Voir noire premier volume, page
On appelle foc la voile triangulaire ou latine qui se développe sur un cordage ou sur un étai, entre les mâts de beaupré et de misaine; un grand bâtiment en porte plusieurs*. La position de ces voiles les rend très utiles pour la manœuvre; en effet, placées sur une sorte de levier, on s'en sert pour faire arriver le navire ou pour contre-balancer la force de la voilure de l'arrière.
Les bateaux qui font le service entre la grande terre et l'île de Bréhat, ont de particulier que leur voile de misaine est plus forte que la grande voile. Les passagers sont ainsi moins gênés.... et, probablement, moins gênants pour la manœuvre.
LoQuivi, à l'entrée du Trieux, est une petite anse sablonneuse, dominée par des collines, et défendue par des roches. Ses pêcheurs sont extrêmement industrieux : on les rencontre à plus de dix lieues à la ronde. Leurs bateaux, excellents pour la grosse mer, ont une longueur de cinq mètres, sur une largeur de deux mètres vingt, avec des mâts plus longs que l'embarcation; ils se présentent donc comme très courts et très larges. Leur avant est taillé en coin, leur mâture est celle des flambarts : très forte, avec un foc.
On construit, à Loquivi, des bateaux d'assez fortes dimensions, ce qui n'empêche nullement d'établir les chantiers à une respectable distance de la mer.
Une petite anecdote caractéristique nous édifiera à ce sujet.
On voulait lancer un beau bateau ponté (jaugeant une trentaine de tonneaux), construit dans la cour du charpentier du bourg, à qualre cents mètres du rivage.
Bravement, il fut monté sur deux chantiers à roulettes, et tout le bourg s'y attela : les plus anciens pêcheurs présidaient à l'opération!... Le chemin était loin d'offrir une surface unie. A chaque instant, l'une des roues tombait dans une ornière, et il fallait agir avec des mâts, disposés en leviers, pour l'en retirer. Peut-être le transport du poids d'une trentaine de tonneaux, par cette route défoncée, eût-il embarrassé plus d'un ingénieur ordinaire; mais les rudes pêcheurs, habitués aux pénibles manœuvres, ne se montrèrent nullement déconcertés et le bateau fut heureusement lancé!!
Vis-à-vis le bourg se trouvent I'Ile-a-Bois et I'Anse de Pomelin. Le sable de cette région est réputé le meilleur de tous pour l'amendement des terres, aussi des bateaux y viennent-ils par centaines en draguer.
{. Voir iioiic incliner voliniic, chapitre xviii.
DU MONT SAINT-MICHEL A LORIENT 23t)
Ce sont des cotres ou embarcations à un mât, jaugeant environ vingt tonneaux. L'équipage tire le sable, sur des fonds d'une dizaine de mètres, au moyen de dragues lixées au bout d'une longue perche actionnée par un treuil. Pendant l'opération, quatre ancres mouillent^ solidement le bateau.
Quatre hommes et un mousse composent l'équipage. Ils vont porter le sable jusqu'à Pontrieux. En profitant de la marée, ils font un voyage par jour; mais, trop souvent, il devient nécessaire de manier les avirons toute une nuit, cela pour un chargement valant de vingt à trente francs! Nul métier n'est plus pénible, ne vieillit plus rapidement ceux qui l'exercent.
Les pêcheurs de goémon, ou varech, emploient de grosses chaloupes, du port d'une dizaine de tonneaux, voilées d'une misaine immense. Elles marchent bien et virent avec facilité, qualité précieuse, puisqu'il leur faut s'engager dans les défilés rocheux où, à tout instant, un choc funeste est à craindre.
Les bateaux goémonniers portent leur récolte, soit aux usines qui s'occupent de transformer en soude ces plantes marines, soit simplement à quai, dans différents ports, d'où on les expédie ensuite dans l'intérieur du pays. Les environs de Brest possèdent une ou deux usines; mais, dans les Côles-du-Nord, on vend surtout le goémon comme engrais.
Les anciens bateaux de Lannion sont assez grossièrement construits, longs et se rapprochant par leur forme des canots des navires de guerre, aussi remontent-ils facilement les rivières à l'aviron. La voile de misaine est plus développée que la grande voile. Ils peuvent jauger dix tonneaux et parcourent incessamment les fonds voisins, bien fournis en poisson.
Les bateaux dits homardiers, parce qu'ils se livrent à peu près exclusivement à la pêche des homards, sont de beaux cotres de cinquante à soixante tonneaux, fort bien taillés, très bien voilés et d'un gréement solide. L'équipage ne comporte pas moins de six hommes, robustes, alertes, connaissant le moindre 6oMf déroche. Généralement, ils sontdePortz-Hevenn, prèsPaimpol. Les écueils sont leur élément, puisque les homards, les langoustes et les crabes dits tourteaux^ dormeurs, point-clos prospèrent seulement sur les fonds pierreux, où ils trouvent des retraites et une nourriture assurées.
Par la nature même des chenaux qu'ils sillonnent, les bateaux homardiers doivent être bien pourvus d'ancres, de cordages de toute sorte. Très bien tenus, on n'y lésine jamais sur quelques bouts de grelin, car la vitesse est chose capitale pour eux. En effet, un vivier occupe à peu près le