Tourville était alors à Drcst
i. til
« nous accuse de circonspection, du moins que l'on ne nous taxe pas de « lâcheté. » Et il les renvoya de suite en leur donnant l'ordre d'appareiller, quoiqu'il n'eut que trenle-neuf vaisseaux et sept brùlols à sa disposition » .
Comme si ce n'eût pas été assez de la lettre de Ponlchartrain, Louis XIV avait envoyé, signées de sa main, des instructions pour chercher les ennemis <i et les combattre forts ou faibles partout où on les rencontrerait. » Le roi ajoutait s'en remettre à Tourville pour, « s'il y avait du désavantage, sauver l'armée le mieux qu'il pourrait!!! »
Le désastre de la Hougue répondit à ces incroyables paroles'.
Et, pourtant, Tourville ne fut pas vaincu au vrai sens du mot.
Pas un de ses lieutenants n'amena pavillon, mais l'état de la mer donna à l'ennemi, le lendemain, la supériorité contre des vaisseaux désemparés'....
Nous savons ce qu'il advint de treize de nos bâtiments, mais si, à cette époque, Cherbourg n'avait été un port sans défense, sans profondeur, sans étendue, notre flotte y eut trouvé le salut.
Au sujet de ce triste lendemain, M. Léon Guérin rectifie encore une erreur trop accréditée. Certes, la perte de treize bâtiments était grande, mais elle affaiblit les cadres de notre marine sans l'anéantir, à loin près, ainsi que, souvent, on l'a répété. Et la meilleure preuve en est que, quelques mois après, Tourville recevait le commandement d'une escadre de quatrevingt-dix-huit vaisseaux de ligne.
Louis XIV avait déjà reconnu la faute où son ministre et lui étaient tombés. Le 27 mars 109Ô, il élevait Tourville à la dignité de maréchal de France.
Le 28 juin de la même année, le nouveau maréchal vengeait avec usure son chagrin, et faisait éprouver aux vice-amiraux anglo-hollandais une défaite si épouvantable que le commerce des alliés en fut, pour longtemps, ébranlé.
Pendant huit ans, encore, l'illustre marin servit brillamment son pays. Quand il mourut, le 28 mai 1701, la ilottc entière le pleura, car les matelots l'aimaient autant qu'ils l'admiraient'.
Son fils unique ne lui survécut que pou de temps, mais le nom de Tour-
1. Pour ne rien laisser dans l'ombre, nous devons ajoiiler que Louis XIV, ayant eu avis de la réunion des Angl.iis et dos Hollandais, envoya un cunlre-ordie à ToiM-\ille. Par suite de plusieurs malheureuses circonstances, ce conlie ordre, sauveur de notre Hutte, n'arriva pas.
2. M. l'amiral Paris a calculé le poids des boulets des deux flottes. Les eiuiemis lançaient le double de fer, et leurs brûlots avaient beau jeu sur des navires désemparés.
3. L'art des évolutions était arrivé à un degré de perfection admirable; on en possède une trace dans l'œuvre duP. Uoste qui fut aumônier, pendant quinze ans, sous Duquesne et Tourville. ^Amiral Paris.)
ville restait gravé au livre iininorlel des gloires incontestées de la France.
Un autre nom surgit, entouré, celui-ci, du nimbe ù demi fabuleux de l'épopée.
Elle semble empruntée aux ruinans de chevalerie, riii.-«loirc de ces Hau- TEVILI.E, petits hobereaux normands qui, se souvenant des exploils des llarold et des llolloii parlent, suivis de trois cents soldats, à la délivrance des empires, à la conquête des royaumes.
Le père de ces hardis guerriers, Tancréde de llauleville, avait glorieusement servi le duc normand, Kichard II.
Vieux et fatigué, il se relire dans son fief de llautovilk', prés Coutances, où l'attendent douze lils courageux, intrépides, hardis comme lui.
ils ne resteront pas longtemps au manoir paternel, les aventureux
jeunes hommes, car ils connaissent l'histoire de la délivrance du prince de Salcrme par quarante pèlerins normands, et ils viennent d'apprendre que cinq autres compatriotes, cinq frères, ont su se faire une belle place dans l'Italie méridionale.
Pourquoi ne partiraient-ils pas à leur tour? Ils ont l'audace et la force, en la personne de (iullaume Ihax-de-fcr, de Drogon, d'Onfroi, de Geofroy, de Manger, d'un autre riuillaume, d'Alverède, de iliimbert et de Taucrède. Ils ont l'habileté et la finesse en la personne de liobert que ses talents oui l'ait surnommer Guiscard ou l'Avisé : ils ont la prutlonee et la feiinelé en Hoger, le plus jeune de la famille.
Oui, il faut partir, après avoir, toutefois, assuré le sort du nom du pèi'e dans la patrie ccunniuiie. Serlon, un des lils aînés, restera au mauuir.
Loin de s'opposer à ces projets, le vieux Tancrède les fortifiait. Pressentait-il la gloire future de sa maison?
La fortune, une fortune inouïe couronne les entreprises des frères alliés. Guillaume Bras-de-fer, parti, d'abord, avec Drogon et Humfroi, se signale par la conquête de la Calabre et de la Fouille; mais il était réservé à Robert de fonder sûrement la principauté nouvelle. D'une bravoure indomptable, ce dernier décide du sort de plusieurs batailles et sa prudence sait en assurer les fruits.
Comte de Fouille, puis duc de Calabre, il traite avec les papes, maintient ses droits et repousse successivement l'empereur d'Allemagne et l'empereur grec, qui sont obligés de le reconnaître comme légitime souverain.
La vie de Roger, le dernier des fils de Tancrède de Hauteville, est plus accidentée encore. Après avoir servi fidèlement Robert pendant la soumission de la Calabre, il entreprend d'enlever la Sicile aux Sarrasins.
Vingt-huit ans de luttes acharijées, traversées par des revers terribles, n'abattent pas sa volonté. L'île devient sienne et le titre de Grand Comte lui est décerné, non point seulement par lui-même, mais par l'histoire.
Son fils aîné, Roger II, achève l'œuvre si bien commencée. Il réunit Naples et Falerme sous son sceptre.... L'union devait durer jusqu'à nos jours, comme se conserva le titre de Roi des Deux-Siciles.
Une dernière gloire était réservée aux Hauteville.
Un neveu de Robert Guischard, un petit-fils du vieux chevalier mort près de Coutances, et portant également le nom de Tancrède, se met, en 1095, à la tête des Normands de Sicile qui vont prendre part à la première croisade.
Il sait se distinguer parmi tant de valeureux chevaliers, conquiert le pays de Galilée, et prend le titre de prince de Tibériadel Plus tard, on lui confie le gouvernement d'Antioche et d'Édesse
Enthousiasmé, Raoul (de Caen) qui a suivi en Palestine le prince normand, se donne la tâche d'écrire la relation de ses exploits, et, cinq cents ans après l'achèvement de ce curieux travail, TonouATo Tasso, subissant l'enthousiasme de Raoul, fera de Tancrède l'un des principaux héros de sa
m: rti NKFRfii R ah mont smntmiciif.l
Jérusalem délivrée, pinçant le nom de Ilauteville dans les régions merveilleuses où jamais l'oubli ne saiirail l'alleiiKlre ni rolisniicir.
Ainsi se n'-aliso, en sa naive sim|ilicité, la diMinition donncîe par les vieux chroniqueurs de Tappcllalion du (loi' a[>|iarlcuarit au serviteur de flicliard 11 de Normandie.
« Le iliàtcau de ll.iiitcvillc. jirt'S C<iutauces, l'ut ainsi ikimiiim', moins à cause de la liautcur du lieu qu'il occupe, que de celle (|ui attendait la postérité de son indilc maitre. »
On aimerait à parcourir au moins les ruines du dmijon natal de ces fiers conquérants, mais ilauteville ou llAurrKviLi.E-L\-GLi(.iiAiir) n'en a rien conservé. Peut-être, toutefois, une trace de la gloire de ses anciens seigneurs se ravive-t-elle dans son nom : (inicliard ne serait-il pas la corruption du surnom de Hobert, duc de l'ouille et de Calahre : Gitimird ou VAvisé.'
Coulances peut se replier dans son calme heureux et prospère.
Si l'histoire ne garde pas grand souvenir de son existence, comme cité, elle peut s'estimer snflisammenl ennoblie, quand elle unit son blason au blason des Tourville et des ilauteville.
Robert Guiscard.