‹ Le littoral de la France (volume 2)Chapitre 39 sur 54 · Ce vaisseau a été lancé dornicrement · texte numérisé non relu

Ce vaisseau a été lancé dornicrement

fications plus grandes, à des navires chargés de services spéciaux. En thèse générale, un aviso est un léger bâtiment de guerre, bon voilier, destiné à porter des ordres. Aussi une corvette ou un brick peuvent-ils le remplacer. Voilà pourquoi, dans de vieilles relations maritimes, on trouve ces mots corvette-aviso, brick-aviso. A présent, la dernière qualification est seule conservée.

Nous avons vu, au Havre, des navires à vapeur construits d'après les deux systèmes à roues et à hélice. On a compris, sur-le-champ, le type adopté pour l'aviso : la Mésange.

Le nom de croiseur correspond, lui aussi, à des transformations reconnues nécessaires. Il en existe, nous venons de le voir, à barbellcs et à bastingages.

Le premier de ces termes signifie que l'artillerie du vaisseau n'est point renfermée dans des batteries, mais placée sur le pont même, de manière à faire porter ses coups par-dessus les plats-bords.

Autrefois, les bastingages étaient des filets, doublés en toile peinte, régnant autour d'un bâtiment et se recouvrant, selon les nécessités du jour, par une seconde toile peinte. Leur installation permettait d'y placer les hamacs des matelots, qui, ainsi, n'encombraient pas, pendant le jour, l'enceinte intérieure du navire et subissaient une aération nécessaire.

Aujourd'hui, la plupart des bastingages sont en bois et toile, mais construits de façon à ne pas gêner les manœuvres. Lors d'un combat naval, celte muraille, si légère qu'elle puisse être, devient une protection pour l'équipage, moins exposé à souffrir de tout ce qui n'est pas projectile d'une grosse artillerie.

Remarquons, en passant, la tendance de plus en plus prononcée à donner à nos vaisseaux des noms ou lugubres ou terribles. Nous avons une Dévastation, un Furieux, un Tonnant, un Fulminant. Il existe une Vipère, un Scorpion....

Tous ces vocables, d'ailleurs, sont bien appropriés au rôle que peuvent jouer les canonnières, les torpilleurs, les cuirassés à éperon.

Le Fulminant est de ce dernier type. Monstre en fer, se mouvant sans l'aide d'aucune voilure et entre deux eaux, comme un énorme crocodile, il ne laisse guère apercevoir que sa tour, agencée sur plate-forme à pivot, et abritant deux canons de dimensions gigantesques. Vienne l'ennemi, la tour s'ébranle, les canons, en un instant, peuvent menacer n'importe quel point de l'horizon !

Il fait plus encore, un éperon d'acier est fixé sur son avant. Au

UR nr.NKF.RQUE Af MONT SAINT-MICIIEL

choc du terrible eiijj:iii, les cuirasses cèdent, les murailles cti bois qu'elles protègent s'enlr'ouvrent, le navire frappé coulera....

A la mer, maintenant, comme à terre, la victoire n'est plus au courage, à l'énergie, à l'adresse, elle appartient aux gros bataillons; elle se fait acheter non en gloire, mais à coups de millions.

Les vieux marins déplorent cet état de choses. Adieu aux héroïques combats navals des Jean Dart, des Duquesne, des Tourville, des Duguay- Trouin! Tout, ou à peu près, devient question de construction et d'artillerie.

Eh bien! sans s'arrêter aux critiques inutiles, nous devons, non pas seulement suivre le courant, mais le devancer, le maîtriser, et continuer

Ancien vjisseau de ligne, le penoquel de fougue sur le mit.

à n-ihlrc iidlrc Huile assez forte, assez bien équilibrée pour que nulle auliv ne puisse lui disputer la suprématie.

On a dit de la France qu'elle était assez riche pour payer sa gloire. Il est encore plus vrai de dire qu'elle peut être assez riche, assez résolue, pour se faire respecter.

Cherbourg étant l'un des ports d'attache des vaisseaux cuirassés, il est rare que la rade n'offre pas le spectacle d'une de ces prodigieuses niasses flottantes qui, par leurs proportions, ressemblent à des Ilots. Près d'eux, les frégates même paraissent s'abîmer dans les flots, et les chaloupes ne sont plus que des points imperceptibles.

Us sont dignes, au reste, du paysage entourant la rade, paysage vraiment imposant avec ses belles montagnes qui, du côté de l'est, se prolllent jusqu'à la pointe de Gatteville-Barfleur, et, du côté de l'ouest, jusqu'au cap de la Hague ou de la Hogue'.

C'est, justement, dans la profonde échancrure existant au milieu de la ligne maritime contenue entre les deux pointes, que Cherbourg a été fondé.

Creusé en plein roc, le fond du port a fourni une grande partie des matériaux de la digue qui, elle-même, ferme artificiellement les mille hectares de la rade.

Les grands cuirassés peuvent occuper jusqu'à près du tiers de cette

Ancien vaisseau i trois ponts en panne

surface, et l'on améliorera encore les endroits rendus inaccessibles par des rochers sous-marins.

Ici, nous pouvons facilement comprendre la signification de ces mots usuels de la marine militaire : vaisseau, frégate, corvette; en même temps, quelques-unes des belles manœuvres nous deviendront familières.

Dans l'ancienne marine de guerre, le mot: Vaisseau, correspondait à une construction navale ayant une ou plusieurs batteries d'artillerie couvertes et munies de quatre-vingts à cent vingt canons.

1. Il ne faut pas confondre ce cap avec la rade de la Hougue, que nous avons déjà visitée : celte dernière se trouvant entre Carentan et Barfleur

DE Dl'NKKIinrF aC MONT SAINT-MICHEL H3

Ce dernier type était connu sous le nom de Vaisseau à trois ponts ou, généralcriieiit, un tmis-ponts, ou, encore, Vaisseau de premier ramj.

Celui de second rang n'avait plus que cent canons, celui de troisième qualre-vingl dix, il celui de quatrième rang quatre-vingts canons.

Il arrivait parfois, il peut toujours arriver, que des défectuosités de construction rendent un vaisseau impropre à un bon service, dans la classe où on l'a rangé.

Il n'est point, pour cela, hors d'u«age. Une de ses batteries étant jugéo superilue, on la rase, et l'ensemble du bâtiment gagnant en légèreté,

Ancien vaisseau de 74 oouianl veiil largiis

la marche ainsi que la facilité des manœuvres acquièrent des qualités réelles. Voilà |Kiiiniii(ii les mois de : vaisseau-rasé ne veulent pas toujours dire : vaisseau hors d'usage, mais bien : vaisseau transformé.

Les anciens bâtiments n'avaient généralement pas les dimensions données à nos vaisseaux, même avant l'adoption du type cuirassé. Beaucoup étaient extrêmement petits. Plusieurs n'avaient que cinquante pièces d'artillerie, d'autres en portaient soixante-quatorze. On les range dans les classes modernes desquelles ils se rapprochent le plus.

C'est ainsi que nous voyons un vaisseau de 74 dans la gravure précédente. 11 court vent largue; autrement dit, ses voiles se trouvant frappées par

Ui

un vent favorable, on leur laisse la facilité d'y donner prise en relâchant les cordages qui les maintiennent aux mâts.

De plus, nous voyons la fumée des pièces qui viennent d'exécuter le Salut. Il y a, pour un vaisseau, plusieurs occasions de Saluer. Par exemple, en croisant des bâtiments de nations amies, en arrivant devant un fort, ou en recevant la visite d'un personnage important. Suivant les pays, le nombre de coups de canon varie. Généralement, il est échelonné de 5 à 21 coups.

Mais il est des cas où le simple Salut devient une Salve. Alors, toutes les pièces d'artillerie tirent ensemble une, deux ou trois fois. Daas les grandes revues d'apparat, cette sorte de simulacre de combat est d'un effet prodigieux.

Ancienne frégate au plus près du vent.

Les bâtiments de commerce étant dépourvus d'artillerie, saluent en amenant^ leurs voiles les plus élevées, ou en faisant flotter plus largement rime même de ces voiles.

Quelques-uns, autrefois, faisaient davantage : ils amenaient et hissaient successivement leur pavillon. Mais on a condamné avec force une telle pratique.

Le drapeau d'un pays ne saurait être employé ainsi. Sa seule place est la place d'honneur; il y doit flotter constamment, et, s'il en descend, il faut que ce soit par suite d'un accident imprévu ou après un combat dans lequel la victoire aura trahi le courage....

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