LES ILES GLENAXS. — LA BAIE DE LA FORÊT. — CONCARNEAU
On pourrait supposer que l'on parcourt un autre pays, tellement, depuis rexlrènie pointe Sud du cap de Cornouailles, la côte a changé d'aspect. Verdoyante, les arbres la couvrent souvent jusqu'à la ligne de flot, baignant leurs racines et leur feuillage dans l'eau de chaque marée. Ils sont parfois si touffus, que Ion croirait voir les abords d'une forêt, et plusieurs baies en ont retenu le nom sous lequel on les désigne. Telle la jolie baie défendue par la ville de Concarneau.
Les îles de Glénan, ou, plus simplement, les Glénans, commandent à la fois l'entrée de Concarneau et l'anse de Benodet. Elles dépendent de la commune deFouesnant et gisent à une'distance de douze à quatorze kilomètres au large. C'est un petit archipel composé de six grands ilôts et de plusieurs masses rocheuses, asiles des lapins et des oiseaux de mer.
L'Ile Penfret, la plus considérable, est située en face de la baie de la Forest, au sud-ouest de la pointe de Trévignon. Sa côte Nord supporte, depuis un demi-siècle, un phare de troisième ordre à éclats. L'anse de Porniqueul assure un bon mouillage et un bon abri aux petits navires; un puits d'eau douce en est tout proche.
Le mouillage de l'ilc de la Cigogne (placée au centre de l'archipel), est très bon, un petit fort en défend l'accès.
L'île Saint-Nicolas possède d'excellentes terres bien cultivées et de l'eau douce; mais Guyoteck, le Drenec et Guineneck ne donnent guère asile qu'à des bestiaux envoyés pour paître leur herbe succulente.
L'ile du Lock tire son nom d'un grand étang saumatre occupant le milieu de sa superficie* : le mot lock signifiant littéralement : étang.
1. Les lecteurs du Fotjer breton se souviendront qu'Emile Souvestre y a placé la scène de l'un de ses plus charmants récils populaires : la Groac'h de l'île du Lock.
La position des Glénans peut être importante en temps de guerre, puisqu'elle entraverait les opérations d'un débarquement ennemi, sur cette partie du littoral breton. Il y a donc lieu de supposer que ces îles ne seront pas oubliées dans le plan général adopté pour la défense de nos rivages.
La baie de la Forest fournit les plus charmants points d'excursion. L'église du bourg de Fouesnant date, au plus tard, du dixième siècle. Les beaux sites et les riches manoirs sont nombreux aux environs. La population, les femmes surtout, présente des types ravissants.
Sous leur si gracieux costume, qu'elles ont le bon sens de conserver, avec leur blanche carnation, leurs grands yeux d'un bleu foncé, leur opulente et fine chevelure noire, un artiste ne saurait rêver modèle plus idéal.
Sur la côte orientale, et à l'entrée de la baie de la Forest, s'ouvre une anse profonde, occupée, à peu près à son centre, par un îlot sur lequel une petite cité a trouvé moyen de développer sa ceinture de murailles.
CoNCARNEAu, aiusi se nomme-t-elle, doit être d'origine fort ancienne; mais les premiers faits dont ses chroniqueurs aient gardé le souvenir ne vont pas au delà du septième siècle. Sa situation lui a toujours valu un rang honorable parmi les places de guerre bretonnes, et lorsque Henri II lui accorda, en 1557, le droit envié d'établir un PapegauU\ les lettres patentes la désignèrent comme « la quatrième ville forte de Bretagne ».
De nos jours, Concarneau est place de guerre de troisième classe, et ses fortifications sont soigneusement entretenues. L'un des bastions passe pour avoir été construit par la reine Anne, chose très possible, « la bonne duchesse » ayant toujours veillé jalousement sur son domaine particulier.
Du Guesclin assiégea sans succès la petite ville, que la mer protégeait.
Plus tard, au temps de la Ligue, Concarneau devint, affirme le chanoine Moreau, « un repaire de bandits de sac et de corde, capables de tous les crimes ».
Le capitaine Lézonnet, gouverneur de cette belle garnison, vint prêter main-forte aux paysans révoltés des environs de Pont-l'Abbé, « plus soucieux, dit avec raison un historien, de causer du mal aux seigneurs royalistes, que poussé par un véritable zèle religieux ».
Le résultat de l'expédition fut fructueux; des sommes énormes furent payées par plusieurs gentilshommes et, détail piquant, passé en proverbe, les gens de Concarneau enlevèrent même « l'horloge du château ».