II
lu LE LITTORAL DE LA FRANCE
Saint-Sauveur est l'objet de soins éclairés tendant à préserver ce bel édifice de la ruine.
L'église Saint-Malo, fondée le 27 mai 1490, ainsi que le relate une inscription gravée à l'entrée, remplaçait une autre église démolie, en 1487, sur l'ordre du duc François II, par cette raison que, se trouvant en dehors du mur d'enceinte, les ennemis pouvaient considérer « la .grandeur et forteresse » de la paroisse, s'en emparer et s'en « servir » comme d'une citadelle. Mais, libres étaient les bourgeois de la rebâtir à l'intérieur de la ville, ce qui fut fait.
Il paraît même que les Dinannais ne tinrent pas trop rancune au vicomte Jean de Rohan qui, devenu lieutenant du roi de France, Charles Mil, avait été chargé de recevoir leur capitulation; car l'édifice nouveau fut construit sur un terrain donné par ce gentilhomme, sous la condition qu'il participerait aux messes célébrées dans l'église, qu'il aurait sa sépulture dans le chœur et que ses armes seraient peintes sur la grande verrière.
Peut-être, néanmoins, tout cela influa-t-il sur l'esprit des habitants; en effet, commencée avec entrain, l'église Saint-Malo n'a été achevée que de nos jours.
L'intérieur, d'une belle ordonnance et en parfaite harmonie avec le type primitif, n'a cependant pas la grâce de l'extérieur, copie charmante, en dépit d'une légère excentricité, de l'architecture de Saint- Servan.
La Révolution a dépouillé cette église du tombeau de Raoul Marot des Alleux, le brave sénéchal de Dinan, et de Simone Le Fer, sa femme.
On retrouve quelques débris de ce beau monument funéraire sur un ou deux autels; plusieurs encore au musée, très riche en souvenirs de ce genre, provenant de diverses abbayes et de l'église de Léhon.
La pierre sépulcrale de Jean de Reaumanoir, fils du héros du combat des Trente et de Tiphaine du Guesclin, sa femme, est une des plus curieuses.
Le musée renferme aussi un très grand nombre d'objets découverts, soit à Corseul (le grand musée antique), soit dans les campagnes dinannaises : lampes, figurines, mosaïques, poteries, armes, amphores, coins celtiques, médailles....
On ne quitte pas Dinan avant d'être allé voir le beffroi de la vieille tour de l'Horloge qui, située à peu près au centre de la ville, e^st surmontée d'une flèche haute d'une soixantaine de mètres. La base de la pyramide est ceinte d'une galerie planant sur un vaste panorama.
Séjournons-y pendant quelques moinenls. Bientôt nous entendrons résonner la belle cloche, don royal d'Anne de Bretagne, qui voulut la nommer, avec le vicomte de Rohan. Le timbre porte, gravés, les vers suivants, généralement connus :
vlniif, pour uraj), \c fu5 noumcf (£n [\m mil rinq cent erpt.
Dfô miblfô île la uillc noumée Zicvic île ce pnps eu effet.
3e fus eu celui au J'ouîiue !2lu moiô îi'2lou!?t par l)l)lipes 6ufel QTt île bon meslal bieu vanîiue Du pojJS ^e ôijc mille et sept.
I/horloge de la tour est l'une des plus anciennes de la province bretonne.
Mais, nous nous sommes beaucoup attardés à Dinan, sans nous être enquis de son commerce. La voie ferrée de Lison à Lamballe lui a donné une activité nouvelle et seconde la navigation de la Rance qui, pendant si longtemps, est restée à peu près le seul moyen de communication entre la ville, resserrée sur sa colline escarpée, et le reste du pays.
Tanneries, corroieries, mégisseries, toiles à voiles, fours à chaux se partagent l'industrie des habitants. La coutellerie de Dinan et des tissus nommés basins, ont eu de la réputation. Vers 1840, une première fabrique de sucre de betterave fut installée dans la banlieue de la ville et y conquit un véritable succès.
Plusieurs foires attirent un grand concours de cultivateurs. La principale d'entre elles commence le second jeudi de carême et dure une quinzaine entière. Les huit premiers jours sont appelés foire du Liège; les huit derniers, foire du Deliège. Le blé, le beurre, le bétail, les chevaux, en un mot les produits agricoles et industriels de la contrée forment l'objet des transactions de cette foire fameuse.
Nous descendons au faubourg du Pont, c'est-à-dire au port de Dinan, dépendance antique du prieuré de la Madeleine. Les États de Bretagne s'occupèrent souvent du Port et veillèrent à ce qu'il offrît toutes les facilités réclamées par la navigation de l'époque.
De son côté, la Communauté de Ville témoignait sa sollicitude pour cet élément de prospérité. Elle avait deux fois raison, la Rance, en dehors
des besoins du commerce, ayant toujours attiré un grand concours de voyageurs, charmés par la beauté de ses bords.
De plus, cette rivière a permis l'établissement d'un canal destiné à ouvrir une communication avantageuse entre la Manche et l'Océan et à relier entre eux les ports de Nantes, de Saint-Malo, de Brest.
Le réseau d'eau est fort bien compris, ses deux divisions sont le canal d'IUe-et-Rance et le canal de Nantes à Brest. Nous retrouverons ce dernier plusieurs fois; aussi nous contenterons-nous, maintenant, de dire que c'est un peu au-dessus de Uedon qu'il communique avec le fleuve le plus important de Bretagne : la Vilaine'.
Le cours de la Vilaine conduit à Rennes où, en face de la belle promenade du Mail, vient s'amorcer le canal d'IlIe-el-Rance et tomber la rivière d'IUe.
Ensuivant la direction du Nord, la route, par la voie canalisée, traverse le bassin de l'IUe jusqu'à Hédé. Elle entre ensuite dans le bassin de la Rance. Puis, au moyen de l'écluse du Châtellier, qui empêche l'assèchement du port de Dinan à l'heure du reflux, le voyage se termine, 'soit à Saint-Servan, soit à Saint-Malo.
L'importance de cette artère est donc grande; elle pourrait devenir plus considérable encore, si un puissant mouvement local tirait parti des ressources naturelles ou industrielles de la région. Le mouvement se produira, il faut l'espérer, en dépit de prédictions pessimistes, montrant le canal davantage délaissé depuis l'établissement de la ligne ferrée. Notre jferme conviction est que la batellerie peut, partout, tenir fort bien le rôle d'auxiliaire des chemins de fer. Beaucoup de marchandises encombrantes ou de nature particulière : tels les engrais, offrent un sensible avantage pour ce mode de transport. Et la culture bretonne, en général, réclame l'emploi judicieux d'engrais.
Ce n'est pas en se lamentant sur la stagnation des affaires, sur la routine trop connue des agriculteurs, qu'on remédie au mal. Il y a des exemples ^^énéreux à donner, des initiatives intelligentes à prendre : le succès répondra aux efforts persévérants.
Projeté vers 1783 par les États de Bretagne, le canal d'Ille-et-Rance fut commencé seulement en 1804. Il a été terminé environ quarante ans plus tard.
Une pensée stratégique était attachée à son achèvement, de même qu'à l'achèvement du canal de Nantes à Brest.
1. Nous exceptons, bien entendu, la Loire qui n'est pas, à proprement parler, un fleuve breton. .
Mais, tout eu respectant fort la stratégie, tout en souhaitant qu'elle aide efricacement à la défense, à la grandeur de la patrie, nous désirons aussi, avec non moins d'ardeur, qu'elle contribue, par ses travaux, à apprendre aux Français que la multiplicité des moyens de travail n'a jamais été un obstacle à la diffusion de la prospérité publique.
Pêcheurs débarquant, dessin inédit d'Oxanne.