Voir noire premier volume, chapitre n
Mais, après quatre années de pillages de tout genre, ils s'imaginèrent rendre un mauvais service au roi en lui retirant leur protection et ils retournèrent chez eux.
Paimpol avait été une des premières villes délivrées. Elle ne respira pas longtemps. Sous prétexte d'attachement à la Ligue, Guy Eder de La Fontenelle parcourut la province, se livrant à des crimes odieux. 11 s'empara du petit port et le mit à feu et à sang.
Après ces deux calamités, Paimpol avait besoin de respirer, de se remettre. Le travail lui rendit ce qui venait de lui être enlevé, et la fortune suivit sa constante persévérance.
Au nord de Paimpol, à environ dix kilomètres, gît l'ile de Biiéiiat, dont une des pointes regarde l'embouchure du Tricux.
Partout, désormais, la côte, dentelée de roches, va s'effriter en lies, en îlots et plateaux, resserrant les passages, constituant des sillons granitiques dangereux, qui ont nécessité l'établissement de phares multiples.
Bréhat, la plus importante des îles des Gôtes-du-Nord, est séparée de la terre ferme par un chenal de moins de deux mille mètres de largeur, appelé de PloubaznaleCj nom du bourg continental dont il baigne le territoire. Ce passage est dangereux, mais il reste le meilleur que les habitants puissent choisir.
Plusieurs îles dépendent de Bréhat. Les principales sont Rarjuincs-Mciir, Logodec, Séhérès, Mezarrun, Kergaro.
Au nord, on trouve les Héaux, redoutable petit archipel; au sud, à la pointe Misard ou Minard, un second groupe d'îlots : Roch-ar-Me!cc, les Trépieds, les Grands Piliers; à l'est, un troisième groupe : Pislisic, Armor- Bic, Lescorden....
En réalité, commence ici la côte que les marins appellent à trop juste titre redoutable, et dont les dangers vont aller en augmentant, sauf de rares interruptions, jusque vis-à-vis Quimpcr.
Familiarisée avec ces dangers, une nombreuse population de pécheurs brave l'existence la plus pénible, la plus ingrate, et s'élance des moindres criques pour demander à la mer tout ce qu'elle peut donner.
Les Bréhatins ne font [)as exception à cette loi. La marine militaire leur doit un certain nombre d'officiers très distingués. Parmi eux, on cite ïîioMAs, le pilote de la flotte française dans l'Escaut, qui eut l'honneur d'être consulté, lors de la création du port d'Anvers; ses services lui valurent le grade de lieutenant de vaisseau, avec une retraite spéciale.
Bréhat n'a pas de relief très accentué. Les éminences du Sud sont les
nr MONT SAINT-MICIIRF. A LOHIRNT
plus imporlantos et des rorlilicalioiis les déloiuloiil. . liioii que très battue
par la nier et par le vent,
son sol est fertile; aussi les propriétés y atteignent-elles un prix relativement fort élevé.
l/abbaye de Beaiiport
avait des droits sur l'île,
qui dépendait du duché de
Penthièvre. Comme le reste
W^ du littoral nord et
''^^U r"" ouest français, Bré-
bat souffrit beaucoup
des incursions des Anglais. En 1409, un comte de Kent s'en empara, fit raser le cbâleau et incendier UmIq% les maisons. Les infortunés habitants s'enfuirent. Pendant quelques années, l'ib; resta déserte. Peu à peu on V revint, mais chaque crise politique dont souffrit la Bretagne eut sur elle un triste
lissement.
VieiUcs maisons, loiid Uu i)Oil et rocl<es de Bréhat.
reten-
Mercœur entreprit de la fortifier en 1590, et les Bréhatins espérèrent pouvoir respirer. Malheureusement, un an plus tard, les Anglais, campés à Paimpol, résolurent de s'emparer de cette position. Ne pouvant vaincre par la force, ils essayèrent de la famine, et, pour prix de leur courage, les assiégés subirent d'effroyables traitements. Seize d'entre eux furent pendus aux ailes des moulins à vent, voisins de Bréhat!!...
Indignés, les Malouins accoururent et firent payer cher aux vainqueurs les crimes dont ils venaient de se souiller.
En 1755, pour laisser aux habitants la possibilité de se remettre et des calamités des guerres et
l'oitz-Ue\emi, prcb Paimpol.
désastres locaux, des lettrespale ntes les exemptèrent du droit (le fouage pendant quinze années.
Ce droit était un des plus lourds qui pesassent sur les propriétés roturières. On fait remonter son origine à l'année 1277, mais d'Argentré démontre qu'il faut le reporter vers la fin du quatorzième siècle, tout au moins pour sa perception régulière. C'était en 15GC, Jean IV, tenu d'aller rendre hommage au roi de France, demanda de l'argent aux Etats. Il lui fut accordé un « écu d'or soleil » par feu.
A l'origine, la répartition atteignait toute terre ayant pour centre une habitation. Dans la suite, il n'était levé que par paroisse. Les domaines nobles en étaient exempts.
Bréhat possède plusieurs havres; celui de la Corderie, accessible même
nr MONT SAINT-MICIIEL A LORIENT
aux frégates et bien abiilô, pailage l'île en deux. A mer haute, on peut le traverser de bout en bout.
Les pointes du Paon et du Roscdo ont reçu chacune un feu rouge fixe à réverbère (4* ordre), les roches du Rosédo, en très beau granit rouge, poli par la mer, sont tellement battues que le goémon ne peut s'y attacher.
Le petit port de la Chambre est au sud. Très profond, quand le flux s'y engage, mais d'une entrée fort étroite, il a été le refuge d'intrépides corsaires qu'il abritait de tout coup de main et dont les navires pouvaient, à
Rochers de la pointe du Paon : île de Bréhat,
volonté, choisir ensuite trois routes, celle des chenaux du Ferlas, de BréhaL ou des Bancs de sable.
Le Port-clos mérite bien son nom; très exigu, abrité et assez profond, il reçoit les bateaux faisant le service de la grande terre. Une autre petite station est établie à VArcouëst. Parmi les rochers dont les rivages de l'île sont semés, on v^ voir la Roche Branlante, énorme bloc, reposant transversalement sur deux pointes granitiques et simulant d'autant mieux un pont que la mer bat en dessous avec fureur.
Les écueils dits : Héaux de Bréhat, commandent la pointe nord-est du département. Extrêmement dangereux, il a fallu y établir un phare protecteur.
Quand on a visité des phares, situés en terre ferme, dans des endroits, il est vrai, souvent très écartés, mais permettant toutes facilités de communications et d'approvisionnement, la première idée qui vient à l'esprit, c'est d'admirer le dévouement des gardiens, tout en les plaignant de leur isolement, admiration très légitime, car du service des phares dépend la sûreté de la marine. Cependant, pour apprécier jusqu'où peut aller l'énergie de ces humbles serviteurs, leur héroïque stoïcisme, il faut venir voir un phare semblable à celui des Héaux, prison établie sur des roches saillant à peine au-dessus de la mer et enveloppée par des courants semblables à des torrents furieux.
Pendant peu d'instants, et seulement si le vent est favorable, l'écueil reste découvert. Pour y accéder aussi fréquemment que possible, un rude
Tour des lléaux
sentier à pic, véritable rigole, a été creusée dans le granit et des crampons en fer, scellés dans la maçonnerie, constituent l'unique voie permettant de franchir la porte du vestibule!!...
Quatre gardiens font le service du phare. Chacun d'eux va, à tour de rôle, passer une semaine chez lui. La tour reste, par conséquent, toujours pourvue de trois gardiens, sur lesquels, chaque nuit, est pris le veilleur de la
lanterne.
Tout le long du jour, une seule distraction est possible, à condition, encore, que la mer le permette : la recherche des coquillages au milieu des pointes découvertes.
Vienne l'été, le soleil, dardant à pic sur les blocs rocheux, y entretient, ainsi que dans la tour, une chaleur accablante.
Vienne l'automne et ses brouillards, vienne l'hiver et ses tempêtes prolongeant les nuits interminables, les communications se trouvent interrompues. Il devient nécessaire d'avoir recours, comme sur un navire, aux barils de lard, de biscuit, aux boites de conserves, aux caisses de fer contenant de l'eau potable!...
Et malgré tout : fatigue, froid, brumes, flots écumants frappant le phare, le veilleur, au sommet de la tour, entretient la lueur protectrice, pendant que ses compagnons étudient le règlement du service, soucieux de ne rien négliger. IN'ont-ils pas charge de vie? De leur vigilance le salut de tant d'hommes peut dépendre!
Au moins un salaire et une retraite convenables sont-ils la récompense d'un aussi dur travail?... Passons vite sur ce point. Les gardiens de phares
Feu de la pointe du Paon : île Brébat.
rentrant dans la grande catégorie des serviteurs utiles, trop oubliés, sinon méconnus!
La tour des Héaux, pourvue d'un appareil dioptrique*, est classée de premier ordre. Sa construction a fait époque, pour les procédés qui y ont été employés : assises du massif, jointure des pierres, aménagement intérieur, procédés adoptés partout depuis lors.
M. Raynaud, l'ingénieur dirigeant ce beau travail, y acquit une réputation légitime. Plus tard, il fut chargé de tout le service des phares et balises*.
La tour se compose de deux parties. Une base absolument massive et des chambres superposées, communiquant par un escalier en spirale. Le feu est fixe.
\ . Voir notre premier Tolume, chapitre xvrr. 2. Voir notre premier volume, chapitre xvii.
A l'époque où le phare a été construit, il n'y avait pas encore de remorqueurs à vapeur. La roche qui devait servir de base découvrant seule-
Chnpellc Saint Michel : île de Dréhat,
ment aux basses mers, et étant constamment battue par un courant, les ouvriers se voyaient très souvent exposés à des sorties inutiles ou mêmes dangereuses. Il fallait remporter les matériaux à un chantier éloigné et attendre des journées plus favorables.
Plus tard, en avançant sur le littoral breton, nous verrons d'autres feux dont l'établissement a été, peut-être, plus difficile encore; mais, nous le répétons, l'expérience acquise aux ïléaux de Bréhat a rendu d'inappréciables services. C'est ainsi qu'elle a permis d'élever le phare des Roches-Douvres, plateau d'écueils étendu au large du nord du Bréhat et commandant les récifs de Barnoijic, situés entre les derniers rochers et l'Ile même.
Cette tour, construite en fer et tôle, fut montée au Champ de Mars, lors de l'exposition de 1867. Transportée à Bréhat dans les premiers mois de 1868, elle fut remontée sur le soubassement en maçonnerie dont un des points des Roches-Douvres avait été couvert. L'entreprise était terminée le 6 août 1869.
Le feu est visible à près de quarante-huit kilomètres. Son foyer s'élève à cinquante-cinq mètres au-dessus des plus hautes mers. Une cloche, installée sur la galerie supérieure de la tour, sonne de trois secondes en trois secondes pendant les temps de brume.
Les logements et les magasins sont établis dans la partie inférieure, sensiblement renflée. Peinte en blanc, les couvre-joints se détachent en gris; l'une des principales occupations des gardiens consiste à visiter toutes les parties de l'édifice, afin d'arrêter immédiatement la plus faible
nr MONT SAINT-MICHEL A LORIENT 221
trace d'oxvilation. Sans présenior, comme monument, la valeur du phare des Iléaux, celui des Roches-Douvres possède néanmoins une grande, quoique oracieuse apparence, et les Côtes-du-Nord peuvent à bon droit avancer qu'elles possèdent les deux plus beaux types de ces sortes d'édifices.
Sif^nalons encore le feu de la Croix, voisin, lui aussi, de Bréhat et correspondant avec le feu de Bodic. Ce dernier est installé sur une lenètre percée au milieu d'un mur immense qui, pendant le jour, est visible de très loin. Tous deux indiquent l'entrée du chenal du Trieux.
Le phare de la Croix couronne une très grosse roche. Le granit gris a servi à sa construction. Comme on disposait de plus de place qu'aux Iléaux, on lui a donné l'apparence d'un donjon féodal, grâce à l'adjonction d'une tourelle, engagée dans le corps principal, pour contenir l'escalier. Les chambres des gardiens y gagnent un peu en largeur.
Nous reprenons pied sur la terre ferme, non loin de l'embouchure du
Entrée de Lézardrieux.
TniELx, pour visiter un gros bourg et une ville qui ont emprunté leurs noms, ainsi que leur importance, à ce petit fleuve.
En général, les agglomérations rurales du déparlement des Côtes-du- Nord ne sont pas considérables. La population se disperse en une quantité de villages, de hameaux, pour vivre chacun sur sa propriété. Les bourgs se ressemblent à peu près tous : Une place allongée contient l'église, quelques boutiques, une auberge et une grande bâtisse portant sur la façade le mot « Gendarmerie ». Parfois, deux ou trois ruelles complètent le tableau. Du reste, les monuments artistiques sont rares. Le voyageur ne se douterait pas qu'à une petite distance le pays de Léon renferme des merveilles.
Les chapelles sont très nombreuses sur la côte et dans les champs. Elles n'ont aucun caractère architectural, à peine quelques moulures originales ornent-elles la porte d'un bâtiment carré, surmonté d'un petit clocheton. L'intérieur, simple comme la façade, conserve généralement des statues coloriées, contemporaines de la construction de l'édifice et curieuses dans leur bizarrerie. Chaque saint est entouré des attributs de la corporation qui l'a
pris pour patron ou des instruments, au naturel, de son martyre! Saint Joseph, en chaperon, avec une ceinture de cuir, travaille une poutre à l'herminette. Saint Éloi est muni d'un énorme marteau. Sainte Cécile, coiffée d'un hennin, vêtue d'une robe à queue, du quinzième siècle, est assise à un orgue. Saint Martin porte parfois des souliers à la poulaine, une épée au côté et, pardessus le chapeau légendaire de Louis XI, repose son auréole, placée en équilibre. Saint Georges, armé de toutes pièces, comme un gendarme des Compagnies d'ordonnance, transperce un dragon vert qui exécute les plus invraisemblables contorsions. Saint Laurent s'appuie sur son gril. Sainte Marguerite sur sa roue.... Chaque année, au jour de la fête du saint dont le vocable est donné à l'église, une messe attire les fidèles. C'est l'occasion d'un petit pardon.
Les croix, très nombreuses, l'étaient davantage encore autrefois. Les plus nouvellement construites sont de bon goût. Les anciennes, finement travaillées, occupent presque toutes de jolis carrefours; mais beaucoup chancellent sur leur piédestal de deux ou trois marches.
Aux environs de Paimpol, existent des croix en bois assez singulières. Les instruments de la Passion y sont adaptés. Rien n'est oublié..., pas même un pot à eau et une cuvette chargés de représenter, selon toute vraisemblance, l'aiguière dont Ponce-Pilate se servit pour décliner la responsabilité de « la mort du Juste »!...
Bien que les hauteurs du rivage soient arides, de charmantes vallées y débouchent. Une succession de prairies, étagées les unes au-dessus des autres et enfouies sous la verdure, les forment pour la plupart. Une digue est souvent construite à l'entrée; elle supporte des moulins mus par la marée. Ce genre de minoterie est assez répandu sur la côte entière où l'on rencontre nombre d'enfoncements profonds, se prêtant fort bien à la création de vastes étangs, au moyen de barrages peu considérables, peu dispendieux.
Le Sillon de Talbert, langue de galets due aux courants qui brisent sans relâche les pointes les plus dures, s'étend entre des rochers, sur une longueur de trois mille mètres et une largeur de cent cinquante.
La côte offre plusieurs sillons semblables, mais celui-ci l'emporte en dimensions, bien que la forme reste la même. Elle simule le parapet d'une place forte.
Quand la mer est basse, des lieues carrées entières de rochers sont découvertes ; on y récolte d'immenses quantités de goémon. Une partie de cette moisson est convertie en soude; mais, sous ce rapport, les environs
Dr MONT SAINT-Mir,IIEL A LORIENT 225
de Brest reniporlent. Les quatre cinquièmes du f^oémon du Talbcrt servent aux engrais. La marche est très pénible sur ce sillon, trop bas pour procurer une vue étendue et composé de galets trop mouvants j)our des pieds de citadins. Tu point blanc, s'élcvant au loin, marque le feu des Iléaux. Le petit lleuve nommé Tricux a, plusieurs l'ois, appelé ratlenlion des marins compétents, qui souhaitent vivement y voir établir, dans une situation sûre, un port de refuge pour notre flotte de la Manche.
Admirablement défendu par les Iléaux, l'Ile de Bréhat, et, surtout, par les différents points dangereux qui Tentourent, Lézap.drieux pourrait devenir très important. Yaubnn avait songé à le doter d'un arsenal mililaire et, bien souvent depuis, on a fait valoir les avantages qui en résulteraient.
Pcnl suspendu à i.ézarJiioux.
Les bords du Trieux sont élevés et escarpés, mais son lit, assez large, très profond, permettrait à une trentaine de vaisseaux de venir mouiller à la file, en prenant seulement quelques précautions pour l'évitage.
Soigneusement marquées, peintes ou balisées, les roches du passage n'offriraient, par un temps clair, aucune difficulté, et, par temps sombre, un pilote viendrait toujours à bord.
En arrivant du laige, ces roches rougeûtres, ces tourelles, ces brisants ont un air assez terrible; puis, quand on a longé tout cela, la route tourne brusquement et l'on entre dans une passe qu'un œil de marin peut seul démêler. Les novices cherchent en vain à se défendre d'une certaine crainte : on semble courir à toute vitesse au-devant d'un grand danger. Bientôt, toutefois, le chenal se dégage pour laisser tranquillement remonter le lit du Tricux.
il. 159
On parvient ainsi jusqu'au pont suspendu, rival du pont de La Roche- Bernard et, comme ce dernier, laissant passer, toutes voiles déployées, les bricks de taille ordinaire; ceux de fort tonnage, seuls, seraient obligés d'abaisser leurs mâts de perroquets*. Les culées du pont s'appuient sur -1 rochers qui, en cet endroit, simulent un défilé.
Il y a près d'un demi-siècle que cette belle construction a remplacé le bac incommode, sinon dangereux, alors établi à la même place.
Immédiatement en remontant encore, on trouve un beau bassin, presque circulaire, aux bords en pente douce, fertiles et tout couverts d'exploitations rurales. Le fond, vaseux, serait des plus faciles à approprier, avec les moyens actuels.
C'est dans ce bassin que différents projets placent les arsenaux et les grands établissements divers d'un refuge pour la marine militaire. On ne saurait désirer un point plus sûr, mieux situé, plus à portée de rendre de grands services, en cas de guerre.
Lézardrieux signifie littéralement : cour du Trienx. Probablement le mot cour est-il pris, ici, comme on l'a fait remarquer, pour l'équivalent de : juridiction; cela est vraisemblable, puisque la justice de Kermadre était établie dans cette commune qui, de plus, possédait la maison noble de Kermarker- Coatrevin, appartenant à Olivier Arrel, l'un des héroïques tenants du Combat des Trente.
En remontant vers sa source, le lit du fleuve se fait moins large; mais il est navigable jusqu'à Pointrieux, par conséquent sur une distance de vingt kilomètres environ, depuis Bréhat.
C'est une artère qui vivifie tout le pays, en favorisant les transports d'engrais marins et de céréales.
Pontrieux, partagé en deux par le cours d'eau, était autrefois situé un peu au sud-ouest de sa position actuelle, au pied de la forteresse de Châeaulin (possession de Penthièvre, démantelée par Jean V, en 1402).
Les pêcheries et le commerce de celte petite ville l'ont faite depuis longtemps très aisée; elle était le débouché de tout le pays de Guingamp.
Sa vallée profonde et resserrée l'a souvent exposée aux inondations; les plus désastreuses eurent lieu en 1773 et 1778. Dans l'intervalle, le feu la ravageait, renouvelant les exploits des Anglais qui, à diverses reprises, la brûlèrent. Ces malheurs ont changé la physionomie de Pontrieux, à présent