‹ Le littoral de la FranceChapitre 108 sur 120 · II · texte numérisé non relu

II

Son commerce actuel provient surtout de la pêche, très active. Le congre, la merluche, sorte de morue, le maquereau sont les espèces les plus abondantes ; on les sale, on les sèche pour l'exportation; le poisson frais, les crustacés s'expédient également par quantités considérables.

Les engrais marins, principalement la soude, obtenue du varech, ainsi que les céréales contribuent à entretenir les transactions.

Une école d'hydrographie est établie à Audierne. Elle trouve, à coup sûr, les éléments les plus variés d'observation sur des rivages si constamment que les battus par les vents et les flots.

Entre tous les naufrages qui ont fait le fatal renom de la baie, celui du vaisseau : Les Droits de tHomme, marque une page cruelle pour la marine française.

Après avoir soutenu un combat meurtrier contre deux navires anglais de forces bien supérieures aux siennes, ce vaisseau, rasé de ses mâts et coulant bas^ vint, poussé par la tempête, échouer sur les sables de Plouhinec. Son artillerie était épuisée, une centaine de ses marins morts, tous ses officiers blessés; il resta quatre jours sans vivres, à la merci des vagues furieuses qui défoncèrent son arrière et remplirent sa cale. Les embarcations, avec les hommes qui essayèrent de les monter, furent englouties....

Quarante-trois ans plus tard, un Anglais, le major Pipon, de Jersey, témoin du combat ainsi que du désastre, vint à Plouhinec et sur une pierre druidique, autour de laquelle avaient été inhumés nos malheureux marins, fit graver une touchante inscription.

C'est l'embouchure de la petite rivière appelée Goyazen ou Goayen qui forme le port d'Audierne et même donne son nom à la ville; les Bretons ne la désignent pas autrement.

Ce cours d'eau permet aux grosses barques de pêche de remonter jusqu'à Pont-Croix, ancienne petite ville bâtie sur un plateau élevé, dominé par le beau clocher à jour d'une église remarquable. Pont-Croix était un marquisat appartenant à la famille de Rosmadec, l'une des plus honorablement connues et des plus illustres de Bretagne.

Dans la ville, nous sommes, quoique bien près de la pointe extrême du cap de Cornouailles, en communication facile avec Quimper; mais, si nous reprenons la route du littoral, une solitude complète, une sorte de désert nous entourera. Pas un abri, plus un village. Tous se sont éloignés au moins à quelques centaines de mètres de la côte de granit, trop souvent balayée par la mer démontée.

nu MONT SAINT-MICHEL A LORIENT

Des bruits sourds, semblables à des détonations d'artillerie, à des crépitements de pièees d'artifice, ne cessent de retentir.

Au nord, VEnfer de Plogoff et le Bec du ïlaz remplissent Tair de leurs rugissements. Au sud, la Tonfie et les Roches de Penmarch exhalent leurs plaintes lugubres.

Les gouffres, les rocs brisés se succèdent. Le flot, accourant sans obstacle des rivages américains, fond de toute sa pesanteur, de toute sa force, centuplées par la distance, sur la barrière trop faible qu'il ronge à chaque heure, qu'il détache par blocs immenses.

On eût cru que les terreurs entrevues ne pouvaient être dépassées.... La

Grève de Pcnmarc'li, mer calme

Stupeur s'accroît quand on entend le récit de catastrophes effroyables survenues pendant des journées en apparence très calmes*.

Les lames de fond causent le péril. Elles se dressent, soudain, et se retirent, sournoises, presque invisibles, mais non sans avoir accompli leur œuvre de mort!

11 ne faut pas s'aventurer sans guide sur les rares grèves de Penmarc'h!

A quelles révolutions physiques n'a pas été soumise cette côte, autrefois riche, florissante.... Les pêcheries y donnaient des résultats extraordinaires; un banc de merluche y était la source de revenus énormes....

La ville, industrieuse et prospère, constituait une sorte de petite prin* cipauté à peu près indépendante, sauf les droits à payer au trésor ducal....

1. L'épouvantable événement qui priva M. Levainville (ancien préfet du Finistère) de toute sa famille est de ce nombre.

La mer ou plutôt la main de l'homme a fait la ruine, a porté la dévastation sur la cité.

« Les vents d'ouest et de sud-ouest, si terribles dans nos parages, ont détruit nos pêcheries et éloigné le banc de merluches, « disent parfois les vieillards.

Cela peut y avoir contribué, de même que la découverte des bancs de morue de Terre-Neuve ; mais le grand destructeur fut La Fontenelle.

Jusqu'à lui, Penmarc'h avait repoussé toutes les attaques. Le bandit, plus habile, écrasa la pauvre ville une fois, deux fois, dix fois... emmenant, d\m seul coup, trois cents barques de pêche et faisant couler des blocs de roche dans le port !!

Le pillage des maisons, des manoirs, le massacre des gens accompagnaient ces excès de vandalisme.... Le pays ne s'en releva jamais. Il faut le parcourir pour comprendre à quel point sa misère fut absolue!...

Sept églises, dispersées au milieu de ruines de tout genre, formant maintenant autant de villages, prouvent que la population était très nombreuse. De beaux débris sculptés, des maisons fortifiées prouvent que seigneurs et bourgeois avaient de riches logis.

L'église paroissiale, grand et beau monument du quatorzième siècle, aux riches vitraux, surmonté d'une grosse tour accostée de contreforts, n'abrite plus qu'un petit peuple de fidèles.

Kérouille-Saint-Guénolé ne possède plus que la majestueuse tour et le gracieux portail de son église.

Kérity voit s'effriter sa chapelle, œuvre du treizième siècle, d'un goût exquis, et les dernières dalles funéraires de sa commanderie de Templiers vont former les murailles ou les chambranles des portes des chaumières, quand elles ne servent pas de seuil à une étable!...

Les pierres druidiques, surgissant un peu partout, augmentent encore cette impression de tristesse. Ne semble-t-il pas qu'elles viennent, triomphantes, reprendre possession du sol pour jamais frappé de stérilité!... Et les tumuH ne livrent-ils, en partie, leurs secrets, que pour affirmer le néant de toute richesse, de toute puissance!

Ceux dont la main les éleva avaient été forts, courageux, persévérants. Leur souvenir est effacé; leurs mœurs, leur culte à peine connus.

Ils reçoivent, près d'eux, les enfants de « la terre de granit », tombés de la prospérité dans une existence rude, précaire, à laquelle l'avenir ne peut apporter beaucoup de changements!...

Mais, nous nous trompons, souhaitons-le. Il ne faut jamais désespérer

de ravcnir. Le chemin de fer aidant, Penmarc'h reprendra quelque activité.

l'n dernier regard à ces rivages redoutables :

Où est-il, le rocher dont la configuration bizarre leur imposa le nom de Tète de Cheval? (Peu Mardi.)

Où, la fameuse (Torche) dont l'écho trouble souvent Quimper!

Les voici tous, gris, rouges, noirs, aigus, roulés, éclatés en mille

Menhir, près Penmarc'li.

facettes dentelées.... Ils se poussent, se heurtent jusqu'aux dernières limites de l'horizon.... Des nuées d'écume s'élèvent de leurs flancs et vont se mêler à l'atmosphère sombre, ou bien se déchirent avec un fracas retentissant!...

Une voile, pourtant, plusieurs voiles teintent de blanc le brouillard! Un soupir d'effroi gonfle le cœur.

L'homme ose se mesurer dans une lutte aussi affreuse!

Ke l'oublions pas, nous, habitants de villes privilégiées.... Et quand le

retentissement d'un naufrage viendra jusqu'à nous, ouvrons la main, ouvrons-la généreusement.

Soulager de telles misères, c'est faire deux fois acte d'humanité; tant de foyers restent déserts après la tempête!...

Avant d'un vaisseau de ligne, sous Louis XIV.

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