‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 37 sur 54 · I.'.'Vrsenal : Musi-e d'armes · texte numérisé non relu

I.'.'Vrsenal : Musi-e d'armes

rançonner Cherbourg dt> la manière la plus odieuse, anéantissant tout : navires, travaux maritimes, et ne négligeant pas de se laire allouer une grosse somme pour ci's exploits!...

Fùilin, la longue iiériodo d'attente se termina. Le plan de Vauban lut re|iris.

L'illustre maréchal l'avait, lui même, qualifié « d'ainldcicux y> . Deux hommes se chargèrent de le réaliser : Dimoiiuez, que l'on ne s'attendait pas ;i trouver en telle alTiiire, et le capitaine de vaisseau L\ BnE- '• 54

TONNiÈRE. Ce dernier se livra à une longue étude de la côte tout entière. Aucune difficulté ne le rebuta et, grâce à lui, la rade de la Hougue fut négligée.

Pourtant, à Cherbourg, on devait compter avec un ennemi infatigable : la mer. Il s'agissait de former de toutes pièces une rade, ainsi qu'un port, sur une côte encombrée de récifs et battue avec violence par les vagues.

C'eût été, peut-être, le cas de se souvenir, selon la belle expression de M. Chèvremont : « que tout Iravail public ou privé, entrepris sur les côtes occidentales de la France, doit êlie fait non en vue des besoins de quelques générations, mais en vue des siècles futurs. y>

Nous n'avons ni la compétence ni l'autorité nécessaires pour trancher une semblable question, mais il nous sera permis de dire que, très vraisemblablement, la position territoriale de Cherbourg influa plus que n'importe quelle autre raison en sa faveur.

Des travaux cyclopéens commencèrent.

Avant tout, il fallait songer à fermer, contre le flot venant du large, l'emplacement du futur port. Un ingénieur, M. de Cessabt, crut avoir trouvé le meilleur moyen d'arriver vite et sûrement à la solution du problème.

On fabrique, de nos jours, d'immenses blocs de béton que l'on coule à l'aide de très simples appareils. Ces blocs, formés par la réunion de ciments à prise instantanée et à prise lente, durcissant au contact de l'eau, ne tardent pas à laire, en quelque sorte, partie inhérente du sol sur lequel ils reposent. Leur résistance, loin de diminuer avec le temps, va toujours croisant. C'est encore le rempart le plus efficace à opposer aux efforts de la mer.

Les premiers de ces blocs sont dus à M. Poirel qui, en -1855, les employa à Alger. Depuis, cette invention est arrivée à des résultats prodigieux; ainsi, à Port-Saïd, les ingénieurs de la Compagnie du Canal de Suez ont construit des blocs de 40.000 kilos avec le sable du désert.

Mais M. DE Cessakt inventa autre chose. D'après ses ordres et sous sa surveillance, on se mit à construire d'énormes cônes en bois, cerclés de fer et cimentés, que l'on remplissait de pierres.

On a peine à comprendre l'enthousiasme dont ce travail fut l'objet. Il ne devait pourtant pas manquer d'ingénieurs doués d'assez de jugement pour en fiiire observer les défauts, car le simple bon sens suggérait la réflexion que les bois des cônes allaient être livrés à deux eau-

DR niINKFRQIF XT MONT SAINT-MICIIEI.

SCS immcdialcs de dcslrucliori : gonllcMiiciit el, par suile, dcsagrégcmeiil ; attaques des animalcules dont fourmille la mer.

Personne, néanmoins, n'y songea, ou bien les craintes furent étouffi'es. |niis(jue le roi Louis XVI vint, on personne, féliciter l'ingétiienr. Il assista à l'immersion de l'un des cônes et la relation du voyage dit que

rC'--

Ancienne carte do rcilrémilé du Cotenlin, de Saint-Vaast la-llougue à Porl-Bail. (D'après une carte des c&lcs dressée en 1693.)

« Sa Majesté voulut rester pendant »niei(iues instants au sommet de l'une des parties de la digue future. »

On ne tarda guère à rabattre de la confiance mise en la métbode de M. de Cessarl. Bientôt, on dut se résigner à couler tout bonnement des blocs de pierre sur la limite extrême de remplacement assigné à la digue. C'était encore bien insuffisant ; mais on suivit ce seul procédé pendant une longue suite d'années.

Arrive le premier Empire. Le génie guerrier de Nupoléon s'attache à la réalisation d'un plan qui devait contribuer, en une si large mesure, à seconder ses projets. Cherbourg lui doit sa véritable existence, et tous les développements, les améliorations dont il a été doté, sont la conséquence naturelle de la sollicitude de l'empereur.

La ville acquittait donc une simple dette de reconnaissance, quand elle éleva, au conquérant déchu, la statue symbolique dont le bras étendu semble, à la fois, désigner l'ennemie naturelle : la mer, et l'amie..., possible : l'Angleterre.

Seulement, partout où passe Napoléon, sa volonté tyrannique s'impose

Statue de Napoléon 1".

sans souci des obstacles. Il décrète l'achèvement de la digue tout comme il eût décrété la mobilisation d'un corps d'armée, laissant un maximum de deiuc années aux ingénieurs pour compléter leur œuvre...

Obéissants, les praticiens poussent activement les travailleurs. Au jour désigné, la digue est livrée et, ainsi que l'avait ordonné l'empereur, une batterie s'élève à son centre.

Le triomphe fut de courte durée. Au mois de février 1808, la mer, bouleversée par une épouvantable tempête, se rue contre cet écueil nouveau.... En une nuit, elle disperse sans peine les constructions de la batterie, et trois cents hommes, tant ouvriers que soldats, trouvent la mort dans la tourmente, emportés qu'il sont au loin par les flots tumultueux!

UE rXNKRltflCi: AU MONT SAINT-MICHEL VU

Oue ne pcuvonl la lénacilé, l'industrie, la patience, le labeur humains?

Une rade de mille hectares d'étendue, un port admirable ont été créés à Cherbourg et forcent l'admiration des plus indillérents.

Toutefois, ces merveilles ne s'obtinrent pas sans traverses nouvelles (le port militaire date de I80.S), et c'est, en réalité, prcs(jue de nos jours (1858) qu'elles ont été terminées.

Nous disons « terminées » ipiant à l'ensemble, car on comprend bien le soin, la vigilance dont restent l'objet ces travaux destinés à lutter contre le plus indomptable des ennemis, et l'on se souvient aussi que, tout dernièrement, on y a apporté de grandes améliorations.

CiiKiiuouRG. — Port (le Commerce.

Hade et port n'existent que oràcc à la ,li,j,ie, jetée artificielie de près de (quatre mille mètres', établie en tains fortement iiuliné, sur une base de deux ccnlx mèircx de largeur, avec un sommet de soixante mètres.

Ce n'était pas assez. La jetée, proprement dite, de la digue ne dépasse point le niveau de la marée basse, et on devait luodérer l'effet du flot venant, à marée hante, s'engouffrer dans la railo.

La muraille fut alors décidée. Elle forme la seconde partie de la construction maritime et s'élève, enracinée sur la i)arlie supérieure de la jetée, à ticuf mètres vimjt-hmt ccntimèlrcs au-dessus de la basse mer. Un parapet de un mètre soixante-six centimètres de hauteur la termine.

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