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On devrait écrire Spern-Gwen : épine-blanche

Au milieu de ces élrangetés, une note plus joyeuse éclatait, fournie, c'est le cas de le dire, par le seigneur de l'Épine-Guen. Tous les ans, le jour du Mardi gras il devait placer sur une table, apportée en plein marché de la ville, un gros jambon et solder des joueurs de hautbois, de violons, de musettes, chargés d'égayer les danses populaires. Seulement, comme manger du jambon et danser peuvent provoquer grande soif, un ordre obligeait chaque cabaretier à olfrir à la table commune, qui un pot de vin, qui un pot de cidre, qui un pot de piquette, en un mot fournir l'échantillon € bon et sain » des boissons par lui débitées.

On pense bien que si les Briochins saluèrent avec plais'r l'abolition des droits féodaux, ils n'éprouvèrent pas grand enthousiasme jour la suppression de la « fête du jambon ».

Ces souvenirs du passé entraîneraient loin; il faut revenir au présent, dont l'étude apprend ce que sera ou du moins ce que peut être l'avenir.

L'établissement de la ligne ferrée devient, ce n'est

La vallée du Gouëdic.

pas contestable, un stimulant de travail et de progrès. Nombre de petites localités sont déjà, grâce à elle, en voie de transformation, tout comme

les centres plus importants. Il n'y a donc qu'à souhaiter de la voir de plus en plus appréciée.

On pénètre dans la gare de Saint-Brieuc (du côté de l'est) par le viaduc jeté au-dessus de la vallée du Gouëdic, limite de la commune du Langueux.

C'est le premier ouvrage d'art important de la ligne de Rennes à Brest. Il a une longueur totale de cent trente-quatre mètres. Sept arches le soutiennent et sa hauteur, prise du centre, n'est pas moindre de trente-neuf mètres.

La vue de la jolie vallée du Gouëdic prépare aux aspects si divers de la vallée du Gouct, traversée, à une hauteur de cinquante-neuf mètres et sur une longueur de deux cent vingt-huit mètres, par le magnifique viaduc de la Meaugon.

Il coule entre deux collines méritant presque d'être appelées montagnes, le petit fleuve dont le nom breton : goad a une signification sinistre : Rivière de sang ou du sang. Le pays qu'il arrose prenait de lui le nom de (Joëllo : pays du sang. Longtemps on a cru y retrouver la trace d'un drame histolique, un grand massacre, soit des habitants, soit d'une armée d'envahisseurs; mais on a pensé depuis, et cette opinion est tout aussi rationnelle, que l'étymologie cherchée pouvait venir de l'existence d'un temple sur les coteaux de la vallée. Le sang des victimes coulant dans le Gouët en rougissait parfois les eaux. Les Romains traduisaient le même mot par sangui et sangua.

Le lieu, en tout cas, eût été bien choisi pour l'édification d'un temple. Très escarpées, les montagnes ceignant la vallée portent leur sommet à près de cent mètres. Elles resserrent tellement le lit du Gouët, que le modeste filet d'eau douce semble, çà et là, s'étendre au fond d'un gouffre noir sans issue.

11 faut en suivre les rives pour se rendre compte de l'industrie déployée par les cultivateurs du pays.

Sur ces pentes à pic, des jardins, des potagers, des pépinières donnent leurs produits variés. Le moindre petit plateau devient l'assise d'une murette qui retiendra la terre végétale, souvent apportée dans des paniers.

On doit avoir le pied montagnard et un cerveau à l'abri du vertige pour circuler au milieu de ces nouvelles terrasses babyloniennes. Des arbres et des arbustes les égayent; leur verdure, appelant les rayons du soleil, zèbre d'une lumière douce les bords de l'abîme, dans la pénombre duquel on chemine.

Avance-t-on vers la ville ? Les bouquets d'arbres deviennent plus épais. Se dirige-t-on vers la mer? Les cultures maraîchères couvriront tout l'espace de leurs sillons méthodiques.

A marée basse, le Gouët serpente sur une surface vaseuse qu'il ne peui parvenir à entamer très profondément. A marée haute, les navires doivent suivre avec grande attention la route sinueuse marquée par les balises, sur ce chenal étroit, autrement ils courraient risque de pénétrer dans la vase mouvante. Plus d'une catastrophe irrémédiable s'est produite ainsi. Le manque de largeur est encore un inconvénient pour les bâtiments de grandes dimensions. Il faillit causer, en 1867, la perte de l'aviso de l'État : le Phoque.

Chargé de relever les côtes Nord-Ouest bretonnes, le commandant du Phoque avait fait entrer son navire dans le Gouët. Tout alla bien jusqu'au moment où il s'agit de virer entre des berges à peine éloignées de trente mètres, et le Phoque, long de quarante-cinq mètres, labourait la vase avec

La vallée du Gouët.

ses deux roues. Une place favorable enfin trouvée, le mouvement commença. Par malheur, la mer baissait. Tout à coup, le navire s'arrête en travers de h rivière : il était échoué par les deux bouts, simulant un pont qui n'eût guère lardé à s'effondrer, car la coque, très légère, ne se trouvait pas de force à supporter le poids des chaudières et de la machine.

On s'aperçut à temps que le mal venait de la longueur du gouvernail, et une manœuvre vivement exécutée sauva la situation.

Le Phoque eut plus de bonheur qu'un pauvre trois-mâts dont on a gardé le souvenir. Jeté sur la vase, près la pointe du Rosellier, on ne put l'en dégager et il s'y enfonça de la carène à la pointe des mâts!

Les collines élevées suivant le Gouët jusqu'à son embouchure, il serait

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impossible d'élargir beaucoup le canal, mais des écluses de chasse et un bassin à flot atténuent l'obstacle présenté par les vases.

Le Légué, véritable port du chef-lieu, est situé sur la rive gauche du Gouët, partie en la commune de Plérin, partie en la commune briochine.

La pose de la première pierre de ses quais eut lieu, en 1758, par le duc d'Aiguillon, présidant la session des États de Bretagne à Saint-Brieuc.

Le nouveau port allait faire disparaître le cloaque fangeux formé par les eaux du petit fleuve et les marais du Bohannet; il devenait un puissant moyen d'étendre le commerce de la contrée.

Composé de cent cinquante maisons environ, la plupart pourvues de jolis jardins, le Légué se présente bien, tout surplombé qu'il soit par la niasse des collines.... Son activité ne se ralentit guère, grâce aux chantiers de construction, aux navires caboteurs venant chercher des denrées et des blocs de beau granit bleu, expédié un peu partout. Les pêcheurs sont nombreux. Dès 1687, le Légué expédiait des navires à Terre-Neuve, et les armements pour cette destination sont toujours importants, malgré la pêche islandaise.

Le chantier de Bohannet a vu lancer, en 1783, un beau trois-mâts de 800 tonneaux', le Maréchal de Castries, acheté par la Compagnie des Indes, dont le siège était à Lorient. Ce navire échoua près la Tour de Cesson; le capitaine fut accusé de trahison. Gagné, affirma-t-on, par les négociants du pays, il avait volontairement donné contre les bancs de sable vaseux obstruant le chenal de l'embouchure du Gouët. Plus ou moins véridique, ce fait prouverait toujours deux choses : l'ardente rivalité des villes entre elles et la difficulté d'accès ou de sortie du port.

Ces difficultés n'ont pas beaucoup diminué. L'entrée du petit fleuve reste étroite, les bancs de sable qui la bornent s'étendent à près d'une lieue en mer; le reflux n'y laissant que fort peu d'eau, le chenal est impra ticable pendant la moitié des marées. Plus d'une fois, d'affreux malheurs, atteignant surtout les barques de pêche, ont été la suite de cette disposition des lieux.

La rive droite du cours d'eau, convertie en chemin de halage, aboutit sous la vieille tour de Cesson, qui abrite un joli hameau de pêcheurs.

Le quai de la rive gauche, ou du Légué, est prolongé sur une longueur de neuf cents mètres, jusqu'à la pointe de I'Aigle, éclairée depuis 1857 par un feu de quatrième ordre. Lorsque nous visitâmes le phare, le gardien,

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