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Tombeau de Jean Gart et de sa femmo dans l'i^glise Saint-Éloi.
(juelle noble, vaillante et glorieuse figure !
Il n'en est pas de plus populaire, de plus universellement connue.
Jean Bart était, non le fils d'un simple pêcheur, mais le descendant d'une famille d'armateurs à la course, très aimée en Flandre.
12 LE LITTORAL [lE La FliANCE
0 Dès l'âge de douze ans, dit M. Léon Guérin, le savant historien des Marins Illustres, il commence la vie de bord sous Jérôme Valbué, homme assez instruit pour qu'on l'ait élevé au grade de pilote hauturier des vaisseaux du roi, mais d'un caractère violent et féroce. La France étant alors en alliance avec la Hollande, Jean Bart en profite pour quitter un homme qui le rendait chaque Jour témoin des plus tragiques actions. »
Il prend du service sur les vaisseaux de la flotte hollandaise, alors si puissante; mais, en 1672, la guerre éclatant entre les deux pays, le futur chef d'escadre n'hésite point. Il s'enfuit avec son ami Charles Keyssr et revient à Dunkerque. Tout aussitôt, on le voit commander un bâtiment corsaire et se rendre tellement redoutable à nos ennemis que l'attention de Colbert se fixe sur lui. En 1676, Louis XIV lui envoie une chaîne d'or comme témoignage de son estime, et bientôt, sur les instances de Vauban, le nomme lieutenant de vaisseau dans sa marine militaire.
C'est peu après cette nomination que se place l'un des épisodes tragiques de la vie de l'intrépide marin. Chargé, avec le chevalier de Forbin, d'escorter un convoi marchand, il fut attaqué par des forces très supérieures. Son audace, son courage sauvèrent le convoi, mais il fut, ainsi que Forbin, cruellement blessé et emmené prisonnier.
La captivité ne dura pas longtemps. Rien de plus émouvant que le récit de l'évasion des deux indomptables marins. Ils osèrent traverser la Manche sur une pauvre chaloupe et vinrent aborder à Saint-Malo, où ils furent reçus avec des démonstrations d'autant plus enthousiastes que le bruit de leur mort s'était répandu.
Quelques jours après, Jean Bart recevait le brevet de capitaine de vaisseau du roi (20 juin 1689). Sa carrière devait être, désormais, une suite de brillants faits d'armes et de succès.
En 1691, étant parvenu à sortir, avec sept frégates seulement, du port de Dunkerque, sa ville bien-aimée, bloquée par les Anglais, il brûle quatrevingts des navires employés au blocus, et pousse l'audace jusqu'à faire une descente en Angleterre!
Trois ans plus tard, il préservait encore Dunkerque de la famine en y conduisant une flotte chargée de grains. Vainement l'ennemi voulut-il s'opposer à sa marche puissante, Jean Bart, presque toujours, presque partout, était vainqueur. Infatigable, il se jouait des entreprises les plus périlleuses. De lui, on peut vraiment dire que son courage ne connaissait aucun obstacle.
DE rU'NKERQUK .\L" MONT SAINT-MICHEL 13
La légende s'est emparée de plusieurs traits de sa vie.
Authentiques ou l.';,'éroin :nl ampliliés ils n'en peignent pas moins, avec la verve qui convient, le caractère plein de franchise, l'esprit d'àpropos de l'héroïque capitaine.
On le voit, à bord d'un navire anglais, menacé, malgré la foi jurée, d'être retenu prisonnier. Jean Bart ne se trouble pas, il ne cherche pas, peine perdue, il h; sait, à faire rougir son hôte d'une telle trahison, mais, bondissant vers un baril plein do [tondre:
— J'y mettrai le feu et sauterai avec vous! s'écrie-l-il. L'ennemi tressaille, Jean Bart est laissé libre.
On le voit encore donnant, en présence de Louis XIV, une rude leçon aux courtisans du grand roi, qui semblaient douter de sa véracité.
Nous le répétons , la légende s'est mêlée à l'histoire, qu'importe : elle reste toujours vraisemblable.
Jean Bart élait trempé pour l'action. Sa vio, trop courte i^né en 1G50,
il mourut en ITÛl^), est marquée par tant de faits éclatants qu'il restera dans la mémoire des Français comme le type le plus populaire, le plus sympathique du marin au dix-septième siècle.
Rendons- nous, maintenant, au Mynck, une des curiosités de la ville. Dans quelques ports, Dunkerque est du nombre, on ne permet pas les ventes de gré à gré entre pêcheurs, apportant le produit de leur travail, et marchands, qui distribuent le poisson au loin.
Ici, chaque charge de bateau doit être mynckée, autrement dit passer à la criée du Mynck.
Usage étrange! les lots de poissons ne sont jamais l'objet d'une enchère . Tous, au contraire , sont rigoureusement mis à prix pour une somme de beaucoup au-dessus de la valeur réelle. Cela fait, le mynckcur, ou crieur, abaisse successivement le taux de la demande, jusqu'à ce qu'une voix vienne, enfin, arrêter cette étonnante dégringolade....
Le tableau offert par ces transactions est plein d'imprévu. Vieille construction du quinzième siècle, le Myiick encadre pittoresquement la foule bigarrée qui vient y supputer le produit de son labeur.
Pêcheuses en jupons rouges, pêcheurs encore revêtus du lourd costume de mer; crieur affairé et menant sa besogne avec une force de poumons, une vélocité de langue prodigieuses; marchands aux aguets, calculant le bénéfice probable; curieux essayant de comprendre ce qui se dit, ce qui se passe...
Une heure s'écoule, on croyait être arrivé depuis cinq minutes à peine! Si l'oreillle se fatigue un peu, l'œil ébloui, suit les variations du spectacle, et le reflet chatoyant de ces montagnes de poissons, aux vives couleurs, n'est pas un des moindres attraits qui le cliarraent.
Très certainement, si le spectacle est attrayant, il est encore le motif de réflexions mélancoliques.
Ces intrépides pêcheurs exercent le plus dur, le plus périlleux des métiers. Au prix de fatigues excessives, ils varient notre alimentation, mais ce que nous pourrions dire de leur existence resterait au-dessous de la réalité, voyons-les, plutôt, à l'œuvre.
Le ler avril de chaque année est un jour de vive émotion pour Dunkerque. Les Islandais, c'est-à-dire les pêcheurs partant ver.< les cotes
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d'Islande à la reclicrche de la Morue, qui y foisonne, sont prôts à levor l'ancre.
Ils quittent leur famille, leur pays, ils vont, pendant un laps de temps de (juatie à cinq mois, se livrer au plus dur, au plus périlleux, au plus ingrat travail. Suivons un moment, par la pensée, ces infatigables marins.
Voyons-les bravant un climat glacial, les brouillards et les tempêtes si fréquents sous les latitudes nord , manœuvrant intrépidement leurs navires, ne se rlonnant point de repos avant que les tonnes embarquées soient bondées de poisson.
Les rivages d'Islande, abrupts et déchirés, sont redoutables quand les flots se soulèvent impétueux. Parfois, pourtant, il faut aller pêcher dans des parages plus inhospitaliers encore. Les récifs des lies l'éroë donnent asile à une morue renommée. Sa taille peut atteindre l^^iO, et les couches accumulées de sa chair n'ont pas moins de 10 à 12 centimètres d'épaisseur. Sa valeur commerciale est donc plus considérable; mais la navigation au milieu de ces archipels resserrés, hérissés d'écucils, exige une habileté, une prudence toujours en éveil.
Beaucoup de ceux qui, avec dédain, repoussent un plat de morue salée, se doutent-ils de la somme de courage, d'abnégation, de souffrances, et, aussi, du prodigieux mouvement commei'cial représentés par l'humble poisson?
Les Dunkerquois le savent, eux. Voilà pourquoi le départ des Islandais devient l'occasion des manifestations les plus sympathiques envers ces indomptables travailleurs. Pour la solennité, le carillon lance dans l'air ses notes pénétrantes....
Hélas! Tous ceux qui l'écoutent aujourd'hui reviendront-ils, de nouveau, prêter avec ravissement l'oreille à son harmonie?...
Et les femmes, les mères, les enfants se groupent, anxieux, autour de celui qui, au prix de sa vie peut-être, essaiera d'assurer leur propre existence.
La situation de Duiikeniue en a (ait une ville très industrieuse. Le mouvement commercial et maritime va prendre encore une extension nouvelle, par suite des travaux récents destinés à protéger et à amé-
lioier le iiorl.
Tel qu'il se présente actuellement, on y trouve des digues, des jetées, un avant-port, un port d'échouage, trois bassins à flot, quatre canaux, plus un bassin de chasse.
Les travaux projetés ne s'arrêteront pas, avant que le chenal soit
Di-NKERQUE. — Le Musée.
élargi et approfondi, avant que les bassins soient étendus, avant qu'une longueur d'environ huit kilomètres ait été ajoutée aux quais.
Voilà ce que l'on veut faire pour rendre à Dunkerque toute l'im-
Dl'nkerqce. — Chantier de consti'uction.
porlance dont elle est capable d'assumer le poids, et pour la mettre en état de disputer à Anvers la prépondérance que celte dernière ville a su conquérir.
Nous croyons possible la réalisation de ce plan, car il a été facile d'ap-
DE ni'.NKKUOI'E AU MONT SAINT-MICIIEL ii
précier les avantages obtenus depuis les dernières améliorations faites au port.
De semljlables dépenses sont éminemment productives. On doit souhaiter qu'elles se continuent avec la même intelligence, la même perspicacité des besoins du pays.
Une promenade sur les quais de Dunkerque peut, en quelques in-
DuNKERQjE. — L'Arsenal.
stants, donner une paiTailo idée des relations de la ville avec le monde entier.
Ainsi qu'il est naturel de le penser, la Beliii(]iii> , la Hollande, le Danemark, l'Angleterre, la Prusse, la Russie, la Norvège et la Suède y ont des consulats. Les pays du midi de l'Europe ne sont pas, non plus, restés en arrière , et tous les centres commerciaux d'Amérique ont suivi l'exemple.
Les élablisscmenls de la marine de guerre, ceux de la marine marchande sont vastes, très bien aménagés. Le chantier de constructmn es toujours fort animé pour le service de la pêche côtiere, de la pèche de la morue et du cabotage, qui est très considérable.
De plus, des canaux de communication
avec l'intérieur du pays contribuent à la
prospérité des
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Vue de ses murailles, par une belle journée, Dunkerque apparaît ini|iosante, quoique gracieuse. Du côté de la terre, les tours du Beffroi et de Leugheiiaor, — cette dernière surmontée d'un liaie, se dessinent fièi'ement sur l'azur du ciel.
Du côté de la mer, les quais, avec leur population affairée ; le port, pavoisé de tous les drapeaux connus; la rade splendide, sillonnée de bâtiments entrant ou sortant, les longues jetées, puis les flots qui se confondent avec l'horizon....
Rûseiidaêl.
Peut-être, cependant, le paysage gagne-t-il encore en beauté quand vient le crépuscule, alors que les phares tournants ou fixes, et les feux flottants, projettent au loin leur lumière sur la vague mobile....
Les bains de mer des environs de Dunkerque sont très fréquentés.
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KosEKDAËL, située à 5 kilumétres, prend, chaque année, plus d'impurlance. Un liés joli casino y a élé bàli. Son aspect délasse un peu de la vue des clicniiuées d'usines diverses, rencontrées si fréquemment, car tout un monde industriel occujie la banlieue dunkerquoise . Sécherics de morue, filatures, raffineries de sucre, distilleries, corroieries, fonderies, forges, poteries, brasseries, fabriques de tulle.... On voit bien que l'on se trouve dans le déparlement du Nord, le plus peuplé et le plus riche de la l'runce, après le département de la Seine.
Il est impossible de quitter Dunkerque sans visiter Beficues, sa voisine, qui, comme elle, doit sa foudation aux comtes de Flandre.
Baudoin te Chauve la fortifia; mais, en 1085, elle fut entièrement détruite par un incendie. Relevée de ses ruines, elle étail de nouveau, en 11"23, la proie des tlammes et, moins d'un siècle plus lard, en 1215, la même cause la rejetait d;ii> une profonde misèie.
11 semble, en vérité, que la pauvre ville dut, péiiudique ment, subir cette affreuse épreuve : on note, encore, un incendie en 1494, et un autre en 1558. Ce dernier avait été allumé par le maréchal de Thermes, qui luttait pour la France contre les Espagnols.
Le roi d'Espagne Philippe II s'intéressa beaucoup à Bergucs. Turcnnc la prit en 1658, mais pour peu de temps, et la France dut attendre que la paix d'Aix-la-Chapelle (1668) confirmât la capitulation définitive obtenue de la cité, par Louis XIV, l'année précédente.
Bergues possède un des plus beaux beffrois de la Flandre, justement classé parmi les édifices historiques.
Jadis, la ville était très malsaine à cause des marécages dont elle se trouvait entourée. On a remédié à cet état de choses par de grands travaux de dessèchement. Plusieurs canaux viennent y aboutir. L'un d'eux, long de huit mille mètres, la réunit à Dunkerque.
Tout est prévu pour permettre, en cas d'invasion, de submerger et de rendre, par conséquent, impraticables, les campagnes situées entre le port de Dunkerque et la place forte de Bergues, c'est-à-dire sur une étendue de plus de (7(j kilomètres.
La nappe d'eau n'atteindrait pas moins de un mètre cinquante centimètres de profondeur....
Le moyen de défense serait extrême et coûterait, le danger passé, de longues années de travail pour rétablir les canaux actuels.
Mais, quand il s'agit de défendre sa patrie, aucun sacrifice peut-il être refusé!