‹ Le littoral de la FranceChapitre 19 sur 120 · Voir notre premier volume, chapitre xin · texte numérisé non relu

Voir notre premier volume, chapitre xin

Nous savons que le jugement prononçant l'envoi à Mettray ne comporte rien de déshonorant; que plusieurs des jeunes colons de cet établissement se sont distingués, dans l'armée, par exemple, et ont reçu l'ordre de la Légion d'Honneur. Nous savons encore qu'un jugement est trop souvent, hélas! nécessaire pour protéger l'avenir des enfants. Nous n'en regrettons pas moins cette extrémité, ombre fâcheuse, nous le répétons, pouvant poursuivre des imaginations et des cœurs délicats.

Le régime des orphelinats agricoles ou industriels est, au surplus, une très importante question, dont la solution, à tous les points de vue, exigera encore bien des années, avant de satisfaire entièrement les intérêts multiples qui y sont engagés.

Langueux dispute à Plourivo l'honneur d'avoir vu livrer sur sa grève le combat qui, bravement dirigé par Alain-Barbe-TortE;, deuxième duc de Bretagne (937), délivra le duché de la présence funeste des Northmen. La situation de Langueux milite en sa faveur; mais Plourivo fait remarquer que les Hommes du Nord remontaient les rivières navigables, qu'ils ne manquèrent pas de reconnaître les rives du Trieux et d'y porter la désolation, jusqu'au jour où Alain les vainquit. Vraie ou erronée, cette opinion, soutenue par plusieurs historiens, était corroborée par l'existence d'une croix de pierre qui, affirmait la tr.''.dition, s'élevait sur la lande témoin du combat.

Cesson, réuni aujourd'hui au chef-lieu, formait une paroisse relevant directement de la couronne de France. Lorsque la Bretagne avait encore des souverains nationaux, l'un d'eux, Jean IV, voulut couvrir au Nord-Est les abords de Saint-Brieuc. Il fit bâtir à Cesson un château, véritable place de guerre, qui, par sa situation, devint une des plus fortes du duché.

Mercœur, voulant s'en emparer, se vit obligé, avant de réussir, d'y épuiser toutes les ressources de son artillerie. Cinq ans après, le maréchal de Brissac, commandant l'armée royale, reprenait la place et, sur l'ordre de Henri IV, en faisait opérer le démantèlement (1598).

De la tour énorme, entièrement fendue sur le sens de la hauteur, par la poudre, il ne reste plus qu'une moitié, solide encore, mais paraissant menacer la riche villa moderne, bâtie à quelques pas, et dont le beau parc l'englobe. On se promène avec un véritable plaisir au milieu des arbres de toute essence, rassemblés à grands frais, des buissons llcuris, plantés comme par magie sur un terrain à base granitique, luxe témoignant de la bienfaisance du propriétaire qui fit exécuter à haut prix ces travaux par de pauvres gens, qu'une cause quelconque réduisait à la misère noire.

DU MONT SAINT-MICIIEL A LORIEiNT 1G9

Le pays do Cossoii faisait parlio du comté do Coollo, c'est-à-dire du torritoiro arrosé par les doux riviôros, lo Goucl ot le Goucdic (petit Gouot.)

Une ancienne coutume élondait dans ce comté, au fils aîné des roturiers, un droit qui, dans le reste du duché, était réservé aux fils aînés des nobles. Encore ce droit prenait-il une valeur plus grande. A. la mort des parents, un treizième de l'héritage entier revenait au nouveau chef de famille, tandis que, par la coutume seigneuriale suivie, cet avantage était seulement du vingtième. Plusieurs actes prouvent cette curieuse anomalie, qui devait provoquer bien des regrets chez les héritiers des riches vilains assez peu favorisés pour naître hors des limites du comté de Goëllo.

Vue autre coutume établie sur les terres dépendantes de l'abbaye de Relccq (commune de Plounéour-Menez , Finistère) était encore plus remarquable. Le droit dit de : quevaize attribuait au dernier-né des frères ou sœurs de famille roturière, la totalité de l'héritage paternel. Déchéance étrange du droit d'aînesse, parfois si draconien.

Cesson, domaine de la couronne, fut favorisé par Charles IX de sa réunion à la juridiction royale établie dans le comté. Le siège de ce tribunal avait été transporté de Lanvollon à Saint-Brieuc. Il en résulta un long procès entre les commissaires royaux et les évêques briochins, ces derniers soutenant avoir seuls, dans la ville, les droits de haute justice et de police : droits reconnus véritables. Mais les années ont passé; ces juridictions diverses sont abolies à Saint-Brieuc comme ailleurs, et Cesson est tombé du rang de seigneurie indépendante à celui de simple faubourg de chef-lieu du département.

Nous avons trouvé dans les Annales armoricaines^ une très curieuse note relative à l'introduction de la pomme de terre dans les Côtes du-Nord.

Pendant que Parmentier s'efforçait de triompher des préjugés des Parisiens contre la pomme de terre, dont il avait pu apprécier les mérites pendant sa captivité en Hanovre*, un simple douanier breton prêchait d'exemple à Cesson.

Il se nommait Tass. Sa femme était Anglaise et, très probablement, il lui dut de connaître la valeur du tubercule repoussé, au nom de la médecine, comme poison! au nom de la routine, comme pouvant, tout au plus, servir de nourriture aux porcs!!!

i. Ouvrage publié à Sainl-Brieuc et signé Le Maout.

2. On n'a pas oulilié que la pomme de terre avait été intro'Juite en Europe dès le quinzième siècle. Baaucoup d'auteurs reportent ceUe date au seizième siècle, et regardent l'amiral Drake comme l'imporlaleur du tubercule.

Page 1