Voir noire premier volume, chapitre XLll
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vaux.... toutes les douleurs.... Bonne traversée et heureux retour à ces braves gens!...
On a voulu voir dans Binic le Portus Icius de César. Il faut avouer que César eût pris une route bien directe! et que cette supposition s'accorde admirablement avec les Cominentaircsl Cela, toutefois, n'empêche pas le joli petit port d'avoir été une station importante. La mer s'est chargée elle-même de le démontrer. Le reflux d'une grande marée (celle de 1808) mit à découvert un très vaste édiiice dont les murs conservaient un grand nombre de médailles romaines. 11 s'en trouva également, paraît-il, à l'effigie de Charles-
L'inscription maritime à Paimpol.
(Juiiil. Ces dernières ramèneraient l'ensevelissement de la construction à une époque presque rapprochée de nous.
L'étrange apparition de l'édifice ignoré se renouvela une seconde fois, en 1824. Le fantôme reparaîtra-t-il?...
Saim-Quay touche à la partie extrême Ouest de la baie de Saint-Brieuc. Le rivage commence à se modifier. Les roches régneront bientôt, surgissant du milieu des sables qui cherchent en vain à s'étaler librement.
Por.TniEux est le port de Saint-Quay. Il fut l'un des premiers points où
wmiiiença l'envoi régulier des navires à Terrre-Neuve et, pendant longtemps, tous les vieux titres lui donnèrent la qualité de ville. Le premier aspect ne dément pas cette qualification pompeuse. Enrichi par les bains de mer, Por- Irieux a construit des maisons blanches à plusieurs étages, ornées de volets verts, qui écrasent, par leur aspect semi-monumental, les pauvres petites chaumières reculant de plus en plus vers l'intérieur du bourg. Elles ne contribuent pas peu à accroître l'importance des habitants, 1res fiers de ce que leur « pays » ne ressemble point aux villages de la côte entière.
Portrieux est situé sur une belle grève. Protégée par une chaîne de rochers avançant de plus de deux lieues dans la mer, elle forme une suite d'îlots indifféremment appelés roches ou îles de Saint-Quay ou de Porlrieux.
La mer brise presque toujours avec force sur le môle, et elle monte dans le port à une hauteur de plus de onze mètres au-dessus des basses marées,
Canot passant près d'un navire de guerre, dessin inédit d'Ozanne.
sérieux avantage qui laisse toujours, même à l'époque des plus grands rellux, un tirant d'eau convenable.
Le commerce de cabotage sait tirer profit de cette situation. Les exportations pour l'Angleterre y sont très suivies, en bétail principalement.
A Tréveneuc, commune limitrophe, le breton devient presque seul en usage et, désormais, il suffira de faire quelques pas pour entendre de tous côtés la vieille langue celtique. Très lentement, le français gagne du terrain ou, plutôt, beaucoup de gens le comprennent, le parlent, .sans se soucier de l'employer.
Partout, les campagnards sont ombrageux; mais, en Bretagne, ils ont double raison pour se montrer défiants. Ils craignent de mal traduire une langue peu familière, et, comme les usages ont parmi eux force de loi; que, de plus, ils tiennent à ne pas trop oublier les « ancêtres », le
MATELOT H AL A NT l' A M A R R E d' U N BAT EAU- TEC HE Dessin inédit d'Ozanno.
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HPAIMPOL
CANOT DÉOAGKANT SON GOUVERNAIL PRIS SUR LUNE DES AMARRES d"uNE DRAGUE
Dessin inédit d'Ozaniie.
DU MONT SAINÏ-MICHKL A LORIENT
breton, idiome paternel, revient avec plaisir sur leurs lèvres, il semble être une barrière contre l'envahissement définitif. C'en est assez pour qu'on l'aime!
Les philologues, dignes de ce nom, louent la ténacité de nos paysans. Te breton n'est pas, ainsi que beaucoup de personnes le croient (par préjugé ou par ignorance), un patois qu'il serait bon de faire disparaître au plus tôt.
C'est une langue possédant ses règles, sa grammaire bien définie, et ayant laissé des monuments considérables, quoique la tradition orale ait surtout contribué à nous les léguer. Elle tient au sol, elle lient aux cœurs et semble être leur image fidèle. Apre, rude, elle a, néanmoins, des délica-
Moulin à marée au fond du port de Paiaipol.
lesses infinies, des douceurs exquises, un charme mélancolique, sévère et pénétrant, dont il devient impossible de méconnaître l'intensité.
C'est bien le reflet du pays breton qui, aux amoncellements granitiques, aux vagues furieuses, oppose ia vallée idéale de poésie, les champs féconds, les horizons souriants....
Plouha, riche bourg, au territoire bien arrosé, bien cultivé, présente sur un des points de sa côte, découpée à l'infini, le sommet le plus élevé de cette partie des rivages bretons. Il est appelé Haut-Grou ou le Palus et sert d'amer' pour l'entrée en Manche ou la sortie des navires.
i. Voir noire premier volume, page 1! 4.
Un des hameaux de la commune possède une chapelle que, malheureusement, on ne relève pas assez de l'abandon où elle est tombée. Les braves gens de Plouha s'en inquiètent peu aujourd'hui, car la petite galerie de la façade n'est plus la tribune d'où le sénéchal de la juridiction leur faisait connaître les jugements qu'ils avaient encourus.
Mais elle possède toujours une œuvre d'art, unique en France, et jadis cachée sous un misérable badigeon qui, hélas! en a dévoré la plus grande partie.
Construile au treizième siècle et terminée au quatorzième, la chapelle de Kermaufa-Nisquit, bâtie en granit, a résisté, extérieurement, au temps, et son joli porche arrête encore un moment l'attention.
A l'intérieur, des fresques, travail considérable, couvraient entièrement les murailles. Les personnages y sont peints de grandeur naturelle. Une large litre ou frise, régnant sur le pourtour entier de l'édifice, représente une Danse macabre, unique en France, suppose-t-on.
Les costumes sont de la fin du quinzième siècle, mais les contours, dégradés par le badigeon, sont à peu près effacés et, de quelques-unes des figures, la silhouette seule est visible. Il est facile, cependant, de juger que celle composition devait être remarquable.
Elle ne comprend pas moins de quarante personnages, appartenant à tous les rangs de la société, et séparés entre eux par des squelettes grimaçants qui les forcent à suivre la route fatale.
Plusieurs de ces groupes sont saisissants d'allures, et des strophes en vers, placées sous chacune des figures, composent des dialogues qui, par leur simplicité voulue, font passer un léger frisson dans l'esprit.
Le Pape, un roi, des grands seigneurs, de simples chevaliers, des bourgeois, des artisans, des mendiants, reçoivent ainsi l'inéluctable leçon. La mort s'adressant au roi, dit :
Venez, noble roy couronné,
Renommé de force et prouesse;
Jadis fustes environné
De grans pomppes, de grant noblesse;
Mais maintenant toute liaultesse
Laisserez : vous n'estes pas seul 1
Peu aurez de vostre richesse,
Le plus riche n'a que ung linceul !
La contemplation de ces peintures eût bien pu porter à une incurable tristesse, si d'autres figures n'avaient rappelé qu'aux plus graves pensées se lie l'espérance radieuse.
Au-dessous de la danse macabre, Abraham, David, les grands et les petits prophètes, les apôtres tiennent en leurs mains des banderolles où sont retracées les paroles consolatrices promettant le rachat, par un Messie Sauveur, de rhumanilé folle et perverse.
Combien la pauvre chapelle de Kermaria est supérieure à l'église sans caractère de Plouha! Mais, il est urgent de la restaurer avec soin, surtout de
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Chapelle de Kermaria-Nisqiiit.
l'entretenir autant qu'elle mérite de l'être.
Sur la limite des communes de Plouézec et de Kérily, au fond d'une crique regardant l'Ile de Saint-Riou, et les roches fantastiques dites : Metz ou MâlH de Goëllo, les ruines de l'abbaye de Beauport se présentent, vastes encore, belles et dignes de leur antique célébrité.
Un acte de 1197, relaté par Dom Morice, prouve que l'abbaye fut fondée, celte époque, par un comte de Penthièvre, de Tréguier et de Goëllo : Alain, mort en 1212.
Il avait, tout d'abord, établi des religieux de Saint-Victor, sur la petite II. n
île de Saint-Riou (que l'on devrait plutôt appeler Riok). Puis après, pour un cause inconnue, ces moines furent remplacés par des religieux Prémontrés, que le comte installa dans son château de Beauport. Les revenus de ce monastère étaient considérables, mais bien près de la moitiédevait servir à l'enirelien de quinze églises paroissiales qui en dépendaient. Une partie des dîmes était établie sur des cures anglaises; Henri Vill les abolit.
En 4679, l'abbé s'appelait Ilenri-Achille de la Rochefoucauld. Un des petits-fils du grand ministre Colbcrt gouverna également l'abbaye, mais il l'abandonna pour la carrière des armes. Le dernier supérieur fut M. de Pontevès, nommé en 1785, et qui devint, successivement, aumônier de Louis XVI, de Louis XVllI, de Charles X.
La rage destructive qui s'attache trop souvent aux témoignages du passé, n'a pas épnrgné Beauport. Cependant, ou peut encore estimer que le mal a été moins grand qu'il ne l'est presque partout ailleurs, en Bretagne.
Plusieurs salles subsistent, montrant, sans modifications essentielles, leur structure du treizième siècle.
La salle du chapitre et la sacristie étaient affectées, lors de notre visite, au service de l'école communale. On voit encore Im Salle au Duc, celle des Hôtes....
La voûte de l'église est tombée, et il ne reste qu'une partie du monument. Trois des arcades du cloître, fort belles, sont debout.
Cinq dalles funéraires ont échappé à une ruine complète. Il est possible que l'une d'elles soit, comme on le croit, la pierre du tombeau du fondateur. Une autre tombe porte l'efligie d'un abbé, accostée d'un ange soutenant une crosse et une mître. Elle est désignée comme gardant la mémoire de Pierre Huet, qui obtint, en 1456, le droit de revêtir les ornements pontificaux.
En parcourant l'abbaye de Beauport, on peut se rendre un compte exact du plan de sa construction et s'initier à l'existence des religieux qui l'habitaient.
Ce devait être un admirable séjour. La plaine où elle fut construite est protégée contre les vents du nord; une colline boisée la borne d'un côté, et la perspective ouverte, à droite sur la mer, à gjiuche sur une cam{)agne ondulée que coupe une supei'be pièce d'eau, s'embellit encore de la luxuriante végétation des jardins plantés par les moines.
Les arbres exotiques y poussent avec une vigueur rare. Figuiers énormes, mûriers gigantesques, myrtes arborescents emmêlent leurs branches et viennent, en plus d'un endroit, former voûte au-dessus de la mer.
Le soir, après up.e journée sans nuages, lors(jue la lune monte, loule
nu MONT SA1NT-M1CI11:L a LOUIENT
blanche et brillante, dans le ciel broilé (réloile*^, il est clonx de se reposer près de la vieille abbaye.... Les rayons d'argent passant à travers les arcades croulantes, rendant luniinenses les ogives tréllées, ajoutant une brunie vaporeuse à l'ombre des arbres et se brisant sur la crête des lames, semblent apporter avec eux une impression de repos, un allégement, une fraîcheur de pensées bien propres à rendre chère, entre toutes, riieurc qui vient de s'é'.'ouler si rapidomeutl
SaiiveUii,^' (le ii;uirra;,u''.s; on leur jette un grelin. Dessin inédit d'Ozanne,