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Nous l'avons expliqué à l'article Dol

DU MONT SAtNT-MICIIEL A LORÎENT 175

1594, Olivier de Clisson, brouillé avec le duc de Bretagne, vint assiéger la ville. Les Briochins se réfugièrent dans la cathédrale et y soutinrent un siège de quinze jours, fort « dommageable » pour le monument.

Le duc essaya de prendre sa revanche. A la tète de son armée, il provoque Clisson et va l'altendre sur les grèves d'IIillion; le connétable, qui se sait en sûreté, n'a garde de sortir. Le roi de France offre sa médiation et l'affaire se termine à l'amiable.

Dix ans après, ce furent les Briochins eux-mêmes qui se rebellèrent contre l'autorité ducale, probablement à cause d'impôts nouveaux. Le comte de Bichcmont, frère du duc Jean V, eut mission de les réduire. Pour la

Olivier de Clisson.

première fois, le futur connétable de France, l'organisateur des armées françaises, le vainqueur des Anglais et futur duc de Bretagne* prenait place dans une armée.

Les guerres de la Ligue, qui amenèrent la destruction de la tour de Cesson, furent une cause de deuil pour Saint-Brieuc. Espagnols et Lorrain pillèrent entièrement la ville. Elle était à peine remise de cette affliction lorsqu'une peste la décima (IGOl).

Pour remédier à l'éventualité d'un nouveau siège, on commença, en

1. Par suite de la mort de ses neveux, François I" et Pierre II, décédés sans enfants.

d7G LE LITTORAL DE LA FRANCE

1628, à entourer la ville de murailles. L'enceinte n'eut qu'une existence de peu de durée : il n'en reste guère que la porte de Gouët et des débris sans importance.

En 1692, les syndics gouvernant la communauté briochine firent place à un maire et à des officiers municipaux. Arrive la Révolution : le nom douze fois séculaire de la ville subit une modification, mais on se contente de changer le mot Saint, et Port-Brieug devient le chef-lieu du département des Côtes-du-Nord.

Saint-Brieuc, fief épiscopal, confinait de tous côtés aux possessions du célèbre comté de PE.NiiniiVRE, apanage de la première maison de Bretagne, puisqu'il était celui des fils cadets des ducs. Le comté fut fondé par Alain III, (fils du duc Geoffroy V% qui désirait mettre un terme aux réclamations de son frère Eudes, ou Eudon : ce dernier se montrant mécontent de sa part d'héritage paternel. Eudon était un impitoyable guerrier. Avec la même ardeur, il fondait sur les armées normandes et sur l'armée ducale. On le redoutait tellement en Normandie, que les moines de l'abbaye du Mont Saint- Michel firent fondre une grosse cloche destinée à avertir les habitants de se tenir sur leurs gardes, lorsque les Bretons entraient en campagne.

Mieux valait traiter avec lui. Soit peur, soit générosité, Alain se montra de facile composition. Il donna à son frère (1034) un territoire formant presque le département actuel des Côles-du-Nord. Guingamp, La Boche- Derrien, Lamballe, Moncontour, Jugon, Loudéac en faisaient partie. Plus tard, les alliances aidant, le comté embrassa presque le tiers de la Bretagne.

Béuni au duché en 1272, il en fut de nouveau distrait et donné, en 1517, à Guy, second fils d'Aithur II. Jeanne, fille de ce prince, l'apporta à Charles de Blois, son époux. A la mort du duc Jean 111, son oncle, Jeanne devenait unique héritière de la couronne; mais elle se la vit disputer, puis, finalement, enlever par Jean de Montfort, représentant d'une branche cadette, et cela au mépris de ses droits, seuls légitimes, cependant, selon la loi et les usages bretons.

Telle fut l'origine de la guerre impitoyable dite de Succession qui, pendant vingt-quatre ans, désola la province.

Il ne parait pas que Saint-Brieuc, comme cité, ait pris part à la lutte, ni que le voisinage des puissants seigneurs de Penthièvre* lui ait jamais été funesle.

1 L'orif,nnedece mot a ôlé diversement commentée. Une des meilleures explications semble la faire dériver des noms du Tricux et du Leff, qui arrosent le comté.

Charles IX érigea le domaine en duché pour Sébastien de Luxembourg, dont les droits passèrent au

PIiisi»nirs historiens la font dépendre du comté, sur la seule constatation de la sépulture d'Eudes, premier comte, et de son fils, dans la cathédrale.

Cathédrale de Saint-Brieuc.

Mais, d'autres preuves conduisent à penser que les droits des successeurs de Saint-Brieuc furent à peu près constamment reconnus.

L'un de ces successeurs, Guillaume Pinchon, nommé en 1220, mérita le

célèbre duc de Mercœur, le prétendant au trône ducal, sous la Ligue. Louis XIV confirma le litre, en, donnant les possessions de Penlhiévre à son fils, le comte de Toulouse.

litre de saint. Le pape Innocent III, sollicité par la voix publique, prononça la béatification, treize ans seulement après la mort du regretté prélat.

Hugues de Montrelais, d'abord évêquc de Tréguier, fut ensuite transféré à Saint-Brieuc. C'est une des plus nobles figures de son époque. Dévoué au comte de Blois, il fut l'un des plénipotentiaires de sa veuve, lors du traité de Guérande, qui mettait fin à la guerre de Succession. Jean le Conquérant le prit en grande estime et le créa chancelier de Bretagne.

Hugues de Montrelais était digne d'une telle confiance, par son zèle et sa capacité. Il le prouva bien quand le moment vint où Jean dut aller rendre hommage au roi de France, Charles V.

Les conseillers de ce dernier soutenaient que l'hommage avait toujours été lige, c'est-à-dire entraînant une obligation de complète vassalité. La discussion remontait à plusieurs siècles; elle reposait sur la question de savoir si Erispoé, successeur de Noménoé, avait fait lui-même, le premier, à Charles le Chauve, un hommage simple ou lige.

Hugues de Montrelais soutint et prouva qu'il ne pouvait être lige, parce que la Bretagne n'était pas un démembrement de la couronne de France et que les ducs n'étaient nullement obligés de conduire leurs troupes au secours des rois de France, si ces derniers étaient attaqués. L'hommage comportait donc une simple idée de paix, de fédération. Force fut de se rendre à ces raisons et de se décider à recevoir le duc Jean en telle qualité qu'il voudrait se présenter.

L'hommage fut simple. Hugues en recueillit une véritable gloire et revint dans son diocèse plus puissant que jamais. Bientôt pourtant, las de politique, affamé de paix, il se retira à Avignon, près du pape Grégoire IX. Le pontife, appréciant son mérite, le créa cardinal et lui donna l'évêché de Sabine. Connu désormais sous le nom de cardinal de Bretagne, Hugues mourut en 1390.

Par son origine et .son gouvernement, on pourrait croire que la ville devrait être riche en splendides monuments religieux. Il n'en est rien.

La cathédrale possède quelques belles parties du quatorzième et du quinzième siècle : les colonnes du chœur, des chapiteaux appartenant au carré central de l'édifice; le porche du Martray, richement orné; la tour Brieuc, autrefois donjon de la métropole. Néanmoins, l'ensemble reste beaucoup au-dessous de ce qu'il pourrait être, et l'humidité lui cause un grand tort. En plus d'un endroit des fondations, l'eau a été trouvée à 35 centimètres du sol.

On examine avec plaisir un bel autel en bois sculpté, œuvre d'un artiste de Chàtelaudren, nommé Corlay. Les tombeaux de quelques évoques, entre autres celui de Saint Guillaume Pinchon, objet de la vénération toujours vive des fidèles et classé parmi les monuments historiques.

Le buffet d'orgues, datant de la première moitié du seizième siècle, est un ravissant morceau de sculpture sur bois,

où le goût et la délicatesse des détails le disputent à une admirable exécution.

Après lui, on ne peut citer qu'un tableau de Jouvenet et deux tapisseries des Gobelins.

Notre-Dame-de-la-Fontaine remplace un petit oratoire bâti par Saint-Brieuc, au-dessus de la Fontaine de Port-Aurèlc. Marguerite de Clisson, comtesse de Penthièvre, le reconstruisit vers 1420, mais, de cet édifice, il ne reste que la fontaine placée autrefois à son chevet. Le plus pur style du quinzième siècle a concouru à son ornementation. Elle est sculptée en plein granit, fort dur; cependant les mille détails de ses clochetons, de ses dais, de ses culs-de-lampe

Tour de Cesson, vieilles maisons sur la place et fontaine Notre-Dame à Saint-Brieuc.

sont merveilleux d'exécution : animaux, fruits et feuillages, se mêlent, s'enlacent avec un naturel, une finesse de ciseau incroyable. Les armes des deux maisons de Penthièvre et de Clisson, en façade sur le baldaquin, sont la signature de la donatrice.

Saint-Brieuc, quoique ayant perdu de sa physionomie antique, n'est pas sans garder encore quelques maisons curieuses. La rue Saint-Jacques en possède plusieurs et, parmi elles, la maison habitée par les Doublet, premiers imprimeurs établis dans la ville (1620). Une étrange figure fait pendant sur la façade à un joueur de biniou'.

La maison voisine, ornée de statues de saints, a appartenu aux Eidcr de la Fontenelle, dont nous retrouverons le nom en beaucoup de villes bretonnes, accolé aux crimes les plus effroyables : Gui Eider, le sinistre ligueur, s'étant chargé de procurer à sa famille cette triste célébrité.

Une jolie habitation de la rue Fardel est connue sous l'appellation d'IIôlet des ducs de Bretagne, quoique son style et une inscriptiou lui imposent la date de la fin du seizième siècle.

Le superbe hôtel de Rohan présente, rue Saint-Gilles, son portail sculpté et son pignon à mâchicoulis.

Plusieurs habitations de la Grand'Rue (anciennement Grand' Rve-ès- Marcliands), portent des blasons qu'un maître en l'art héraldique se trouverait empêché d'attribuer à aucune famille qualifiée par l'armoriai de Bretagne. Ces blasons étaient ceux de commerçants notables et fort riches, jaloux de donner une preuve de l'opulence conquise dans le haut négoce.

Parmi les redevances qu'ils devaient acquitter pour avoir le droit de construire et, très probablement, de faire sculpter des armes au-dessus du portail de leurs demeures, figurait, parfois, une rente annuelle en produits coloniaux : cannelle, gingembre, poivre....

A cette époque, les toiles de Bretagne, celles de Quintin, d'Uzel et de Moncontour, principalement, étaient célèbres. Le lin, cultivé un peu partout, prospérait; rien ne remplacera ces solides, ces excellentes toiles, dites de trois quarts et de petites laises, de fin et de superfin, que l'on pouvait croire inusables, en les voyant passer successivement aux mains de plusieurs générations.

Le blé, le bois et les fers ajoutaient une très importante branche au commerce. La Grand'Rue témoigne, d'ailleurs, par le luxe de ses maisons, que la ville a toujours été un centre fort actif d'échanges.

i. Cornemuse bretonne.

Un coteau domine la rue du Gouët. Il était le lieu d'exécution des sentences criminelles et porte le nom de cole au gibet.

L'évèque, seigneur drs trois quarts de la ville, avait droit de haute et basse justice, non seulement sur le territoire briochin, mais sur ceux de Cesson, PlouiVagan, Langueux, Trégueux. Cette juridiction portait le nom de Régaires (nom désignant, en Bretagne, l'autorité temporelle des prélats), et relevait directement de la couronne ducale, d'abord, plus tard du Parlement. Des lettres patentes de 1580 et de 1655 l'attestèrent. Un sénéchal, un procureur fiscal, des notaires, des procureurs ou avoués, des sergents étaient chargés de l'exercer.

Cette puissance avait engendré des droits féodaux singuliers, mais en somme plutôt honorifiques.

Tel était le droit de Qmntaine, imposé, le lundi de Pâques, aux poissonniers. Exercice militaire très en faveur pour former au maniement de la lance les jeunes écuyers, chevaliers futurs, la Quintaine, à Saint-Brieuc, devenait un pur amusement pour les spectateurs, sinon pour les acteurs qui, souvent, recevaient de rudes coups de bâton.

Un jacquemart, figure d'homme assise, tenant une gaule solide fixée en sa main, était posé sur un pivot, établi place du Pilori.

Chaque poissonnier, muni également d'un bâton, devait, tout en courant, frapper le jacquemart à la poitrine. Les adroits parvenaient à éviter non seulement une amende de trois livres quatre sous, mais encore le choc de Parme de son adversaire; car si le coup était mal dirigé, la masse, tournant sur le pivot, jouait ow. sa gaule plus ou moins lourdement, selon le degré de force qui Ptrait atteinte.

Un droit de gr&x^uillage était attaché à deux maisons de la rue Traversière (jadis de l'allée Menault). Les propriétaires devaient un sol de rente, puis la veille de la fête de Saint-Jean-Baptiste, ils étaient obligés, à l'heure des vêpres, de frapper d'une baguette l'eau du ruisseau de l'Ingoguet joignant leurs maisons, en disant par trois fois : « Renouesselles\ taisez-vous! Monsieur dort, laissez dormir Monsieur! »

Le receveur de Pévèque assistait à l'accomplissement de la servitude, puis les propriétaires se rendaient à l'évêché pour déclarer qu'ils avaient fait leur devoir, que les grenouilles ne diraient plus rien. Ce droit s'appelait : le Lépri des grenouilles*.

i. Grenouilles.

2, Celte étrange servitude n'était pas, connme on l'a dit, unique en Bretagne. Les Rohan avaient ce pritilège pour leur château des Salles (Morbihan), situé près de l'étang du même nom. Les habitants de

Évidemment, la bizarre cérémonie tirait son origine d'une plaisanterie puisqu'elle avait lieu dans l'après-midi, et que l'évêque, dont on était censé protéger le repos, recevait sommation d'y assister.

D'autres maisons avaient charge de fournir le palais épiscopal de balles de paume et de raquettes.

A ces droits s'ajoutaient ceux dont quelques seigneurs avaient le monopole, parfois onéreux.

Les Seigneurs de Bois-Boëssel prétendaient habiter l'ancienne demeure de Higwal, bienfaiteur de Saint-Brieuc, et, en cette qualité, être vidâmes nés de l'évêque'. Le prélat contestait cette qualité, reconnaissant seulement celles iVécuyer et de sergent féodé; mais, sur un autre terrain, les Bois-Boëssel, exerçaient leur autorité. Ainsi, fondateurs et paroissiens de l'église Saint-Michel, ils se faisaient gloire de jeter, le lendemain de Noël, au milieu de la nef, une « tourte en/îlassée » que se disputaient vivement les fidèles.

Dernier vestige du pain desEulogies, a-t-ondit. Avec autant de certitude, on y peut reconnaître l'obligation où se trouve un père de vêtir et de nourrir ses enfants. La tourte (le pain) et la filasse, base de la toile, représentant à merveille ces deux nécessités de l'existence des vassaux, comme du seigneur tenu de les protéger.

Lorsqu'un nouvel évêque faisait sa joyeuse entrée, c'était encore le sire de Bois-Boëssel qui devait venir attendre le prélat aux portes de la ville, lui tenir l'étrier pour l'aider à monter sur sa haquenée, conduire ladite haquenée sur tout le trajet et maintenir de nouveau l'étrier au seuil du palais épiscopal. Ces services étaient reconnus par le don de la monture et du harnachement.

A cette même entrée, le Seigneur de l'Épine-Guen* présentait à laver et à boire au prélat, moyennant quoi serviette et coupe lui appartenaient. Une autre singularité consistait en ce que le noble échanson avait droit au principal plat du repas d'honneur. Après en avoir goûté, il le passait au maréchal ferrant du palais, lequel y goûtait aussi et portait le reste aux gens détenus dans les prisons de l'évêque, « afin qu'ils fissent bonne chère ».

On s'étonnera moins de voir figurer un maréchal ferrant à la fête, (piand on saura qu'il venait, lui humble, réclamer un droit consistant en la somme d'un sol parisis, prix dos fers de la haquenée.

Goiirec, de Sainle-Brigotte et de Perret étaient tenus de battre fréquemment l'étang « afin d'empôcher ics grenouilles de coasser et, par suite, de troubler le repos de la cbàtelaine ».

1. Les vidâmes conduisaient à l'année les milices formées par l'évêque.

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