte soit utile à la Patrie. Le brave soldat ne se résigne point à une telle alternative. L'esprit, le sang-froid, unis au courage, lui inspirent un plan bien simple.

11 sait (|ue la redoute est à demi-cachée par les dunes de sable. Facilement, il épie toutes les manœuvres de l'enneini, sans que ce dernier soit à même de se rendre compte du plus ou moins de force de la garnison Irançaise.

Cabieu piolile de cette situation. S'emparant d'un tambour, il se hâte de battre une charge furieuse, en même temps qu'il crie, parle, donne des ordres à des soldats imaginaires, fait rouler des cailloux le long des murailles. Le tout sans relâche et avec un entrain exlraordiiiairc.

Les Anglais s'étonnent.... Auraient-ils été mal renseignés? Leur entreprise, si bien combinée, va-t-elle trouver un obstacle sérieux? Le tapage redoublant, la prudence l'emporte, les voiles sont déployées et les navires s'éloignent lentement

Cabieu n'ose encore croire à son triomphe. Il continue à faire tout le bruit possible ; mais quand, enfin, vaincu par la fatigue, il tombe épuisé, son regard suit avec joie, dans l'ombre du soir, la silhouette, de moins en moins distincte, des bâtiments ennemis.

Au matin, l'air frais le ranime, mais nul danger ne menace plus ce point du pays : la mer est libre....

Les habitants firent une ovation à Michel qui, désormais, fut connu sous la caractéristique appellation de : Général Cabieu.

Gaîment, il la porta jusqu'en 1804, époque de sa mort.

Elle était bien méritée.... A soi, tout seul, disperser une flotte!

Les annales de nos provinces sont pleines de ces traits généreux que l'indifférence oublie, mais qu'il est bon de présenter, parfois, à notre souvenir pour raviver en nous la grande image de la Patrie.

Les circonstances du beau fait d'armes de Cabieu se trouvent diversement relatées dans plusieurs documents authentiques; mais tous sont unanimes à louanger l'humble garde-côte.

Un Mémoire tiré du recueil de M. C. Ilippeau, ancien professeur à la Faculté de Gaen, Mémoire faisant partie des archives du château d'Harcourt, dit que.... « Cabieu, sergent garde-côte de la paroisse d'Ouistreham, se mit à la tète de trois ou quatre gardes-côtes qu'il rencontra et marcha vers les Anglais : ses compagnons l'abandonnèrent. »

Une autre pièce est le récit fait à l'Assemblée constituante, le 4 septembre 1790, par M. Cussy, député du Calvados; il contient ce passage significatif : «.... le seul tambour de sa compagnie l'avait suivi, mais ne larda pas à le quitter.... »

Un rapport rédigé par Oudot et lu à la Convention nationale le 25 thermidor an II (12 août 1794), dit expressément:

a Michel Cabieu se porte au-devant de l'ennemi....»

La seule différence dont nous devions tenir compte, c'est que la redoute défendue doit être celle d'Ouistreham. Toutes les relations s'accor-

un ItUNKEllQL'E AU MONT SMM-MICIItL iiôl

daiil à la plarer sur la rivi; ijanchc il.; lOirii,', lundis que la stalion de Mei*ville est situije sur la rive droite

Quoi qu'il en soit, le numéro du Moniteur universel, portant la date du 15 août IT'Ji, conlicnl un décrel de la Convention donnant à Ouistrehani le nom de Cahieu.

C'éUul dignement honorer le courageux soldat.

Pendant quelques années, le décrel fut respecté et l'on trouve, toujours dans le Moniteur, le récit de plusieurs faits accomplis à Cabieii; une parenthèse sépare le nom nouveau du nom ancien, qui finit par reprendre droit de cité.

Louis XV avait accordé à Cabieu une pension de cent livres. Le 4 septembre 1790 et le 12 août 17'J4, il fut, de nouveau, recommandé aux députés.

La Convention lui vuta un secours de six cents livres et nous venons de voir ce qu'elle fit pour sa réputation.

Né le 2 mars 1730, le général Michel Cabiou mourut le 4 décembre 1804.

Donnons un coup d'œil à Sallenelles, situé sur la rive droite de l'embouchure de l'Orne. Les plages du Home et de Cabourg ont détrôné ce village où, autrefois, on allait volontiers prendre les bains de mer. Cependant, la mode pourra bien, un de ces jours, prendre Salenelles sous sa protection et en faire une jolie station. Le pays y prête.

Si nous ne voulons pas franchir l'Orne en bateau, nous suivrons la rive du petit fleuve jusqu'au pont de Ranville, pont tournant qui a remplacé le bac incommode dont devaient, il y a peu de temps encore, se contenter les piétons et les voituriers.

Mais ce léger détour ne nous empochera pas daller visiter Ouistkeii.vm

ou OVESTUEIIAM.

Le nom .-eul de cette ville indique son origine saxonne, et l'orthographe en a été modifiée pour la reiulie plus euphonique à nos oreilles et à nos yeux français.

Ouistrehani fait un assez fjorissant commerce, dont le plus clair bénéfice provient de la mer et de tout ce qui s'y rattache.

Son port possède un beau chantier de construction pour les petits

navires et un vaste bassin muni de portes de flots énormes, magnifiques, qui ont dû coûter bien des soins à leur entrepreneur.

Dans ce bassin même, débouche le Canal de Caeii à la mer, voie de quatorze kilomètres, extrêmement utile au commerce, car les passes naturelles de l'Orne sont d'un accès difficile et ont été trop souvent l'occasion d'abordages désastreux.

Le chenal de l'avant-port d'Ouistreham est éclairé, la nuit, par deux

OuisTHEUAM.— L'Eglise.

feux placés, l'un dans le clocher de l'église, l'autre dans la redoute défendant la petite cité, qui voit passer les navires chargés de grains, de farines, de sel, de houille, de fonte, d'acier, de fer, do vins, d'eaux-de-vie, de sapins du Nord, de denrées coloniales, d'huile, de machines : Caen, chef-lieu du département, étant très commerçant.

Ouistreham peut offrir plus d'un sujet d'études agréables. L'église, maintenant classée parmi les monuments historiques, est presque tout entière de style roman. A son chevet, ou abside, de forme

m: bl NhtHQI.K AU MONT SAINT-MICMKL Jô.'}

rondi% s'élcvo une grosse tour quadraiigulaire supportant l'un des feux qui éclairent l'entrée du port.

La laçade offre celte particularité que quatre des ordres d'architecture y sont superposés.

Un édifice aussi important prouve bien, qu'autrefois, Ouistreham fut un lieu renommé, beaucoup plus peuplé qu'il ne l'est à l'heure actuelle : Caen, par sa situation et son activité, lui ayant enlevé une notable partie des affaires cominerciales, dues à la navigation de l'Orne.

Une seconde preuve de l'ancienneté et de l'intérôt que l'on attachait à cette petite ville, se retrouve dans les ruines intéressantes découvertes sur son territoire.

Les sculptures, très nombreuses, témoignent que de riches habitations et des temples y avaient été élevés.

Puis, on retrouve une voie romaine et un camp également construit par les soldats du conquérant des Gaules.

Enfin, si tous ces souvenirs paraissent être un peu trop sérieux, on se rend au bord de la mer soit pour se baigner, soit pour pêcher : la côte, quoique bien fouillée, donnant encore asile à une foule de petits poissons de rivage, sans compter les crevettes et les huîtres.

Aussi, pendant l'été, vient-on beaucoup aux bains de mer d'Ouistreham. Toutefois, on fera bien de se méfier de certaines parties des grèves. Les courants constants, qui agitent ces immenses masses de sable, créant plus d'un danger sérieux.

On ne doit jamais oublier que si la mer offre de grandes séductions, elle est, par-dessus tout, capricieuse et terrible. La plus simple prudence commande donc de ne point s'exposer à subir le contre-coup de ses retours offensifs.

Il est impossible de venir à Ouistreham et de ne point aller visiter Caen, l'une des villes les plus industrieuses du Calvados. Elle a, d'ailleurs, un véritable port formé par le confluent de l'Orne et de l'Odon et qui compte au nombre de ceux dout l'amélioration a été reconnue néces-

saiie

CHAIMir.E XXXIV

Rolalivcinonl ;\ |)liisieur>; nutrcs cités du Calvados, Cacn ost une ville moderne.

Lonj^li'n)|is avant la conquête romaine, Baveux était connu. De même, Lisieux comptait au nombre des forteresses gauloises.

Cacn, cependant, ne pouvait tarder à obtenir la |)remiùre ])lace. Son avantageuse situation, au conlluent d'une rivière et d'un petit lleuve, lui assurait la prépondérance sur toutes les villes voisines.

IIuET, le célèbre évèque d'Avranches, qui dé<lia à Caen « sa chère patrie » l'ouvrage historique entrepris uniquement « |)our elle », écrit que celte ville fut, en quelque sorte, « l'ouvrage du hasard » et cite le premier témoignage historique auquel on puisse avoir recours.

Il date de 1020, et jjorte le sceau de liichard IF, duc de Normandie, qui alloue à l'abbaye de 1 ecamp, la dimc sur les douanes de la petite citi'.

Néanmoins, celle-ci devait alors commencer à sortir de son obscurité, puisque l'acte ducal mentionne l'église, le marché et le porl de Calliim'. Ainsi orthographiait-on le nom de la ville. Plus tard, on écrivit Calliein d'où, par contraction, est venue l'appellation moderne. Longtemps on a prononcé Cacn.

Les ducs normands eurent le mérite de comprendre l'avantage offert par une semblable position, voisine de la mer et pouvant faire rayonner facilement ses relations sur une grande étendue de territoire.

Le fils de Robert le Marjnifiquc, ou le Diable, Guillaume, futur souverairi de rAngleterre, alliait aux mérites du capitaine le génie d'un cîiof d'État

1. D'autres ont lu : CaJon, mot saxon qui signifierait : vtlU de gurrre.

Il aima et protégea Caen, lui donnant, en toute occasion, des marques de sa munificence : témoin, la fondation des monastères dits : Abbaije-auxllommes et Abbaye -aux- Dames. Ces deux splendides joyaux furent construits par obéissance envers le pape Nicolas II qui, moyennant une telle soumission, levait la censure ecclésiastique frappant le mariage de Guillaume avec sa cousine Mathilde de Flandre.

Ainsi qu'il arrive toujours, le duc s'attacha à son œuvre et la dota de façon royale, lui léguant, outre autres choses, sa couronne et son sceptre. VÀbbai/e-aux-Hommcs (Saint-Étienne) devint le lieu de sa sépulture, et ÏAbbaye-aiiX'Dames (Sainte-Trinité) fut celle de la reine-duchesse, Mathilde.

En même temps, Caen se fortifiait. On l'entourait de remparts et on lui donnait la protection d'un château.

Les successeurs de Guillaume imitèrent son exemple. L'un d'eux, pour améliorer le port, y fit dériver l'Orne, dont le cours était un peu différent de ce qu'il est aujourd'hui.

La prospérité de la ville croissait i-apidement.

Jean sans Terre chercha à s'en faire une alliée et lui octroya une charte communale; mais le mon?rque n'était pas plus aimé des bourgeois de Caen que de ses vassaux anglais, et Philippe Auguste, son heureux rival, trouva la ville fort bien disposée pour une annexion à la France.

Cette fidélité ne se démentit pas, lorsque, après une période de plus d'un siècle, pendant laquelle Caen avait continué à étendre son influence, la puissante armée d'Edouard III, d'Angleterre, toute enflée des victoires remportées sur Philippe de Valois, vint mettre le siège devant ses murs.

On ne saurait croire, si les annales les plus authentiques n'étaient là pour l'affirmer, combien fut effréné le pillage qui punit les bourgeois de leur résistance héroïque.

Une centaine de navires emportèrent le butin!... Grand nombre d'habitants et de chevaliers furent emmenés prisonniers

Sous le règne de Charles VI, pareil désastre se renouvela. Henri V, le monarque anglais, se montra digne successeur d'Edouard III. Tous les crimes furent commis par les soldats du vainqueur, et deux mille bourgeois périrent sur leurs murailles envahies....

C'en était trop, la malheureuse ville, écrasée, ne put essayer de travailler elle-même à son affranchissement et dut attendre dix-neuf années avant d'être secourue par Charles VU en personne.

Elle se montra toujours reconnaissante de sa délivrance. En 1552, nous

▼oyons Etienne Duval, riche marchand caennais, faire entrer des vivres dans Metz, assiégée par Charles-Quinl.

De l'époque néfaste de la conquête, subsiste un seul souvenir qui, aux yeux des lettrés, peut légèrement atténuer la tyrannie odieuse des vainqueurs. Ils dotèrent Caen d'une Université : ce fut l'origine de la réputation littéraire bientôt obtenue par la ville. Les concours poétiques, désignés sous le nom de Puy de Palinod, et institués sur la proposition de l'avocat JtAN i.E Mekcieh, étaient regardés avec faveur par les écrivains empressés à s'y distinguer.

Depuis lors, la nouvelle renommée créée brilla d'un vif éclat, et la liste est longue des poètes, ainsi que des prosateurs, inscrits sur les registre^ de la vieille Université. Il semblerait même que Caen préféra cette gloire

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Caen. — Eiilrùe du cliùU'au.

à toute autre ; du moins, on ne voit pas son nom se joindre aux noms des cités normandes profondément troublées par les guerres entre catholiques et protestants.

Les huguenots, néanmoins, y commirent plub d'un excès, (jui atteignirent surtout les belles églises de Caen ; ils allèrent jusqu'à brûler les sépultures de Guillaume et de sa femme Matliilde.

Plus tard, la révocation de l'Édit de Nantes amena, par contre-coup, de nouvelles et bien fâcheuses violences ; mais, bientôt, le calme de l'élude domina complètement.

Aujourd'hui, la ville a conquis une solide position commerciale. Le canal d'Ouistrcliam y a beaucoup aidé, en diminuant les dillicultés de la navigation dans les bouches ensablées de l'Orne.

L'activité du port va toujours grandissant, et les navires sortis de ses chantiers de construction sont très appréciés. Les nombreux produits naturels et agricoles du Calvados, l'un des plus riches départements français, alimentent largement l'exportation. De son côté, l'industrie fournit, dans une mesure assez importanle, aux transactions commerciales. Parmi les objets les plus recherchés, figurent les dentelles de luxe et communes. Beaucoup de ces tissus peuvent rivaliser avec ce que le goût moderne a composé de plus charmant.

Le légendaire bonnet de coton normand a dû exercer une influence heureuse sur les fabi-iques bonnetières de la contrée, car leurs produits s'exportent un peu partout.

L'importation a surtout lieu pour les bois du Nord, les engrais, les fers, les aciers, la houille.

Toutes les nations commerciales ont, à Caen, un représentant.

Les navires entrant ou sortant donnent un total, toujours en progression, de plusieurs centaines de mille tonnes, et la population exclusivement maritime atteint un chiffre élevé. En un mot, Caen occupe, après le Havre, Boulogne et Saint-Malo, une place au premier rang parmi les ports de la Manche. Cette place lui est maintenue par la facilité d'accès de ses quais, de ses bassins, et par un système fort bien entendu de remorquage, permettant de braver les vents contraires.

Dès le premier pas dans la ville, on s'aperçoit de la prospérité qui y règne. Située au milieu de superbes et grasses prairies, entourée de ravissantes promenades, baignée par les eaux de l'Odon et de l'Orne, elle est, de plus, fort bien bâtie. Ses rues sont suflisamment larges, aérées. Ses maisons, pour la plupart, ne ressemblent pas aux immenses casernes affectionnées par nos modernes architectes.

Peut-être la ville doit-elle ce bon goût aux nombreux monuments historiques qui lui conservent un si vif attrait.

Les églises Saint-Étienne et de la Sainte-Trinité (vocables des abbayes bâties par Guillaume et Mathilde) restent le legs le plus précieux du passé.

La première, fondation particulière du souverain, est justement regardée comme une œuvre splendide que, seule, dans la vieille province Normande, l'église rouennaisc de Saint-Ouen surpasse en beauté.

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Primitivement, une tour haute de cent vingt-ijuatre mètres, dominant la vaste construction, s'harmonisait avec deux autres tours, de forme octogonale, à la fois belles et gracieuses.

La façade si hardie, quoique sévère d'aspect, devait y gagner encore en majesté.

De nos jours, la tour centrale est veuve de sa flèche, mais elle reste entourée de gracieux clochetons marquant l'emplacement des transepts, le pourtour du chœur et l'extrémité de l'abside.

f/inti'rieur de l'édilicc répond dignement à cet aspect si bien fait pour dis|)(scr les yeux.

La nef, en forme de croix latine, se profile, immense, sans rien perdre, dans aucune de ses parties, du caractère sinifile quoique majestueux de son style.

L'ornementation, très sobre, ne vient pas briser les lignes pures des demi-colonnes qui, tour à tour, soit en un bloc unique, soit par la réunion de trois fûts tronqués, soutiennent les voûtes, ainsi que les arcades séparant les ailes du vaisseau central.

Le chœur: spacieux à cause du prolongement des collatéraux, renferme seize chapelles.

Mais depuis les mutilations qui, au seizième siècle, désolèrent Sainl- Étienne, le riche tombeau de son fondateur a disparu. Plusieurs fois jetées au vent, c'est à peine si l'on a pu réunir quelques parcelles des cendres du Conquérant. Une dalle de marbre noir les recouvre.

Il était dans la destinée de Guillaume, le guerrier sans scrupules, de ne pouvoir «dormir» en paix «son dernier sommeil».

Augustin Thierry raconte d'une façon saisissante la mort et les funérailles de celui qui avait eu tant de puissance.

Abandonné de tous, le cadavre du roi restait nu sur le plancher d'une des salles du château de Rouen. Ému de pitié, un vieux serviteur, Ilerluin, « simple gentilhomme de campagne, » entreprend de le faire transporter à Caen.

Là, dans cette riche Abbityc-aux-IIommcs, sa fondation, il trouvera une sépulture honorable.

La cérémonie commence. Tout à coup, l'ancien cri de haro (celui par lequel les Northmen de RoUon imploraient sa justice) retentit.

Asselin, fils d'Arthur, vient de pénétrer dans les rangs des assistants.

— I-e terrain sur lequel s'élève l'église est à moi. proteste-l-il. Guil-

laume me l'a pris sans me le payer. Je ne veux pas que son corps y repose!

Clergé et seigneurs convinrent de vérifier l'assertion d'Asselin. Il était dans son droit strict et, pour obtenir qu'il retirât sa plainte, on lui acheta, moyennant soixante sous d'or de l'époque, le terrain injustement pris.... Puis la cérémonie continua.

Hélas! une nouvelle infortune attendait les restes de Guillaume.

Quand il s'agit de les ensevelir, le caveau préparé se trouva trop étroit.... On n'en tint compte et l'on chercha à y introduire le cadavre qui ne put résister à la pression.... les entrailles en sortirent!!... Il fallut brusquer l'enterrement et déserter l'église, que l'on eut beaucoup de peine à désinfecter.

Une fois de plus, la mort se montrait ironique et cruelle....

Dans la sacristie de Saint-Élienne, on conserve un portrait, plus ou moins authentique, de celui dont l'audace heureuse devait exercer une si grande influence sur notre pays.

Les anciens bâtiments claustraux sont affectés à l'usage du lycée, qui se trouve être, par là, le plus beau de la France entière.

On ne se lasse pas d'admirer le grand escalier, si large, si hardi, non plus que l'ancienne salle du chapitre et la vieille construction de style ogival où, selon la tradition, se tenaient les gardes du corps de Guillaume.

Saint-Étienne avait été autrefois fortifié, on retrouve encore quelques pans des murailles de son enceinte.

VAbhmje-aux-Dames, actuellement église de la Trinité, est due à Mathilde de Flandre, qui voulut y avoir son tombeau.

Les mêmes actes de vandalisme qui profanèrent la sépulture de Guillaume, se répétèrent contre ce monument funèbre; toutefois, on a pu le réparer, mais il renferme seulement d'infimes débris.

Comme Saint-Étienne, l'église de la Trinité témoigne de la munificence de sa fondatrice. Les proportions en sont élégantes et la nef contient de belles galeries courant le long des travées. En outre de la disposition du sanctuaire, formant un péristyle à double étage, surélevé par plusieurs rangées de degrés, il existe, dans le chœur, une admirable crypte, jadis destinée à l'inhumation des supérieures de l'abbaye.

La commission des monuments historiques prend souvent ses devoirs au sérieux. Quand cela n'arrive pas, c'est qu'on lui marchande les fonds indispensables. Elle rendra, on doit l'espérer, à la vieille église toute sa splendeur.

CAKN, - AIsn.UK HAHD.MM:, Vliai.LKS maisons de la RL'E de la tiEOLE ET HOTEL DE LA liOLRSt

PK DLNKRIiOl'K M" MdNT SAINT MICHEL

Après ces deux iii.i;,'iiili(juL's sjiéciiiiens de l'ail au moyen âge, on croirait ne pouvoir s'intéresser à aucun autre souvenir du même genre; niais, sous ce rapport, Caen est très riche.

Notre-Dame-Saint- Sauveur présente un curieux mélange de plusieurs styles et une bizarrerie peu commune. Deux nefs la composent ; elles se rejoignent sur le sens de leur largeur, et l'arr qui les lie constitue une véritable curiosité architecturale.

La fondation de Sainl-Picrrc rcmuiilc au liuilicinc siècle. La tour

Caen. — L'Église ï^aiiil-Sauveur.

.irtuell.' (laie de 1508; sa llèelie, d'une rare élégance, se dresse fièrcmeut à une hauteur de 70 mètres. L'intérieur est tout brodé de sculptures aussi charmantes que riches; mais plusieurs portent le cachot de l'époque où elles furent exécutées et étalent une liberté naïve, une crudUé d'allures peu en rapport avec la destination de l'édifice.

Sainl-Jcan est un assez beau monument de style ogival. D'ailleurs, pas une des églises, ni même des chapelles, très nombreuses à Caen, n'est en vain parcourue : toutes ronfermenl quelques détails inlércssanls.

LE LlTTOIiAL DE LA FUANCE

il en est ainsi pour les vieux édifices civils.

L'hôtel des Qualram, situé rue de Geôle, et tout bâti en bois, remonte ;i la fin du quatorzième siècle ; le beau logis d'Écoville, appelé aussi le Valoh, date de 1558.

Le Tribunal de commerce et la Bourse imitent ces gracieuses constructions italiennes, où la beauté des sculptures le dispute à la richesse de l'ornementation.

La rue Saint-Pierre, la rue Saint-Jean, la rue Froide, possèdent encore de remarquables maisons anciennes, construites eu bois ou en pierre.

Caen. — Partie nerd de l'Église Saint-Pierre.

Quant aux habitations historiques, elles sont en grand nombre. Beunar- Di.N DE SAiNT-PiEunE, vcuu cufant à Caen, a vécu rue de l'Académie.

Jean Bertaud, l'un des fils de la ville, où il naquit en 1552; le poète, aux vers purs et pleins de sentiment, qui a mérité d'être honorablement cité par Boileau, logea au carrefour Saint-Sauveur.

Daniel IIuet, le savant prélat, le travailleur infatigable, habita rue Saint-Jean.

FitAKçois de Malherbe, le critique de goùl, le père de la poésie moderne, naquit rue Notre-Dame.

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