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FEMME DE CANCALE

DU MONT SAINT-MICIIEL A LORIKNT rj

« ToMMEN, qui résista jusqu'au quatorzième siècle, est un rociier noirâtre.... D'autres centres non moins vivaces ont été engloutis : Saint- Louis, Mauny, La Feillette, Bourgneuf, Sainte-Marie, Saint-Étienne-du-Palluel, Sainte-Anne.... bourgades dont l'ouragan a, naguère encore, découvert les restes.

« Reconquis sur le territoire envahi, au moyen de la digue, le Marais de Dol est une verte plaine, monotone et riche, unie comme une glace, entourée d'une chaîne de hautes collines, d'où le regard en mesure l'étendue. Pas une pierre ne modifie cette couche marneuse, qui atteint, en certains endroits, une profondeur de trois à quatre mètres; pas une aspérité n'accidente celte surface de quinze cents hectares. Vous marchez enseveli dans les rideaux de saules encadrant les plus beaux froments qui aient jamais réjoui la vue, et de superbes plantations de pommiers, sources principales de l'aisance des habitants, qui n'ont que peu de soins à donner à la terre })our recueillir beaucoup.

« De grandes et patientes opérations, jadis surveillées par le Parlement de Bretagne, de nombreux travaux d'assèchement, dirigés aujourd'hui avec autant d'intelligence que de bonheur par la Commission des Digues, ont jimené cet élat de prospérité agricole.

« Celle première division du Marais forme le lilloral de celle partie de la Manche et perd de sa fécondité à mesure qu'elle s'éloigne de la mer. Elle se termine sous Roz-Landrieux et Chàteauneuf, par une lisière de maigres prairies ou rozières, souvent changées en lac pendant l'hiver'. »

A mesure que nous approchons de Dol, une masse, de forme ovale, se profile de plus en plus grandiose sur la ligne monotone du Marais. Au milieu de celle vasle plaine, le Mont Dol, élevé de soixante mèlres environ, ressemble à un géant des premiers âges.

Sa crête domine un océan de verdure comme son rival, le Mont Saint-Michel, domine la mer, impuissante, jusqu'à présent, à entamer sa base de granit. Le Mont Saint-Michel, il est vrai, a pour lui les aspects divers de sa plage sablonneuse et le mouvement toujours nouveau des marées.

Le Mont Dol, néanmoins, ne lui cède pas de beaucoup en beauté. Sa face méridionale, inclinée en pente, contraste avec les déchirures abruptes du côté septentrional. Formé de granit, il porte cependant plusieurs

i. « Le Jlarais est réparti entre \ingt-deux communes : Pleine-Fougères, Saint-Georges de Gréliaigne, Roz-sur-Couesnon, Saint-Marcan, Sainl-Broladre, Baguer-Pican, Clierrueix, Dol et Carfantin, le Monl-Do!,Uoz-Landrieu,\, Plerguer, Miniac-Morvan, Lillemer, Cliâtoauneuf, Saint-Père-Marc-en-Poulet, la Gouesnière et Bonaban, Saint-Guinoux, Saint-Méloir-des-Ondes, Saint-Benoit-des-Ondes, Uirel et Vildé-la-Marine, la Frcsnays, le Vivier. »

groupes d'arbres vigoureux et, sur son large plateau cultivé, de même que sur son versant occidental, le travail a tiré parti de quelques bandes de terre arable. Maisons, jardins, église d'un gros bourg, se pressent pittoresquement sur ce versant.

Ce n'est pas là, pourtant, l'attrait de la colline. Gravissons-en la cime. On a dit, avec vérité, que l'on a alors devant les yeux « un de ces sublimes tableaux que, seule, la main de Dieu a pu créer ».

L'horizon a pris des proportions infinies. Les clochers de soixante paroisses semblent vouloir se grouper autour de la montagne, devenue chrétienne au douzième siècle, après avoir été, successivement, une enceinte druidique, puis un temple de Diane'.

De sa base, elle protège les cultures du Marais, et Dol, éloigné de trois kilomètres, paraît la toucher.

Si le ciel est clair, Cancale, la baie, la digue longeant les côtes, le Mont Saint-Michel prennent un intense relief, où tijouvent leur place les rivages normands, jusqu'au delà de Granville, vers Coutances.

Du côté opposé, les premiers plans des campagnes rennaises sont visibles et, en continuant à suivre du regard le cercle enchanté, les hauteurs riantes de Landal, de Hédé, de Bécherel, de Dinan s'enveloppent de la riche verdure dont elles sont prodigues.

Les bruits de la terre montent, empruntant à l'atmosphère, à la distance, une harmonieuse sonorité et se confondant, aux jours de tempête, avec le choc du ressac.

On admire et on veut admirer encore : l'impression reçue est ineffaçable.

Ainsi que beaucoup de collines, non seulement de la Bretagne, mais d'autres provinces, le Mont Dol a été d'abord consacré à saint Michel, l'archange vainqueur de Lucifer. Symbole évident, tradition inoubliable du triomphe du christianisme sur les croyances païennes. Aujourd'hui, une statue colossale de la Vierge couronne son sommet.

Les légendes se perpétuent vivaces. Arrivons au Mont Dol pour la foire annuelle du 29 septembre. Nombre de curieux défileront devant nous, cherchant, parmi les anfractuosités du versant Nord, la trace du pied de l'ange rebelle qui, poursuivi par saint Michel, fut précipité de ce point dans l'abîme!!!

Une seconde version attribue l'empreinte à saint Michel lui-même.

\. On a regardé comme douteuse la coiisécraliou druidi(iue du Mont Dol; elle est, au moins, vrai ïcmbiabie

Après avoir terrassé Liiciter, rarchange se serait élancé, d'un bond, du Mont Dol sur l'ilot appelé, depuis, de son nom!...

L'empreinte mystérieuse suflisamment admirée, comme il ne saurait y avoir (en Bretagne, du moins) un pèlerinage sans fontaine, chacun se hâte d'aller boire quelques gorgées d'eau à une source qui, paraît-il, ne tarit jamais.

Une autre tradition, lugubre celle-ci, veut que la plaine, au pied du Mont, ait été témoin de la défaite de Chramne, fils de Glotaire P'. Tout près de là, dans une cabane de pécheurs, le prince révolté aurait été brûlé avec sa famille!...

Le Mont doit les grands arbres qui l'ombragent à un prélat de Dol, Matthieu Tiioreau, admirateur enthousiaste du paysage.

Cet évéque y lit, de plus, construire une jolie villa.

Nous venons d'écrire deux mots : « évêque de Dol » touchant au cœur même de la question ardemment soutenue, pendant des siècles, par les souverains bretons : l'autonomie du vieux duché.

Nous devrions, sans doute, fidèle à notre titre, reprendre la route du rivage. Mais est-il possible de passer sous silence le caractéristique événement de 848....

Dol n'a pas toujours été la petite ville que l'on parcourt, seulement pour ses maisons en bois, si curieusement sculptées, et sa belle cathédrale.

Son importance, au temps des rivalités bretonnes et normandes, l'exposa à d'affreuses vicissitudes, dont l'histoire reste visible dans les débris de ses murailles, dans ses vastes églises, dans les ruines de ses palais.

Mérimée, écrivant son Voijage dans l'Ouest de la France, se montrait frappé de cette impression de grandeur déchue.

« La Grande-Rue de Dol est bordée d'arcades en ogive ou en plein cintre, soutenues par des colonnes ou des piliers de toutes formes, à chapiteaux généralement assez bien travaillés, quoique exécutés en granit. On en trouve de toutes les époques, depuis le roman fleuri jusqu'aux derniers caprices du gothique. Il semble qu'ils proviennent, pour la plupart, d'édifices considérables, mais détruits.... car les maisons, dont les façades s'appuient à ces piliers, sont d'apparence toute moderne. Il y en a une (la maison des Plaids) dont les fenêtres en plein cintre, entourées d'archivoltes sculptées, les corniches ornées de damiers et d'étoiles, indiquent une construction antérieure au treizième siècle. »

C'est à Dol, sentinelle avancée de la Bretagne, qu'un grand patriote II. - 1

breton : Noménoë, voulut secouer délinitivement tout joug étranger. Le prince avait pour lui le prestige de talents brillants et des victoires remportées sur les ennemis de la patrie. Il sut l'aire habilement vibrer cette dernièie considération dans l'âme dos prélats bretons, qui se montrèrent disposés à seconder ses projets et à repousser l'intrusion française, en ce qui regardait les affaires spirituelles, comme Noménoë la repoussait en ce qui regardait les affaires temporelles.

Jusqu'alors, les évècliôs de Drelagtie avaient eu pour métropolitain l'ar-

iUaibOn des i'iaids a Dol {xv siuciej.

chevêque de Tours. Le duc, fort de l'assentiment reçu, créa les évêchés de Saint-Brieuc et de Tréguier, puis décida que l'Église de Dol aurait, désormais, la suprématie sur toutes celles de la province.

Sauf une voix, celle d'AcTARo, évêque de Nantes, qui ne parut pas à l'assemblée, la réponse fut unanime. De plus, les prélats voulurent reconnaître le patriotisme de leur prince. Aux acclamations enthousiasmées des seigneurs et du peuple, Noménoë fut sacré roi dans la cathédrale qu'il venait d'investir d'un droit glorieux'.

i. La mémoire de Noménoë fut gardée par les traditions populaires, si vénérées en Bretagne. Un

DU MONT SAINT-MIflIIEL A LORIENT 11

Malheiireuscnient pour les successeurs du nouveau roi et pour le nouveau métropolitain, le roi de France s'allia à l'archevêque de Tours, afin de supplier le pape de condamner l'innovation qui atteignait directement leurs droits.

Le différend fut long à trancher. Plusieurs Souverains Pontifes donnèrent même, aux archevêques de Dol, des preuves de leur bon vouloir. Mais, enfin, le 1*' juin 1199, Innocent III décida que l'archevêque de Tours conserverait tous ses privilèges. Cette sentence rigoureuse fut un peu adoucie par Boniface YIII, puis par Alexandre VI, qui accordèrent aux pasteurs de l'église vénérée de Saint-Samson diverses distinctions. Entre autres droits, ils pouvaient faire porter devant eux une croix archiépiscopale. Vingt-neuf des prélats qui occupèrent le siège de Dol ont eu le titre d'archevêque et en ont exercé les fonctions.

La Révolution de 1789 supprima l'évêché, dont le dernier titulaire, Urbain-René de IIercé, après avoir fait partie de la malheureuse expédition de Quiberon, mourut à Vannes, sur la Garenne, fusillé le 5 juillet 1795.

C'en était fait de l'antique Église bretonne, et, semblait-il, la question de suprématie spirituelle était pour toujours oubliée. Elle devait renaître, cependant. Mille dix ans après le couronnement de Noménoë, le juste orgueil breton recevait satisfaction.

Rennes, ville plus importante que Dol, et qui pouvait se glorifier d'avoir été choisie i)our capitale de l'ancien duché. Rennes vit, en août 1858, son évêque sacré métropolitain.

Mais, ainsi qu'on l'a dit avec vérité, l'histoire se recommence toujours. C'est pour cela, peut-être, que le diocèse de Nantes relève encore de l'archevêché de Tours.

Car, chose étrange, Nantes, résidence habituelle des ducs, se regarde à peine comme ville bretonne. En compensation, par bonheur, elle se croit et est bien une ville française.

Du temps de sa prépondérance ecclésiastique, Dol a conservé un superbe monument, sa cathédrale, placée sous la protection de la commission chargée de veiller à la conservation de nos richesses artistiques.

Une chose frappe, d'abord, dans le vieil édifice : l'unité de sa construction.

Quoique bâtie à diverses reprises, il semble que le plan primitif ait été

chant que nous emprunterons bientôt au Barzaz Dreiz, de M. de la Viilemarqué, célèbre les exploits du cheJ' indomptable. La troisième partie de ce cliant débute ainsi : « Noménoë a fait ce qu'aucun chef ne fit jamiit! »

suivi avec soin. Toutefois, la partie Nord reste d'un aspect plus grave, plus antique, il garde comme un reflet des sombres fortifications qui l'enserraient et de la tristesse des marécages qu'il dominait.

La partie Sud, plus riche, plus variée, d'une ornementation plus élégante, offre, à l'extérieur, un certain contraste accentué par ses deux porches en saillie sur le corps de l'église.

Mais, à l'intérieur, les dissonances architecturales s'effacent. La nef, avec ses colonnes en faisceaux, légèrement avancées les unes sur les autres, de manière à produire une perspective admirable; les chapiteaux ornés, soutenant de superbes arcades; les ogives des fenêtres richement encadrées; le tympan fouillé par un ciseau capricieux. Ce n'est pas tout. Au-dessus des arcades est taillée, en pleine épaisseur de muraille, une galerie ou iriforium marquée, aux travées, par deux étroites ogives que relie une frêle colonnette.

Une seconde galerie, dépourvue de balustrade, et établie devant les grandes fenêtres supérieures, permet, si l'on ne craint pas le vertige, de mesurer la hauteur, la profondeur, les vastes dimensions du vaisseau entier.

Les piliers géants, destinés à porter le poids principal de l'ensemble, n'ont rien de lourd, de heurté. Ils disparaissent sous des ondulations, des ornements, dissimulant leur masse énorme.

La beauté du chœur surpasse ces magnificences. Une double colonnade le dessine, merveille de grâce et de charme, toute brodée de fleurs, de fruits épanouis en plein granit.

11 fallait à ce choeur une verrière digne de lui. Il la possède encore, immense, triomphante, avec sa rosace centrale représentant le jugement dernier; avec ses vingt-deux médaillons, retraçant des scènes de l'Ancien Testament, ainsi que la légende et l'histoire de saint Samson, fondateur et patron vénéré de l'évêché de Dol.

La cathédrale n'eût-elle conservé que ce vitrail sans prix, on se trouverait largement récompensé du voyage.

Derrière le mallre-autel, une crosse archiépiscopale en bois doré témoigne de l'ancienne dignité des pasteurs de la ville.

I L'abside est occupée par la chapelle de saint Samson, le fervent apôtre qui, venu de la Grande-Bretagne vers le milieu du sixième siècle, allait prendre une part si active, non seulement à l'évangélisation du pays, mais à la conduite des affaires de l'Armorique.

Autrefois, le jour de la fête du saint, on amenait en pèlerinage, à sa chapelle, de malheureux aliénés que l'on plaçait sous sa protection.

La visite à la cathédrale ne serait pas complète si nous n'allions admirer

DU MONT SAL-^T-iîlir.îiEL \ LOniRNT

le tombeau de l'évèqiie Thomas James, mort en loOo. Ce monument fut exécuté par un des élèves de Michel Colombe, (l' illustre auteur du tombeau du duc François II, à Nantes) : Jean ou Jmtus ou Florentinus, signataire du mausolée de Dol, le même artiste dont le uom brille sur le splendide tombeau do Louis XII, à Saint-Denis.

Hélas! des mutilations indignes ont profané cette seconde œuvre maîtresse, bien qu'elles n'aient pas absolument réussi à en détruire la beauté.

Après Nantes, Dol s'honore de posséder le plus beau monument, en ce

genre, de la Bretagne entière.

Vaisseau cchoué sur un banc de sable, dessin inédit d'Ozaiine.

11 y aurait injustice à ne pas mentionner l'ancienne église paroissiale, Notre-Dame-sous-Dol, jadis située hors de l'enceinte fortifiée. Elle ne méritait pas d'être ainsi abandonnée, car elle est d'une construction fort remarquable ; son plus grand défaut, c'est de se trouver dans le voisinage de la cathédrale.

Les humains ne sont pas seuls victimes de ces coups du sort!

C'était, autrefois, un vif plaisir pour les yeux de l'archéologue, ou du simple voyageur, que la vue des anciennes maisons de Dol. Les vastes porches, dont la plupart étaient précédées, offraient des sculptures variées de cent façons différentes où Tari, la fantaisie, la grâce se mêlaient tour à tour.

Quand venait le samedi, jour de marché, chacun des porches se trou-

vait transformé en boutique et Dol prenait une animation merveilleuse. Ce marche avait, depuis des siècles, conquis une grande renommée, due, pour une bonne partie, au cadre où il se déployait. Ce cadre, toutefois, ne ])ouvait longtemps convenir aux embellisseînenls modernes. Bon nombre de maisons démolies ont fait place à des bâtisses sans caractère. Puisse la Grand'rue ne pas s'embellii^ complètement, la ville y perdrait trop. Nous nous sommes beaucoup attardés ici et, cependant, nous voudrions ne pas oublier que Dol faisait partie de la Domnonée\ pays ayant eu ses souvevains particuliers, jusqu'au temps où Charlemagne le conquit.

Ipnn de Hyonlfort, compélifeur de Charles de Blois à la couronne de Bretng-ne.

Noménoë secoua le joug imposé par l'empereur et rêva de fonder à jamais l'indépendance de son peuple. La faiblesse de ses descendants et les invasions normandes ruinèrent son œuvre.

La position de Dol amena sous ses murailles les armées les plus diverses. Tour à tour elle fut assiégée par les hordes des Suèves, des Noriques, dos Norlhmen, par les armées des ducs de Normandie et de Bretagne, des rois d'Angleterre et de France.

1. La DoMNONiÎE s'étendait du Coucsnon à la rivière de jNIorlaix; elle comprenait les évêclu-s do Vannes, Quimper, Tréguier, Sainl-lirieuc, Dol, Saint-Maio et loniia, pendant deux siècles, un royaume particulier.

Dr MONT S.VlNT-MlCdEL A LOr.IRNT

Elle salue d'un souvenir reconnaissant Alain Barde-Torte, qui la sauva, en 957, et Alain Fergent qui, en 1085, força Guillaume-le-Conquérant à aban- (îonnor le camp d'où il avait juré de ne point sortir, sinon pour entrer dans tf cette bicoque de ville ».

En huit siècles, Dol soutint quatorze sièges! Et le dernier combat qui s'y livra ne lut pas le moins douloureux, car, hélas! des Français composaient les deux armées ennemies.

Il ne saurait nous appartenir de retracer ce que l'iiistoire du temps

Jeanne de Moiitloil.

a appelé les Deux journées de Dnl; nous nous hâtons, en conséquence, do rappeler que, parmi ceux des enfants de la ville dont le nom est connu, plusieurs firent preuve d'un graud mérite. La gloire de Toullier, le jurisconsulte (Ciiarles-Bonaventure-Marie Toullier de la Yille-Maric, né à Dol en 1752, mort à Rennes en 1855) est incontestable. Son courage fut à la hauteur de son talent. Il osait, en plein premier Empire (1803), prononcer 1g5 paroles suivantes :

« Les guerriers et les conquérants ne furent que trop souvent les fléaux du genre humain, lorsqu'il leur a manqué les vertus nécessaires pour

faire le bonheur des hommes, et leurs noms ne sont parvenus à la postérité que chargés de malédictions, tandis que ceux des Législateurs sages et pacifiques n'ont été répétés, de siècle en siècle, qu'avec attendrissement, respect et vénération. La gloire solide, la seule véritable et durable, est de rendre les peuples heureux. ».

Si l'on doutait de l'antique puissance des Druides dans le pays de Dol, il faudrait aller voir le menhir du Ciiamp-Dolent, haut de dix mètres et enfoncé dans le sol à une profondeur égale. Une croix le domine aujourd'hui.

Pieprenant la route de la mer, nous foulons le terrain opinâtrément reconquis sur la désastreuse inondation de 811.

On a généralement fixé la date de ce premier cataclysme en l'année 709; mais, fait remarquer avec raison M. Robidou : « La grande quantité de noisettes qu'on y rencontre (dans le Marais) ne permet guère d'attribuer l'invasion complète de ce lieu à la marée de 709, arrivée en mars, mais bien plutôt à celle d'octobre 811. Les dernières alluvions considérables appartiennent au douzième siècle (1 165-1 1G9). Toutes les inondations postérieures ont-baigné la même région, placée beaucoup au-dessous du niveau des vives eaux. »

De ce terrain, dont plusieurs parties sont encore tremblantes, les habitants retirent des débris de forêts englouties : chênes, frênes, noisetiers s'y rencontrent par milliers et souvent à une faible profondeur. Séché, puis travaillé, ce bois, appelé couëron, sert à une foule d'usages.

La construction des maisons, le bornage des champs les emploient, sans parler d'objets achetés par les touristes, tels que cannes d'un noir d'ébène, couleur provenant du lit d'écorce et de feuillages décomposés où, pendant des siècles, ces arbres ont été enfouis.

Les restes d'animaux n'y sont pas rares. Des bois de cerf, des os de dôeuf sauvage, le fameux unis, que l'on ne rencontre plus que dans les régions septentrionales de l'Europe, se mêlent aux débris de végétaux.

Les premiers essais de préservation du Marais remontent, nous l'avons dit, au douzième siècle. Les ducs bretons s'intéressèrent beaucoup à l'œuvre. Jean-le-Doux, principalement (treizième siècle), s'en occupa avec activité. 11 a laissé son nom à l'un des biefs ou hiez, canaux creusés pour drainer le sol. Le Bief-Jean prend, vers son embouchure dans la mer, la bénominalion de rivière de Giiyoul ou Guioute et forme le petit port du Vicier, commune maritime assez fréquentée.

Nous revoyons la digue qui, bornant la grève sur une longueur de

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trente-six kilomè{res, protège plus de quinze mille hectares de terres, que d'habiles travaux rendront, avant peu, pour la moitié au moins, à la culture.

la plaine marécageuse possède des communes très peuplées. Hirel, LA Fresnays, qui a emprunté son nom à de verdoyants rideaux de frênes; SAiMT-BENoÎT-DES-O-NnEs. Uu pcu plus loin, Saint-Miîlohi-des-O.nues s'est emparé de collines dont les premières assises participent de la constitution granitique des rivages que nous atteignons.

Chose rare dans un pays limitrophe de la mer, le travail des champs est, ici, honoré plus que les autres. Ce n'est pas aux habitants de Saint- Méloir que Virgile eût adressé l'apostrophe fameuse :

0 forlunalos nimium....

Ils connaissent et apprécient leur bonheur, ces vaillants agriculteurs, car la terre répond généreusement aux soins qui lui sont donnés : Blé, colza, fourrages, tabac, livrent de magnifiques récoltes.

Le dimanche, principalement, on s'aperçoit que l'aisance est générale. Un costume pauvre constitue une véritable exception. Les belles fermières, à la taille bien prise, à la riche carnation, aiment les toilettes cossues. Le drap fin, garni de velours noir, pour les robes; les coiffes en dentelle ou en tulle brodé, les bonnes pelisses, chaudes en hiver; les châles en cachemire, quand vient l'été, composent un ensemble très bien porté et brillant dans toute sa splendeur , à la foire Saint-Mclaine, de même qu'à l'Assemblée des Parles.

Le monticule de Ciiateau-Riciieux, situé à l'Est du bourg, appartenait à de belliqueux seigneurs, toujours prêts, dès qu'il s'agissait de donner de bons coups d'épée. On retrouve leurs noms parmi ceux des chevaliers de la première croisade.

Château-Richeux commande un panorama qui retiendrait l'attention, si Ca.ncale n'était trop voisin.

Fraîche, gracieuse, fertile, pittoresque se présente la presqu'île formée par le territoire de cette petite ville célèbre dans les fastes de la gastronomie.

Ausone chanta les huîtres de Cancale, aux applaudissements enthousiastes des conquérants de la Gaule.

Cette flatteuse renommée n'a pas périclité. Seulement, le nombre des gourmets augmentant chaque jour, une fâcheuse nouvelle se ré-

|)andit : « Les huîtres caiicalaises devenaient rares.... elles n'existaient plus ! »

On exagérait le mal. Il n'en est pas moins vrai que des règlements sévères doivent préserver l'existence des bancs ou gisements du précieux mollusque. Sans ces mesures, depuis longtemps la pêche effrénée, aveugle aurait tout ruiné.

L'homme est ainsi fait que, rarement, il mesure avec sagesse ses ressources et sache compter avec les lois naturelles. Une huître a besoin de plusieurs années pour atteindre son entier développement. La drague, incessamment promenée sur les fonds, arrache le mollusque adulte et le mollusque naissant. On a remédié au désastre, mais que d'opposition ne firent pas les pêcheurs à ce préservatif de leur gagne-pain, de leur aisance!

Cancale, orienté à l'Est de la presqu'île dont il est devenu le grand centre commercial, regarde le Mont Saint-Michel. La baie portant ce dernier nom se trouve, elle-même, contenue dans le vaste demi-cercle resserré par les promontoires de Granville et de la vieille ville bretonne, distants de quarante kilomètres environ l'un de l'autre.

Seul, au bord des basses étendues que limite la digue du Marais, Cancale plane sur le paysage, comme un colosse fier de sa puissance. Il protège le port de la Houle, tapi à sa base sur une étroite langue de terre où se sont agglomérées les maisons des pêcheurs.

Les archéologues retrouvent la ville actuelle dans le Cancaven, désigné au onzième siècle comme un des trois ports remarquables qui, en idiome breton, étaient appelés Conk. De nos jours, on les nomme Le Conquête au pays de Léon ; Concarneau, en Cornouailles, et Cancale, sur la frontière française ou galloise.

Le plus grand attrait de la ville se rapporte à la pêche, quelle qu'elle soit : Pèche de la morue sur les bancs de Terre-Neuve; simple pêche du poisson sur les côtes ou pêche des huîtres, cette dernière toujours si active et réclamant tant de bras. En effet, il ne suffit pas d'aller draguer les mollusques, il faut les ranger dans les parcs et veiller ensuite à leur bon entretien.

Le tableau est unique de ces barques nombreuses, partant en flottille, suivant un ordre déterminé; se disséminant, peu après, sur les points des bancs où la pêche est permise; puis, le labeur accompli, revenant vers la côte, pressées de profiter des dernières oscillations de la marée. Tout à coup, chacune des barques s'arrête pour un instant, et, guidé par des signes que personne, sinon le pêcheur, ne saurait re-

DU MONT SAINT-MICHEL A lOlUENT

connaître, le produit de la journée est jeté à la mer.... où il va s'entasser sur les divers parcs. Peu après, à marée basse, des vieillards, des femmes, des enfants se répandront sur ces champs de nouvelle espèce, feront un choix, rangeront les coquillages, élimineront toutes les causes de destruction et ne se retireront que chargés d'une récolte le plus souvent abondaiile.

I.'onlrolion des parcs exige avant tout beaucoup de soin. Les huîtres enlevées sur les fonds naturels sont rarement très bonnes. Elles renferment de la vase ou des détritus marins peu appétissants à voir. De plus, abandonnées à leur sort, obligées de subir les caprices de la mer, leurs valves pierreuses seront développées aux dépens de leur propre corps.

Mais, une fois placées dans un milieu calme où, régulièrement, le

l'arc aux liuîlrcs, à Cancule.

flot viendra les baigner, où elles ne seront pas entassées en véritables montagnes, où un nettoyage constant écartera la vase, les galets dont le poids empêche les coquilles de s'ouvrir à l'heure propice, et, surtout, les crustacés gourmands du pauvre mollusque; alors l'huître engraissera avec rapidité, sa chair deviendra blanche et nacrée, les franges de son manteau ne recèleront plus de parasites visibles à l'œil nu, une eau limpide l'entourera. Bref, elle méritera l'éloge antique des Romains par qui VirritametUum gulx était si recherché.

L'ostréiculture, au sort de laquelle se mêle le nom, inoubliable pour nos pécheurs, de M. Goste, est devenue une source de revenus dans un grand nombre de petites localités des rivages bretons. Tous les produits, à beaucoup près, ne sauraient lutter de délicatesse avec les produits des parcs cancalais; néanmoins, ce sont toujours de véritables huîtres et non

des mollusques de forme bizarre, maigres, sans saveur, comme les gryphées portugaises, qui abondent maintenant sur le marché parisien.

Cancale, en lui-même, n'a rien de remarquable. Dans l'église, aux proportions manquées, a été élevé un cénotaphe à la mémoire de William de Vaujoyeuse, né ici en 1749, mort à Philadelphie en 1816. Il avait donné les sommes nécessaires pour la fondation d'un hospice. Cet argent fut employé à la création d'une salle d'asile.

Un souvenir des luttes contre les Anglais est encore visible au presbytère de Cancale. En 1779, le jour de l'Ascension, une pluie de projectiles fut lancée sur la pauvre petite cité. Un boulet vint s'enfoncer dans la muraille de l'une des chambres occupées par le curé. Une inscription latine garde la mémoire de l'événement.

Les premières régates bretonnes furent établies à Cancale, en 1845.

La position de la ville lui assurait le triste honneur de figurer dans toutes les guerres dont cette partie du territoire breton fut le théâtre. Northmen et Anglais ravagèrent tour à tour le littoral et, par surcroît, la mer se montrait envahissante. Dans ce dernier combat, la ville de Porz- Pican finit môme par être engloutie; aussi les habitants prirent-ils le parti de se réfugier sur les hauteurs, d'où ils pouvaient mieux se défendre. Telle fut l'origine de la petite cité, appelée aujourd'hui le Bourg, par les pêcheurs établis à un kilomètre plus loin, au port de la Houle. Mais ce nom familier et trop humble de bourg est repoussé par la municipalité, qui rappelle les actes divers de François I", de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV, donnant ou confirmant à Cancale, ancienne dépendance de l'abbaye du Mont Saint-Michel, le titre de ville.

Au temps des divisions seigneuriales, Cancale était chef-lieu de la juridiction du Plessis- Bertrand, dont, à Saint-Coulomb, nous retrouverons le souvenir.

Plusieurs îlots, les Landes, les Bimains, Tommen, marquant l'emplacement de terres disparues, se dressent dans la baie, dont la pointe Nord la plus extrême porte depuis des siècles le nom peu euphonique de Grouin. Elle y a bien quelque droit, cette longue arête de granit, hure gigantesque, creusée de cavernes où le flot des marées s'engouffre retentissant.

Quand le vent souffle avec force, les échos se multiplient sur les falaises déchirées qui se prolongent au delà du cap Fréhel, distant de quarante kilomètres environ.

La mer semble vouloir rappeler ses violences et s'apprêter à renou

DU MONT SAINT-MICIIFJ. A LORIENT 2o

vêler les cataclysmes qui lui ont permis d'épaudre ses vagues sur des terres riantes, aujourd'hui réduites à l'état de sables fertilisants.

Vue au lever et au coucher du soleil, la baie de Cancale laisse une impression de beauté souveraine. Du mont druidique et de la majestueuse cathédrale de Dol, l'œil passe à la sublime abbaye du Mont Saint-Michel, au roc désolé de Tombelaine, aux clochers d'Âvranches, au promontoire de dranville, aux rivages du Cotentin.... Chaque partie de l'immense tableau acquiert le plus vigoureux relief sous la brume dorée, tout imprégnée de l'haleine des vagues. Les îles se détachent, grises ou noires, sur la mer verte ou bleue, les voiles de barques se multiplient, s'entrecroisent pendant que, de la ville, montent les bruits d'une agitation exubérante, d'un incessant travail.

Les environs de Cancale, très accidentés, offrent, au milieu des plus charmantes promenades, beaucoup de souvenirs historiques, parmi lesquels brille le nom de Du Guesclin.

Saint-Coulomb, limitrophe de la ville, possède, entre les anses du Verger et de la Guimorais, une grève caillouteuse dominée par les ruines d'un château. Sur une partie de cet emplacement s'élève un fort bâti en 1757. On l'appelle Fort Du Guesclin, en l'honneur de la famille du Guarplic dont le grand connétable était issu.

Construite en 1161, la demeure féodale fut l'occasion de nombreux combats et affronta, pendant six années entières, le courroux de Philippe- Auguste, vainqueur de Jean-sans-Terre, à qui elle s'était donnée. Seul, un siège régulier put abattre son orgueil : ce fut le signal de sa décadence.

Vers la fin du treizième siècle, en 1260, son seigneur, Bertrand III, remarquait, tout près de Saint-Coulomb, un plateau boisé et y édifiait le Plessis-Bertrand. Ce nouveau château avait une grande importance : les ruines en témoignent; mais c'est une erreur que de lui donner pour maître le connétable lui-même. Il appartenait à Pierre III Du Guarplic, oncle paternel de Du Guesclin. Un titre authentique porte énumération de la rançon payée par Pierre, après la bataille d'Auray (1364), où il avait été fait prisonnier, et l'acte parle expressément « du châtel du Plessis, du parc et du domaine. »

Le connétable de France naquit de l'union du frère du seigneur de Plessis-Bertrand avec l'héritière de la maison de Broons.

La forteresse fut prise et reprise bien des fois pendant les guerres continuelles qui ruinaient la Bretagne; on en parla surtout au temps II. 4

de la Ligue. Devenue le séjour du fameux capitaine Launay Le Brelon, tout le pays environnant fut la proie de ce chef sans scrupules. L'un des plus braves partisans de Henri IV, le capitaine La Tremblaye, perdit la vie dans une attaque dirigée contre ces puissantes murailles, que l'assaut des garnisons réunies dé Sain t-Malo et de Pontorson n'avait pu réduire.

Enfin, le maréchal de Brissac l'emporta de vive force, après la prise de Dinan. Le châtiment de cette révolte obstinée ne se fit pas attendre. En mai 1598, les États de Bretagne ordonnaient le démantèlement du Plessis-Bertrand.

De toute la gloire militaire d'autrefois, restent des ruines effritées et les épaves d'un sarcophage que possédait l'église de Saint-Coulomb : deux statues placées maintenant sous le clocher.

André Désilles, le héros de Nancy, était né à la Eossc-IIingant, belle villa dépendant de Saint-Couloriib.

André Désilles se trouvait à Nancy, au mois d'août 1790, lorsque le général Bouille y fut envoyé pour réduire la gnrnison soulevée. Tout ce que la persuasion peut employer de pathétique, ce jeune homme de vingtdeux ans l'avait essayé. Voyant les rebelles prêts à faire feu, il se précipite à la bouche d'un canon, et, de nouveau, adjure les soldats; on le renverse : il persiste dans son œuvre, arrache à un canonnier la mèche enflammée, l'écrase sous ses pieds et vient s'asseoir sur la lumière même du canon. Dévouement inutile! il est mortellement frappé et deux mois plus tard il expirait entre les bras de son père.

La France entière s'associa au deuil de la famille. Le buste d'André fut couronné en pleine Assemblée nationale. Louis XVI et Marie-Antoinette envoyèrent à ses parents un témoignage de leur admiration et, dans plusieurs villes, des cérémonies funèbres furent organisées en son honneur : c'était justice.

L'abl^é Déric, l'auteur érudit de VHistoire ecclésiastique de Bretagne^ était né, en 1720, à Saint-Coulomb. Il mourut en 1700, à Jersey, regrettant avec larmes de ne pouvoir terminer son œuvre.

Traversons Paramé, séjour favori des Malouins, qui y ont bâti les plus charmantes villas. Jadis, une multitude de petites voitures, constamment en route, transportaient, pour un son, de Sain t-Malo dans la jolie bourgade, le flot toujours renaissant des voyageurs.

Aujourd'hui, Paramé est devenu une véritable ville, très fréquentée et rivalisant d'élégance avec Dinard. Le prince de Galles y a fait bàtii- un superbe

FAUAMt. — LA PLAGE ET L K l'AVlLLON UU l' K I N C E D E GALLES;

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chalet. Les courses, surtout les courses d'obstacles, attirent chaque année une grande aftlueuce.

Saim-Ideuc (on devrait écrire Ildut), annexe de Paramé, qui l'a englobée, est sous l'invocation du célèbre prêtre dont les principaux disciples : Malo, Samson, Magioire, furent les apôtres du pays.

Paramé se déroule sur la pente d'une colline en face de la mer, prolongeant un horizon fait de contrastes où, dans l'antique majesté de ses murailles, Saint-Malo apparaît comme un fier témoin du passé, comme un prolecteur du présent, comme un lutteur préparé pour l'avenir....

Cultivateurs breton?, dessin inédit d'Ozanne.

CllAPlTUE II

SAlî^T-MALO

Vieil ermitage devenu cité épiscopale; ville renommée, pendant des siècles, pour son commerce; patrie d'indomptables, de redoutés marins, d'hommes placés au sommet de toutes les gloires, Saint-Malo réunit les physionomies les plus extrêmes et mêle étroitement son nom illustre à l'histoire du duché breton, à l'histoire de la France qui connaît son héroïque patriotisme.

Dans cette enceinte comptant à peine deux mille mètres de tour, la pensée prend soudain une envolée prodigieuse, merveilleusement secondée par le cadre des remparts, rayure noire isolant la cité bourdonnante de l'attaque toujours nouvelle des flots.

Elle s'élève sur un roc, îlot jadis, la vieille ville reliée au continent par une digue de deux cents mètres appelée le Sillon. Elle se tapit, souriante en la force de ses murailles, sur une étroite masse de granit contre laquelle les marées d'équinoxe épuisent avec rage leur terrible pouvoir.

Les montagnes d'eau succèdent aux montagnes d'eau, la mer souffle, atteignant une hauteur de plus de quinze mètres!

Les écueils de la rade : Césambre, le grand Bé\ le petit Bé.... toutes ces crêtes rongées disparaissent presque dans la tourmente et y laissent un lambeau; mais la ville émerge, calme, de son berceau de pierres, se parant à peine de la trace brillante de l'embrun des vagues.

A l'attaque emportée succède le repos absolu. Obéissant au rythme éternel qui limite sa puissance, le flot recule, recule encore.... La baie entière est devenue une plage de sable étincelant, brodée par la pointe

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