‹ Le littoral de la FranceChapitre 30 sur 120 · Voir notre premier volume, cliapilre xvni · texte numérisé non relu

Voir notre premier volume, cliapilre xvni

DU MONT SAINT-MICHEL A LORIl-NT

bien bâti, propre coiiime il coiivieiit à un cciilre important de marchés cl (.le ibires IVéqnenles.

Pontrieux s'Iionore d'avoir vu naître Le Drig.vnt, rautcur du curieux livre : Origines de la /(fugue celtique, l'ami de L.v Touii d'Auvergne (\e premier grenadier de France qui, pour conserver au moins un fils au malheureux savant, se rengagea, alors qu'il avait lui-même atteint la limite de la vieillesse).

Le Leff se jette dans le Trieux. Au confluent de ces cours d'eau, se voient les ruines d'un château fort appelé Finaudour, Fniaudour ou Frinandour (nez dans l'eau), nom pittoresque bien appliqué à la situation entre les deux rivières. Cette place fut assiégée, en 151)5, par Olivier de Clisson, révolté

r.iiiiics (lu luiii|i;(! ilf l.aii'K.'It.

contre le duc; elle devint propriété de la famille de Coëtrieux, seigneur d'une partie du pays.

l'n peu plus haut, sur la rive gauche du Trieux, on rencontre une seconde forteresse, bien conservée malgré son antiquité. C'est la Uociie-Jagu. Clisson la prit en même temps que Frinandour. Elle fut rebâtie au quinzième siècle, et, par suite d'alliances ou d'acquisitions, devint propriété du duc de Richelieu, qui la vendit, en 1773, à la famille Le Gonidec de Traissan.

Une visite à la Roche-Jagu fait reculer le temps. On se retrouve avec les clievaliers bardés de fer, qui circulaient à l'aise dans ces vastes salles élevées et sombres, dans ces immenses corridors, derrière ces parapets à mâchicoulis. La façade est située du côté opposé à l'entrée ; elle domine la rivière et l'épaisseur de ses murailles est telle qu'on y a ménagé la chapelle!

Irrégulier dans son ensemble, le château, avec ses nombreuses cheminées ornementées, dépassant de beaucoup les combles, avec sa vieille toiture d'un gris noir, les eaux qui le baignent et le bois qui l'entourent, mérite de ne pas être oublié. On y conserve des meubles et des tapisseries de haute lice d'une réelle valeur.

Lanleff a eu l'honneur d'occuper pendant longtemps les archéologues bretons, qui cherchaient l'origine et la date de construction de son Temple.

Les suppositions allaient grand train, mais les chroniques locales restaient muettes, ne s'accordant que sur un point: c'est que des moines rouges ont bâti cet édifice.

Une étude sérieuse donne raison aux chroniques. Au douzième siècle, les Templiers avaient obtenu du duc Conan IV de grands biens dans cette partie de l'évêché de Tréguier. Après la chute des Templiers, les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (plus tard de Malte) furent héritiers de presque toutes leurs possessions. Ces nouveaux moines portaient un habit militaire rouge, avec une grande croix blanche. Les paysans furent frappés de ce costume et oublièrent les moines « blancs « ou Templiers, fondateurs, cependant, de la plupart des édifices remarquables de la contrée ^

Le temple de Lanleff est un monument circulaire, à double enceinte concentrique. La première, extérieure, et possédant trois absides en hémycicle, est distante de trois mètres de la seconde; celle-ci est percée de douze arcades en plein cintre, soutenues par des pilastres carrés. Douze fenêtres ornées de colonnes étroites correspondent à chacune des arcades et sont séparées par des colonnes qui, unies aux colonnes des pilastres, forment la galerie voûtée régnant entre les enceintes. Le dôme central est écroulé. Les chapiteaux sont couverts de figures géométriques, de symboles hiéroglyphiques, de personnages difformes, de têtes de bélier.

Si l'on se reporte à l'époque révélée par l'architecture du monument et que l'on pense aux moines, rouges ou blancs (chevaliers du Temple et de Malte), seigneurs d'une grande partie du pays, il n'y a plus aucune objection à voir, dans le vieil édifice, une imitation de l'église du Saint Sépulcre. La belle église Sainte-Croix, à Quimperlé, avait été construite sur ce modèle vénéré.

Et môme, en admettant que les moines n'y contribuèrent pas, rien n'empêche de lui donner pour fondateur l'un des chevaliers bretons, com-

1. Nous reproduisons, ici, l'opinion du savant et conscioncieux M. de Blois.

DU MONT SAIMT-MIGIIEL A LORIKNT

pagnons du duc Alaiu Fergent, lors de la première croisade. La famille a pu s'éteindre et l'église, pieux souvenir, tomber dans l'abandon.

La partie centrale du Temple avait été convertie en un cimetière, surélevé de plus de dix mètres. Un if immense le couvrait presque en entier. Si l'on se souvient avec quelle lenteur la croissance de l'if se développe, on pouvait assigner une date extrêmement reculée à l'arbre ami des morts, et le faire, tout au moins, contemporain de l'édifice. Peut-être fut-il planté quand, le toit s'étant écroulé, on songea à faire un cimetière de la seconde enceinte.

Uiapiteaux du temple de Lauleff.

L'if, ainsi que la fontaine voisine de l'église, figurent dans une sombre légende, racontée volontiers par les vieillards.

« Mouillez la margelle, disent-ils, voyez ces sept taches rouges apparaissant plus nettes? Dans des temps anciens, si éloignés que l'if n'était pas môme encore une pauvre petite branche, des hommes cruels parcouraient le pays, achetant des enfants. Un père infâme leur vendit les siens. Le marché fut conclu près de la fontaine et, pendant que l'on couvrait de liens les Riallicureux petits êtres, l'or du marché maudit gisait sur la margelle. Mais, voilà qu'au moment où le père comptait la somme, chaque pièce laissa une empreinte sanglante !... Depuis, nul lavage n'a eu le pouvoir de faire disparaître les taches vengeresses. »

La fontaine et les marques rougeâtres existent toujours; mais l'aibre a

été coupé. On le regrette, bien que probablement il eût gêné la restauration du vieux Temple.

Lanleff, situé dans un paysage sévère, au milieu de bois de chênes, a grand besoin d'améliorer ses routes. En plus d'un endroit, on se croirait revenu au temps des druides, tellement les chemins sont défoncés et enfouis sous les voûtes formées par les branches d'arbres. Le pays gagnerail beaucoup à être, sous ce rapport, promptenient transformé.

Chasse-marée et son embarcation, dessin im-dit d'Ozanne.

Page 1