‹ Le littoral de la FranceChapitre 9 sur 120 · Du Guesclin était né à Broons · texte numérisé non relu

Du Guesclin était né à Broons

par eux. L'histoire du comte et de la comtesse de la Garaye a été écrite sous le titre de : les Époux charitables.

Leur sépulture est à Taden, bourg de la banlieue dinannaise, qui possède également les ruines de leur château. Claude Toussaint Marot de la Garaye descendait du sénéchal de Dinan, anobli par Henri IV, après l'heureux coup de main qui avait replacé la cité sous l'autorité royale.

L'hôtel des Chevaliers de Malte se voit place des Cordeliers; celui de Beaumanoir, à l'angle de la Haute-Voie et la rue de la Ferronnerie, a été le berceau de l'académicien Duclos-Pinot, historiographe de la cour de Louis XV, auteur des Considérations sur les mœurs. Si la manière de voir

Duclos.

et l'esprit épîgrammatique de Duclos ne sont pas à l'abri de tout reproche, on rendit toujours hommage à sa franchise, à son cœur noble et bon.

Très aimé des Dinannais, il dut accepter la mairie de sa ville natale, qu'il embellit de charmantes promenades. Dinan a prouvé sa gratitude en érigeant le buste de l'écrivain-magistrat au milieu de ces mêmes promenades.

Duclos mourut le 26 mars 1772. H était âgé de 68 ans.

A ces noms il faut joindre ceux de Louis Gillet (1680-1753), l'érudit traducteur de l'historien Josèphe. De Julien Busson (1717-1751) et de Goguelin (1745), deux très savants médecins; de Dom Jamln (1750), un religieux bénédictin dont tous les ouvrages furent plusieurs fois traduits en

diverses langues; de Potii::r de l\ Geiimondaye, conseiller à l'ancien Parlement de Bretagne, mort en 1797, et auteur d'une Inlrodurtiuii au gouvernement deii paroisses.

Plusieurs ])iographrs font aussi nsUre à Dinan le digne rival, dans

rinde, de Dupleix, Maiié de la BouRDONNAYE, qul, pour toute vengeance des calomnies dont on l'accablait, disait en soupirant et en faisant allusion à ses noms :

« Sur moi la haine abonde! » Mais Saint-Malo revendique avec énergie cet homme illustre.

Parmi les gloires locales plus modestes, mais indiscutables, nous trouvons Catherine d'Ollo, savante religieuse Clarisse du seizième siècle, et, tout près de nous, quatre hommes ayant droit de ne pas être oubliés.

François Laurent Lamandé (1735-1819) était inspecteur général des ponts et chaussées. Son énergique résolution et ses tra-

,.j.^^ / vaux préservèrent la ville des Sables-d'Olonne d'une inon-

dation.

Pierre le Iîardy (1758-1795) fut autant aimé qu'estimé de ses concitoyens. Vint le moment de députer à la Convention nationale. Son nom sortit unanimement acclamé par le département du Morbihan, « comme celui du plus homme de bien ». Il dut monter sur l'échafaud en même temps que -' les Girondins.

Egaui-t des NoLis, ingénieur distingué, inventa le niveau à bulle d'air qui porte son nom. 11 fut le constructeur du Château-d'Eau et du bassin du Palais-Boyal, à Paris.

Charles Néel de la Vigne (17G2-1851), d'abord maire de Dinan, puis sous-préfet, puis député de l'arrondissement, fit à la ville des legs précieux, et son impartialité comme sa générosité s'étendirent à toutes les affaires, à tous les établissements de l'antique cité.

'a porte du Jerzual (façade externe).

LA RLE DU JERZUAL, A L'INAN

DU MONT SAINT-MiCIIEL A LORIENT

A ces noms, dont Dinan est fière, il faut joindre le souvenir de Chaleaubriand, qui fut élève du collège de la ville'.

Si l'on veut se rendre un compte exact de la physionomie d'une ville au moyen âge, il faut parcourir les rues de VÂpport, de Vllorloge, de la l.arderie et, surtout, la rue à pic, quoique sinueuse, du Jerzwal ou Jersual.

La porte du Jerzual (façade interne)

Les maisons, pour la plupart, y possèdent un porche, tantôt en bois sculpté, tantôt en granit.

Les piliers formant ces sortes de passages empiètent, sans le moindre souci de la symétrie, jusqu'au tiers de la voie, dépassent une maison voisine ou se renfoncent dans un angle. Ici, l'habitation est élevée et son toit

i. Notes compulsées d'après l'ouvrage de M. Robidou, à qui il faut toujours revenir quand on veut être bien renseigné sur cette partie de la Bretagne.

prend la forme d'auvent. Là, les charpentiers se sont arrêtés après avoir bâti un, deux étages au plus.

Ce n'est pas tout, les siècles accumulés sur ces constructions ont disjoint leurs veines, ont ouvert passage à mille causes variées de ruine. Les murs tombent ou se creusent; les piliers semblent avoir perdu leur aplomb; les fenêtres chevauchent sur la façade noircie; mais la population n'en prend guère alarme. Elle a confiance, non sans raison, dans la soli-

Autre aspect de la porte du Jerzual.

dite de ses vieux logis et se meut à l'aise au milieu de la sombre atmosphère qu'ils recèlent.

Après cette visite, on se trouve bien préparé pour une étude du château et des fortifications.

L'enceinte fut longtemps double et son appareil remonte, selon toutes probabilités, au quatorzième siècle. Elle enveloppait complètement Dinan et était défendue par quatorze tours, dites : des Sillons, de Coëtqum, Longue, de Cocherel, de rÂllouè, de Dois-Hadouard, du Connétable, de Sainte-Catherine, de Saint-Julien, de la Rue-Neuve, de Lesquen, du Grand et du Pelit-Remparl, du Bi^norin

Quatre portos principales, accostées chacune de deux tours, donnaient accès dans la ville. La plus intéressante est la porte du Jerzual, sévère et grandiose, terminant admirablement la rue du même nom.

C'est par la porte Saint-Malo que les conjurés dinannais firent entrer chez eux les Malouins accourus à leur appel.

La porte de Brest se distingue par ses deux énormes tours. Quant à la porte Saint-Louis^ de date relativement récente, elle contribuait à rendre le château plus fort.

Des jardins, des kiosques fleuris surmontent, à présent, la plupart de ces tours et font à la ville, pendant six mois de l'année, une couronne embaumée.

Le château ou citadelle regarde la vallée et le village dits du Saint- Esprit. Le pourtour du donjon ne couvre pas moins de soixante-six mètres de terrain et son sommet est élevé de trente-trois mètres. La construction entière se compose de deux énormes tours jumelles, étroitement engagées l'une dans l'autre. Des fossés très profonds l'isolent et on n'y peut pénétrer que par deux ponts, le premier en bois, le second en pierre, planant à une grande hauteur, oii ils ont remplacé le pont-levis primitif.

L'ingénieur chargé du travail a prévu le cas où les défenseurs du château devraient repousser, à la fois, l'ennemi arrivant du côté de la campagne et le danger menaçant du côté de la ville.

La plate-forme repose sur une ligne de mâchicoulis de l'ouverture desquels sont projetées, çà et là, les bouches de gargouilles gigantesques.

Une galerie de créneaux règne autour de cette plate-forme. Ils s'appuient sur des consoles exceptionnellement allongées, qui ajoutent à la solidité de l'ouvrage et facilitaient les manœuvres de la garnison.

En franchissant la porte d'entrée du château, on remarque ïassornmoir, sinistre trouée commune à toutes les forteresses de l'époque , et on arrive dans une ancienne chapelle à la voûte finement sculptée. Quelques pas plus loin, une sorte de réduit sombre contient une pierre façonnée en siège et dénommée par la tradition : Fauteuil de la duchesse ou de la reine Anne. Orienté de façon à laisser voir l'autel, il recevait, dit toujours la légende, de riches coussins sur lesquels la princesse prenait place pour entendre loffice divin.

Un bel escalier en spirale conduit aux diverses parties de l'édifice dont plusieurs salles ont conservé des noms caractéristiques : salle du Service^ du Duc, des Gardes, du Connétable; cette dernière était la chambre du gouverneur.

Longtemps controversée, la date de la fondation du château de Dinan doit, d'après M. Mahéo, auteur d'une notice sur ce monument, être reportée à l'année 1582, sous le règne de Jean IV, qui voulait soustraire la ville au danger d'une surprise hostile de ce côté.

Le duc et la duchesse vinrent visiter la citadelle, en 1387, et, depuis, leurs successeurs y firent volontiers séjour.

Les événements dont elle a été le théâtre sont assez nombreux. En 1419, les seigneurs bretons, fermement résolus à repousser la domination anglaise, y tinrent une sorte de conseil de guerre et de défense.

En 1446, François l" y venait donner des fêtes brillantes, justifiant le cri populaire des grands jours : « Largesses du riche duc! » Mais, aux échos joyeux, se mêlaient les larmes, les protestations, les soupirs d'un prisonnier retenu dans le plus affreux des cachots du donjon. Gilles de Bretagne, arrêté par ordre de son frère, subissait les premiers jours de la captivité cruelle qui devait se terminer par une mort violente, au château de la lïardouinaye.

Bientôt, à l'embouchure de l'Arguenon, nous trouverons les ruines du Guildo, manoir d'apanage du prince infortuné.

Par une double ironie du sort, Gilles avait épousé la riche héritière de l'une des branches de la famille seigneuriale de Dinan, Françoise, fille de Jacques de Dinan, seigneur de Montafilant et époux de Catherine de Rohan.

Le mariage de Gilles avait accru la haine de ses ennemis, qui convoitaient l'immense fortune de Françoise. Hélas! cette fortune ne sauva pas le frère du duc.

D'autres fêtes plus réellement joyeuses signalèrent la présence, en 1469, au château de Dinan, du duc François II. Vinrent ensuite celles des divers séjours de la reine Anne et du passage du roi Charles IX. Mercœur y arriva en 1589, et en donna le gouvernement à Saint-Laurent, qui devait bientôt en être chassé.

Plus tard, la citadelle reprit souvent la triste destination de prison, jusqu'au jour où, en 1793, elle fut classée sous ce nom par ordre du gouvernement.

La belle tour ovale de Coëtquen fait en quelque sorte partie du château : une galerie en casemate reliant les deux édifices. Mercœur y avait installé la Cour des Monnaies.

Avec son superbe château, Dinan possède encore un monument splendide : l'église Saint-Sauveur, aussi pittoresque, aussi imposante d'aspect que curieuse à étudier.

La date

de foiulalion do Saint-Sauveur n'est pas connue, mais les plus anciennes parties de l'édifice remontent évidemment au douzième siècle.

Le portail occidental présente un véritable luxe de statuettes, de rinceaux, de colonnes et colonnettes rondes, torses ou cannelées; de chapiteaux sculptés prouvant Tabou-

dance de l'imagination des artistes,

A,- rh'^^^^^ ^^ même temps que la facilité des

mœurs de l'époque.

Trois arcades composent le por-

tail; deux d'entre elles, latérales, sont aveuglées, mais formaient, autrefois, d'admirables décorations sculpturales. Les figures des quatre évangélistes, placées sous des dais et portées par des lions, sont pétillantes de verve.

La muraille méridionale se divise en six travées à double arcature et doubles colonnes engagées; elle est couronnéo par une corniche sur laquelle se détachent des modillons bizarres. Une jolie construction heptagonale du quinzième siècle s'appuie sur celte muraille.

Façade et abside de l'église Saint-Sauveur.

La façade Nord offre une succession de pignons à ogives et de minces contreforts.

« Rien de comparable, comme coup d'œil, à l'effet produit par le chevet de l'église Saint-Sauveur. De l'aile des transepts au sommet du temple, c'est une forêt de tourelles ajourées par une multitude d'ogives gracieusement ouvertes entre les contreforts, qui s'élancent du socle commun, enveloppant le sanctuaire de leur radieuse couronne. Sur les contreforts jaillit, d'étage en étage, une nouvelle végétation de colonnettes fuselées, cannelées, fleuronnées. Sur leurs cimes, des pinacles épanouis en

Eglise* Saiiit-Malo.

corolles, en vases, en corbeilles. Les ogives, brodées comme le tympan, sont assez souvent recouvertes d'un gros bouquet de feuillages. Sur ce charmant pourtour, entre les contreforts qui le dominent, circule une galerie de granit, tantôt découpée à jour, tantôt pleine, ou percée à l'emporte-pièce. Au-dessus, le chevet de la nef du chœur présente d'aplomb ses pans coupés, ses hautes ogives, et, comme dernier terme de cette gradation, l'obélisque d'ardoise, brillante fantasia, prend sa rapide volée dans l'air. Il faut remarquer, au côté Sud de ce chevet, le massif pilier qui ouvre les galeries, dont l'amortissement, luxuriant bouquet de granit, est la plus parfaite décoration extérieure du temple. »

A f T II E VUE DE LA RUE D L' J E R Z U A L , A D I N A N

Lorsque le soleil levant met successivement une délicate nuance dorée sur ces beaux détails, en en accusant chaque contour, ou lorsque, par une chaude après-midi de juillet, ces mêmes détails étincellent, brillants, dans l'atmosphère lumineuse, Saint-Sauveur, poème en pierre, force l'admiration des yeux les plus indifférents et entr'ouvre, pour l'âme avide d'échapper aux mesquineries quotidiennes, une perspective radieuse vers l'infini....

L'édifice, c'est tout dire, reste digne de planer sur les campagnes enchanteresses étendues autour de lui.

Accord parfois trop rare, l'intérieur de l'église tient les promesses de l'extérieur. Les chapelles du chœur présentent d'admirables voûtes, et les chapelles de l'abside sont de gracieuses merveilles, avec leurs arceaux touffus, confondus entre eux comme les rameaux d'un bel arbre; leurs niches en crédence, leurs aiguilles gothiques, leurs statuettes d'anges, leurs frises, leurs moulures, leurs feuillages, leurs clochetons, leurs fleurs épanouies!

Depuis 1810, Saint-Sauveur possède, on l'a vu, les cœurs de Du Guesclin et de Tiphaine, sa femme. Le cénotaphe qui les renferme est malheureusement d'un goût médiocre. L'ancienne pierre sépulcrale portait l'inscription suivante, en caractères de l'époque :

€^ : (jiôt : le (unir : b^ missive : bcrtran : î>u : ôuraqûi (ï\ : sou : ïîiimt : foncstablf : be Svâce : qui : Irespassa ; le : xïà* jour : île : jullet : lan : mil iii' iiii" : îiont : son : eorps : repos aoecqufs : eeuljr : îles : Ho^js tt sninct : îienis en J^rauce :

n serait bien à désirer que le monument funéraire de l'illustre Connétable devînt l'objet d'une restauration à la fois savante et digne des cendres qu'il recouvre.

A l'entrée de la nef, on admire un bénitier fort original, soutenu par des cariatides drapées dans des costumes orientaux. L'intérieur de la conque est rayé de profondes cannelures, au milieu desquelles se jouent des poissons d'un assez bon relief.

Plusieurs inscriptions gravées sur les piliers de support de la tour donnent les dates de leur construction (1557-1558), et de celle du chœur (1507). ...

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