II
d'une voix ferme le religieux cordelier. En son nom, je te cite à compnraître dans quarante jours, devant Dieu, qui jugera votre cause! »
Ainsi s'exprime la tradition. L'appel eut-il lieu? N'est-ce pas plutôt la forme saisissante choisie pour résumer la fin du drame impie?... A quoi servirait un examen minutieux, l'épilogue restant toujours le même.
Gilles avait été assassiné le 25 avril 1450 et, le 17 juillet suivant, quarante jours après l'appel du religieux, François I", le Fratricide, mourait au château de Plaisance, près Vannes, où, dix ans auparavant, la célèbre comtesse de Montfort, sa bisaïeule, avait expiré. Il fut inhumé devant le grand autel de l'abbaye de Redon.
Qu'était devenue Françoise de Dinan? Une version calomnieuse l'a montrée faisant cause commune avec les assassins de Gilles. Il suffit, pour la mémoire de la jeune princesse, de dire qu'elle atteignait sa treizième année quand on la rendit veuve et que, prisonnière elle-même, elle dut offrir au comte de Laval de l'épouser pour recouvrer sa liberté. Encore, le duc l'obligea-t-il à consentir de grandes largesses envers son propre trésor.
Françoise souffrit cette dernière injustice, car il lui tardait de venger le martyr. L'avènement de Pierre II facilita son espoir. Poursuivis, Olivier de Méel^ Maletouche, Jean de la Chèze, Robert Roussel et Pierre Salomon, les bourreaux, eurent la tête tranchée, et leurs corps, mis en quartiers, furent exposés sur les grands chemins.
Un seul des meurtriers, le plus criminel, puisqu'il était l'âme de l'abominable attentat, Montauban, échappa.
« Par un trait de la patience céleste, » a écrit éloquemment le grand historien breton, d'Argentré, il avait pu fuir et Louis XI, plus tard, le prit sous sa protection.
Vainement on voudrait, au Guildo, oublier la sanglante histoire : elle y renaît pour ainsi dire plus lugubre.
La grande plainte de la mer, passant au-dessus des tours ruinées, n'est-elle pas cette lamentation soupirée par Françoise de Dinan, en voyant s'éloigner le prisonnier.... Et le dernier adieu de l'infortuné ne se mêle-t-il pas à sa faible voix pour la rendre plus énergique, plus solennelle, pour empêcher que le temps l'étouffc, mais, au contraire, porto par delà les âges l'horreur pour le meurtrier, la pitié pour la victime'....
i. Nous venons de lire sur ce sujet si pathétique un drame plein de force, de sentiment et d'une grande portée théâtrale. M. Robidou, son auteur, l'a appelé : Françoise de Dinan.
CIJAPÎTRE X
r>' POÈTE BRETON. — SAINT-CAST. — PLÉBOULLE. — LE CHATEAU DE LA LATTE. — LE CAP FUÉIIETi
Nous quitterions rArguenon sous une pénible impression, si des vers doux et forts à la fois ne se représentaient à notre pensée :
Je dirai la famille, et, du toit domestique Le modeste bonheur, le calme, les travaux; Piien ne doit mériter le dédain du cantique : Il doit aller partout, formant des cœurs nouveaux.
Salut ! repos des jours, amour de la famille, Premier besoin de l'homme ! astre chaste et serein, Tu m'apparais ainsi que la lune qui brille Sur la maison natale aux yeux du pèlerin....
Ilippolyte DE LA MoRvoNNAis, un poète trop peu connu, chantait ainsi près des ruines du Guildo. Ces vers font partie de l'introduction de la Thébaïde des Grèves, œuvre pleine de cœur, inspirée et de puissance sympathique admirable. Un autre ouvrage, le Vieux Paysan^ est non moins remarquable; mais, chose rare, le poète, sut et put allier ses conseils avec la réalité.
Indépendant par sa fortune, il voulut, en répandant le bien autour de lui, calmer la douleur de la perte d'une compagne aimée. Grâce à ses soins, à ses sacrifices, un nouveau centre rural fut fondé au Guildo même, jugé par lui, avec raison, comme étant trop dépourvu d'éléments de progrès. Notre-Dame-de-l'Arguenon ou Notre-Dame-du-Guildo, était créée le 26 février 1848.
Nous prendrions un vif plaisir à retracer l'existence du véritable homme de bien, de l'écrivain charmant qui s'appela Hippolyte de La
Morvonnais. Nous préférons dire l'émotion dont nous avons été pénétré, en lisant, dans VHistoire et panorama d'un beau pays, les pages où son nom est loué si éloquemment. Nous y renvoyons tous ceux qui croient au travail, à la bonté, au dévouement, à la poésie, en un mot aux seules choses capables d'ennoblir la vie. I Près de Matignon, la jolie petite ville habitée, ainsi que tout le can-
ton, par une magnifique population, et dont l'héritière, Caroline de Matignon, s'allia aux Montmorency; à quatre kilomètres et sur le rivage, nous trouvons Saint-Cast, gros bourg dont le nom est célèbre dans la Bretagne entière et qui, chez nos voisins les Anglais, rappelle une sanglante défaite. Aujourd'hui encore, une pensée d'orgueil patriotique fait battre le cœur des Bretons, quand on parle de la victoire du 11 sep- Jt
tembre 1758, victoire vengeant tant de trahisons, tant d'expéditions -'
abominables. Néanmoins, il faut se souvenir des circonstances qui précédèrent le combat pour bien comprendre l'émotion soulevée à sou sujet.
La vieille inimitié des Anglais n'avait jamais manqué de se faire jour contre la France. Le littoral entier et principalement les côtes du Nord et de l'Ouest, devaient toujours être sur leurs gardes. Pas un port, pas une crique qui n'eussent été ravagés autant que possible, entravés de toute façon dans leur commerce, dans leur industrie.
Saint-Malo et Saint-Servan en savaient quelque chose. La première de ces villes exaspérait à tel point l'ennemi que l'on employa contre elle les moyens les plus odieux. Nous avons dit ce qu'aurait pu être l'expédition dirigée, le 26 novembre 1695, sous pavillon français!!! et terminée par l'échouage de la machine infernale, au pied même des murailles de Saint-Malo.
Ce n'était pas assez, puisque de nouvelles invasions furent tentées. Marlborougii commanda celle de juin 1758 et la termina ridiculement.
Deux mois plus tard, un corps expéditionnaire commandé par le général Bligii, qui venait de traiter Cherbourg avec une cruauté inouïe, apparaissait en vue de Daiiouët* sur des navires aux ordres de l'amiral Howe. Il n'y avait pas moins de cent treize voiles.
Vers six heures du soir, ces navires mouillaient à une lieue du château de La Latte, et le lendemain, 3 septembre 1758, débarquaient huit mille soldats, appuyés par deux cents cavaliers. Profitant de la surprise des habi-