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Pendant la foire des Ladien ou de Sainl-Lazaro

de bois de hêtre, le bois par excellence des souverains, chauffant fort bien sans donner aucune fumée, chose précieuse dans les anciennes constructions où les cheminées, mal disposées, brûlaient beaucoup de combustible, non sans enfumer à miracle les habitants.

Ploufragan était bien connu autrefois des rouliers, des conducteurs de diligence et de tous ceux qui devaient, en voiture, suivre la route de Paris à Brest. Les constructeurs du chemin n'avaient pas su ou n'avaient pu éviter une terrible côte qui, dans sa partie déclive, près des moulins de Saint-Barthélémy, devenait un véritable précipice. Elle était réputée la plus dangereuse des côtes des roules bretonnes, si riches, pourtant, sous ce rapport.

Saint Fragan, parent et compagnon de Conan Mériadec, après avoir abordé à l'Ile de Bréhat, passa sur le continent. Ayant reçu de son parent plusieurs vastes domaines, il s'établit au lieu qui a pris son nom. De sa femme, nommée Gwen, c'est-à-dire Blanche, il eut quatre enfants, tous voués à Dieu, et qui furent les initiateurs de la vie monastique en Bretagne.

Une croyance* vénérable rapporte que la chapelle, autrefois bâtie sur le Tertre-Jouan, couvrait l'emplacement de la demeure de Fragan et lui avait été dédiée. Cela explique pourquoi la paroisse n'est pas sous son vocable.

Ploufragan possédait la maison de campagne des évêques de Saint- Brieuc: Les Châlelets, domaine immense, libéralité d'Eudes, fondateur du comté de Penthièvre.

La noble famille de Budes était propriétaire du château de l'Épinay. Parlant de Sylvestre de Budes, qui se signala dans les guerres d'Italie et d'Espagne, Froissart l'appelle « un moult vaillant et hardy chevalier », éloge non suspect chez le vieux chroniqueur.'

Pour ne pas allonger inutilement la route, nous traversons de nouveau Saint-Brieuc et le Légué, puis nous gravissons la pente rapide conduisant à Plérin% une des localités les plus industrieuses des Côtes-du- Nord. La majeure partie des habitants s'occupe des choses de la mer, principalement de la pêche côtière et de la pêche à Terre-Neuve.

Longtemps le pèlerinage de Saint-Éloi, qui avait lieu en cette paroisse,

\. En parlant de l'abbaye de Sainl-Jacut-de-la-Mcr, nous avons donné les noms des trois fils de Saint Fragan. Sa fdle Clairvie, mérita aussi d'être placée au rang des saints.

2. Nous avons déjà dit que le Légué dépend de l'iérin, pour sa plus grande partie.

fut célèbre. On y accourait de loin, amenant des chevaux et des juments, car les paysans avaient institué le bon saint patron de ces animaux. Ils tenaient beaucoup à les présenter à la fête, ornés de fleurs et de rubans; ils ne manquaient pas, non plus, de leur faire boire un peu dVau de la fontaine consacrée, parce que, si l'on y avait manqué, mille maladies eussent accablé les pauvres quadrupèdes !

Plus d'un abus, cela se comprend sans peine, finit par dénaturer le caractère du pèlerinage et par attirer sur lui des remontrances très vives. Néanmoins, ces abus furent beaucoup exagérés. Les paysans voyaient, surtout, dans la réunion, une occasion de faire valoir les mérites de leurs chevaux et d'en tirer le meilleur parti possible. C'était, en outre, une sorte de fête de fiançailles. Les jeunes fermiers célibataires s'empressaient au retour d'offrir à leur « douce », sur la croupe de leur mouture, une place toujours acceptée avec plaisir.

Et on revenait en chantant, mêlant l'éloge du grand Saint Éloi aux récits de toute sorte: marchés, querelles, raccommodements, remarques plus ou moins charitables, projets d'avenir....

A Plérin, ainsi qu'en beaucoup d'autres paroisses bretonnes, les mariages étaient accompagnés de cérémonies bizarres, rappelant les coutumes antiques.

Le moment était-il venu, pour une jeune mariée, de quitter la maison paternelle, elle ne le pouvait sans passer entre deux rangées de parents et d'amis qui cherchaient à la retenir, poussant le simulacre du désespoir au point de déchirer les vêtements de la pauvrette.... Ces coutumes sont oubliées. On se marie avec autant de décorum à Plérin que partout ailleurs. Il n'est pas même certain qu'on s'y souvienne encore d'un fait guerrier accompli dans une des criques du rivage, dite I'Anse des Ro-

SAIPiES.

La France était en guerre avec la Hollande (1675); une frégate de ce pays, poursuivant un navire français dans la baie de Saint-Brieuc, vint s'échouer aux Rosaires. La milice de Plérin, unie à celle de Saint-Brieuc, captura la frégate, avant qu'elle eût pu profiter de la marée montante pour se remettre à flot.

Deux hommes énergiques : Ge.ndrot et Rufflet, conduisaient la petite troupe. Afin de la mettre à l'abri du canon hollandais, ils faisaient pousser devant eux des charrettes pleines d'ajoncs, rempart mobile qui permit d'arriver sur la grève, de combattre à armes égales et de s'emparer du navire ennemi.

Plérin a vu fonder la congrégation des Filles du Saint-Esprit, instituée pour l'éducation des petites filles pauvres et le soulagement des indigents malades des campagnes.

Ce souvenir vaut bien le précédent. Les sentiments éveillés par les mots de charité, de dévouement ne sont-ils pas plus réconfortants que ceux dont le mot guerre est le prélude cruel....

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