‹ Le littoral de la FranceChapitre 26 sur 120 · RUINES DE L'ABBAYE DE BEAUPORT · texte numérisé non relu

RUINES DE L'ABBAYE DE BEAUPORT

Lorsque, longeant le rivage, on étudie la nature du sol et sa configuration; lorsque, remontant vers le nord-ouest, on rencontre tant d'iles et d'ilôts, tant de brisants défendant un rivage abrupt, on ne peut s'empêcher de donner raison aux historiens qui accusent l'épouvantable marée de 709 d'avoir bouleversé toute celte partie des côtes de la Manche.

Il a même été avancé que la baie de Saint-Brieuc fut creusée, ou tout au moins agrandie, à l'époque où la baie du Mont Saint-Michel, la baie de Cancale et l'estuaire de la Rance se trouvèrent formés.

Les découvertes archéologiques viennent apporter un nouvel appui à cette hypothèse.

Dans la commune de Plérin, par exemple, on avait reconnu une voie romaine qui, partant de la petite anse de Saint-Laurent, venait aboutir au-dessous du bourg de Porthorel. Elle se terminait brusquement sur un rocher élevé d'une vingtaine de pieds. Sa direction, d'après un calcul très élémentaire, eût conduit à Corseul.... mais la baie de Saint- Brieuc l'interrompait.

Le nom du village était une autre indication : Porthorel, ou Port-Aurel n'a point d'analogie bretonne. En même temps, on faisait remarquer en ce lieu un amas de carapaces d'oursins, ou hérissons de mer, zoophytes très appréciés des peuples du littoral méditerranéen.

Un centre avait donc existé là, centre important, puisque le travail pénible d'une chaussée avait été jugé nécessaire. Mais, évidemment, cette chaussée ne pouvait finir en un endroit où aucune raison ne nécessitait un brusque

arrêt. Les Romains, si grands et si infatigables constructeurs qu'ils se soient montrés, ne se livraient point à semblables fantaisies. Tout, par eux, était admirablement calculé.

Il y a, enfin, cette circonstance que les sables de la baie de Saint-Brieuc ne sont pas de simples graviers, plus ou moins menus, plus ou moins mêlés de sel et de débris coquilliers. Leur analogie avec la tangue^ de la baie du Mont Saint-Michel est manifeste; qu'ils soient appelés maries ou marnes^ le nom ne change rien aux qualités éminemment fertilisantes dont ils sont pourvus. Comme la tangue, le toucher les trouve doux, onctueux, et si l'argile y entre pour une part, les épaves de terres labourables et de nombreux végétaux contribuent à leur richesse. Plus l'agriculture progresse, et plus on apprécie ces engrais, seuls capables de donner aux landes la fécondité qui rendra à la vie de vastes espaces abandonnés.

Sur ces côtes incessamment battues par la vague, les baies et les ports ne sauraient manquer d'être nombreux. Ils sont même si rapprochés les uns des autres que les nommer tous serait superflu, sinon inutile : l'importance de beaucoup d'entre eux résidant surtout dans la pêche côlière.

Or, bientôt, nous allons vivre au milieu des pêcheurs, étudier leurs moyens d'action. Passons donc rapidement devant tout ce qui n'offre pas un intérêt réel.

PonDic et BiNic, à l'embouchure de l'Ic, envoient beaucoup de marins à Terre-Neuve et en Islande. Le dernier de ces ports reçoit, au moment du départ pour les îles (d'avril à mai), la presque totalité des navires en provenance de Saint-Brieuc, du Légué et de quelques autres communes.

L'espace, ici, ne leur manque pas. Ils peuvent se réunir en flottille et c'est un spectacle des plus pittoresques, ces apprêts, l'activité débordante qui en résulte, la gaîté épanouie sur tous les visages. L'heure du départ, il est vrai, provoquera les adieux graves, mêlés de larmes, de promesses.... sincères alors, presque toujours tenues d'ailleurs.

Mais, vient la marée favorable, accompagnée d'un ciel clair, de signaux avidement observés.... Allons! la campagne sera bonne, les pleurs ne sont plus de saison.... Que deviendrait l'énergie des braves matelots! Parions plutôt pour le succès de ce fier navire, aux flancs évidés, quoique résistants, parions pour cet équipage éprouvé : les hancs n'ont plus de secrets pour lui.... On reviendra avec un chargement superbe et ce sera la joie, l'aisance entrant dans toutes les chaumières, faisant oublier tous les plus durs tra-

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