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Trois mille sept cent quatre-vingts mètres

Ce chef-d'œuvre des constructeurs modernes, a été combiné de telle sorte que toutes les parties en sont soudées, exactement comme se présentent les parties minuscules d'un bloc de pierre. On croirait voir un gigantesque monolithe naturel, taillé par la main de l'homme. La gloire en revient à M. Reidell, qui termina la digue et construisit la muraille.

Et combien on a dû dépenser de patiente énergie pour arriver à triompher de la merl... La mer qui peut se jouer des plus redoutables barrières....

Deux nouvelles digues ont été créées depuis, l'une de 980 mètres, et l'autre de 1100 mètres; elles partent toutes les deux de la terre ferme et se dirigent vers l'ancienne digue de manière à ne plus laisser que deux passes pour entrer dans la rade.

Le mouvement de la ville entière se concentre sur le port militaire, quoiqu'elle possède aussi un port marchand.

Ce dernier est situé à l'embouchure d'un humble petit fleuve : La Divetlc, et d'un gros ruisseau : Le Trotlebec. Afin de permettre aux navires d'y flotter constamment, une grande écluse retient l'eau nécessaire. On n'a pas manqué de rendre le chenal plus accessible et les bassins plus profonds. Là, encore, des digues en granit et des murs protecteurs ferment le passage aux envahissements intempestifs de la mer.

Sans une telle prévoyance, ce quartier dit : Les Miellés, ne tarderait guère à être ravagé par les flots.

Rien dans le port de commerce, non plus que dans le port militaire, n'est dû à la bonne configuration naturelle des lieux. Partout il a fallu, au contraire, vaincre des obstacles en apparence insurmontables, et, cependant, les marins y trouvent des aménagements excellents : cales à radouber les navires, bassins profonds bien dragués, quais commodes, chantiers de construction....

Un tirant d'eau de 5°", 70 est assuré; on travaille à l'augmenter encore, ainsi que la profondeur du bassin à flot.

Toutefois, le commerce international, gêné par les indispensables servitudes militaires, ne peut y prendre un très grand développement, quoique les produits agricoles du pays forment l'objet de transactions assez actives.

Une partie de sa prospérité vient encore de l'escale que les steamers français ou étrangers sont dans l'habitude d'y faire maintenant.

Mais il existe une chose dont nos armateurs et nos compagnies maritimes feraient bien de se préoccuper davantage.

DF, (tl'NKElUiL'E AU MU.NT SAIN T-MICIIEL 4jj

Les relations avec l'Angleterre s'accroissent constanunonl; nôannioin?, prcs(|iic toutes les lignes de paquebots sont ;iiix mains de nos voisins.

Avec une apathie fûclieuse, nous assistons à cette conquête.... pacifique, soit! mais, en somme, aussi préjudiciable à nos intérêts qu'à notre légitime influence.

Possédant tous les éléments de prospérité, nous nous laissons devancer sur le champ commercial du monde entier....

Cela est triste et ne l'ail honneur ni à notre sagacité ni, cerlainoniPrit, ,''i noirr h.ili ii)li->iiic.

(liiKiuioi ne. . — Vue j.'6noraliî do la Uailo.

Le port militaire de Cherbourg se compore de trois parties distinctes.

Un avanl-porl, creusé de IS03 à 1813, et de l'emplacement duquel furent retirées des roches jaugeant un eiiseml)le de plus d'un million de mètres cubes; ces roches servirent à la continuation de la digue.

Le Ixtssin à /lot, creusé de 1SI5 à 18^29, a fourni environ le même cube de matériaux, également utilisés.

Enfin, l'arrière-bassin complète ces travaux. Il avait été mentionné danc le décret de 1803, mais les évcnenienis politiques ne permirent pas de l'entreprendre avant 1830.

Vingt-deux longues années furent employées à cette belle œuvre, dont

l'inauguration eut lieu, le 7 août 1858, par Napoléon III, en présence de la reine d'Angleterre et du prince Albert,

Sept forts protègent les passes de la rade ; deux autres forts défendent l'accès du port militaire : Voilà pour la conservation des travaux de géants exécutés à Cherbourg.

En ce qui touche la navigation proprement dite, il n'a pas fallu élever moins de six phares, dont les couleurs diverses : blanche, verte, rouge, et la lueur tantôt fixe, tantôt à éclats, marquent la route avec certitude.

L'extrême importance de Cherbourg, au point de vue militaire, a dû,

le Tonnerre. (Drafrue cuirassée.

nécessairement, foire converger sur les dépendances du port de guerre toute la sollicitude administrative.

Les forts, les batteries sont constamment en état. L'Arsenal est superbe. Considérablement agrandi, ou plutôt rebâti, on l'a pourvu de tout ce qui convient à sa destination. Il peut suffire à l'armement complet des plus grands vaisseaux.

Une des vives attractions de l'Arsenal, pour qui n'est pas familiarisé avec les choses de la mer, c'est l'aspect de l'immense drague cuirassée : Le Tonnerre. Le bruit qu'elle fait en accomplissant sa besogne, justifie amplement son nom.

C'est encore la vue des vieux vaisseaux transformés en pontons.

On appelle ainsi, d'ordinaire, des chalands, avec pont, très solides et

lŒ Dl.NKEnQLE AU MONT SAIMMICIIEI, 433

assez ftlevés sur l'eau, quoique de faible tirant. Ils servent à des travaux difficiles et exigeant une certaine force de résistance, par exemple à nmflouer un navire, c'est-à-dire à le remettre à flot, quand un accident l'a jeté sur un écueil ou sur la côte, ou, encore, à le retirer de la mer, s'il a coulé Las.

Mais on trouve, parfois, avantage à se servir de vaisseaux rayés du cadre de la llolle. Ouoique ne pouvant plus tenir leur rang, ils sont excellents pour une telle destination. On les y approprie en rasant leur mature et en faisant les changcinonls nécessaires dans leur installation intérieure.

Ce même nom de pontons est donné à des hàlinionls déclassés où l'on interne des prisonniers de guerre.

Nos marins n'ont pas perdu le souvenir de ce que furent, pour leurs devanciers, les pontons anglais et espagnols 11

Hàtons-nous d'échapper à ces lâcheuses réminiscences, en parcourant les chantiers de construction.

Anciens vaissoaux Iransformés en pontons

CIIAIMÏUK XL

(,ES ClIANTIKUS. — VISITE AUX NkVIIIKS E.N Cn.NsTM criON. — LE SALIT

Les clianlicrs sont loujours fort jiiiiiiK's, car les iiuulèU's Ips plus divers (le navires y sont construits.

On y trouve toujours, en outre des travaux courants, des cuirassés destinés à faire partie d'une escadre et plusieurs des constructions navales cherbourgeoises sont célèbres : telles le Furieux, le Vauban. C'est encore de Cherbourg que sortent le croiseur à barbettes : le Dubourdieux; le croiseur à bastingages : le Roland; l'aviso : le Météore; l'aviso à roues : la Mésange. Une liste complète serait longue et, en somme, un peu fastidieuse.

Les yeux restent stupéiails d<.'vaiil les proportions données aux vaisseaux cuirassés. Non seulement la vieille langue maritime est à peu près transformée; mais, encore, les types ou gabarits modernes s'éloignent de plus en plus des modèles anciens. On a quelque peine à se reconnaître au milieu de ces nouveaux venus.

11 n'en faut pas moins essayer de se rendre compte de ce que nous voyons. Pour les vaisseaux cuirassés, cela est encore assez simple. On comprend de suite qu'une armure protectrice recouvre la carène et les murailles, alin de les mettre, dans une certaine mesuie, à l'abri des boulets, soit d'une (lotte ennemie, soit des forts chargés de défendre l'accès d'une baie. Les dilféroiices essentielles résident donc dans l'aménagement intérieur, dans rinstallatiou des hélices et des machines à vapeur, qui ont absoliiinent cliaiigé les coiidilions de la voilure.

Pour les noms d'or/sos cl de croiseurs, ils s'appliquent, avec des modi-

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