C'est-à-dire qui ne laissent pas pénétrer l'eau
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Los marins, tivs l)t'aii\ lioinnics, forts, éiuM-gitiiies, vêtus d'iui gros tricot et do riiiôvilablo sHi'nit\ livrent Unir pèche aux ctMres homardicrs, qui }Kiveul 1 tV. 50 cliaciue pièce. Plusieurs patrons de banjue ont des conventions passées avec des marchands. Dans ce cas, douze francs par semaine sont alloués à chaque homme, })lus vingt-cinq centimes par pièce. Quelques pécheurs entreprenants préfèrent expédier leur marchandise euxmêmes. En général, cela est considéré comme une spéculation désavantageuse; quant aux hommes liés par une convention, ils semblent satisfaits des prix obtenus.
I.e dessin représentant des casiers à homards fait suffisamment com- |)rendre l'ingéniositt'! de ce moyen. L'appât est placé au milieu du casier. L'animai, attiré, entre sans difiiculté; mais ses pattes, ses antennes, les
Lanot quittant une barque de pêche ; dessin inédit d'Ozinne.
nageoires de sa queue s'embarrassent aussitôt dans les rayons d'osier: il ne peut plus bouger et, avec un peu de précaution, on s'en empare. Tous les pêcheurs sont munis de petites chevilles qu'ils introduisent, avec dexlérité, au défaut de l'articulation des grosses pinces; cela fait, les captifs n'ont plus que la ressource de frapper de violents coups de queue, inoffensifs pour leurs rudes vainqueurs.
Les pluies fréquentes, des tempêtes soudaines, une lutte constante au milieu des courants et des écueils, cause de milliers de naufrages, et, joint à cela un salaire des plus humbles : voilà l'existence des hommes
1. Sorie de paletot en gros drap, usité parles pêcheurs qui le revêtent par dessus leurs vêtements déjà très lourds.
parmi lesquels se recrute la majorité de notre marine militaire.... Duguay-Trouin avait-il tort de dire :
« Le matelot breton n'a pas d'égal. »
Château-Renaud, l'illustre maréchal de France, vice-amiral du Levant, sous Louis XIV, écrivait :
« Les longues, les rudes croisières de l'Océan, en hiver, ne eont faciles qu'avec les matelots bretons. Ils s'animent, à mesure que le danger s'accroît, et se montrent toujours plus grands, plus résolus, plus opiniâtres que l'ennemi qu'ils ont à combattre. »
Nous ne nous lasserons pas de répéter ce que nous avons dit dans notre premier volume :
Protégeons nos pêcheurs; tout ce que nous ferons pour eux sei'a fait pour notre marine, cette force vive de la France.
Appareillage de barque; dessin inédit d'Ozanno.
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CIIAIMTUE XVIÏ
TUÉGIIER ET SA UlVltRE. — LA UOCIIE-DEnillEN. — LE rOllT-DLANC LES SEI'T-ILES. — LES TRLAGOZ
La rivière du Jaudy et celle du Guindy se rencontrent, un peu en avant de la presqu'île autrefois nommée Tkécor, et, désormais unies, coulent dans un lit élargi, creusé par la marée. Des travaux relativement peu importants feraient de ce point un très bon mouillage, accessible aux plus grands bâtiments qui, déjà, y pourraient accéder à mer haute, en prenant quelques précautions, et trouveraient, en maints endroits, le fond nécessaire à un flottage constant.
Trécor est devenu Tréguier, en français. Les Bretons l'appellent Landré(juer ou Lantréguicr {ville prise sur le sable? ou ville des trois r inères), celle dernière étymologie est la plus probable. Le Jaudy, le Guindy et la rivière de Pouldouran, appelée aussi de Saint-Nicolas s'y réunissent.
Bâtie sur une colline en pente douce, dominée par son immense cathédrale et cachant à demi ses maisons parmi les arbres, la ville, vue do sa rivière, paraît extrêmement jolie et beaucoup plus grande qu'elle ne Test en réalité.
Après l'aspect déchiré des côtes, ce paysage souriant charme et repose.
Tréguier est bien entretenu, mais peu animé. Les constructions, en granit, prennent, avec le temps, une couleur noire, presque triste. Les lardins, très nombreux, sont vastes et beaux, particulièrement celui de l'ancien évêché, maintenant le séminaire.
Beaucoup de communautés possèdent de véritables parcs. Ces couvents, aux portes et aux fenêtres grillées ornées de statues et d'inscriptions, donnent, à certains quartiers, la physionomie d'une ville espagnole.
:^îS LE LITTORAL DE LA FRANGE
L'aisance est générale, entretenue par beaucoup d'anciennes fiimiiles. On vit ici tout doucement, sans s'inquiéter beaucoup du reste de l'univers. La chasse, la pêche pour les hommes; quelques promenades et un cercle déterminé de visites pour les dames : c'est tout. Néanmoins, le calme, ou plutôt l'apathie, ne va pas jusqu'à partager le temps entre la table des repas et celle du jeu de dominos, avec entr'acte admiratif devant le « drap mortuaire « de la paroisse, comme l'a raconté Louis Veuillot.
Du reste, le célèbre écrivain, en rééditant une anecdote qui avait souvent servi pour plusieurs autres petites villes bretonnes, rendait hommage à Tréguier, en l'appelant « aimable pays ».
Le commerce, assez faible, consiste surtout en blés. Les environs, riches et bien cultivés, produisent beaucoup de céréales. Le pays est coupé en une multitude de champs séparés par des fossés aux talus couverts d'ajoncs. Les grandes fermes sont rares; les petites, extrêmement nombreuses. Les chemins, courant entre deux talus et laissant les arbres se rejoindre, y gagnent une certaine humidité.
Les campagnes emploient les engrais marins sur une large échelle, et la plupart des bateaux de Tréguier sont occupés à ce transport.
Très intelligents, les cultivateurs compensent par une sorte d'association les inconvénients de la petite exploitation. Ils s'aident entre eux et se prêtent leurs chevaux, leurs instruments. Les machines à battre ont rendu de grands services à la contrée, car on n'a pas l'habitude de ranger le blé en meules. La machine va de ferme en ferme, les voisins aident à la besogne, et tout marche à merveille.
Le sous-quartier maritime de Tréguier s'étend depuis Lézardrieux jusqu'à la rivière de Morlaix. C'est un des plus populeux qui existent. 11 compte près de sept mille inscrits, pêcheurs pour la majeure partie.
L'histoire de Tréguier n'est pas bien chargée. Le premier fait certain constate que son origine est due au monastère fondé par saint Tugdual', fils de Hoël le Grand, roi de Bretagne (sixième siècle). La légende nous représente ce prince dégoûté du monde et faisant le voyage de Rome dans des conditions miraculeuses. A son retour, il bâtit la chapelle Saint-Michel, à un kilomètre de Tréguier.
Une autre légende voudrait que la tour construite entre la cathédrale et le palais épiscopal fût l'œuvre d'IIasting, roi de mer, qui aurait pillé la ville
\. Le mùmo. vénéré, en Cornonnille?, sous le nom de m'iuI Pabit.
DU MONT SAINT-MICIIEL A LOlVlEiNT
Or, si lo pilhige n'est guère douteux, vu les incursions des Northmen sur nos riva'^cs, la tour est postérieure au neuvième siècle.
La véritable existence de Tréguier, comme ville, date de l'élévation de son pasleur à la dignité épiscopale.
Numénoé créa cet évéché par respect pour la mémoire de saint Tugdual et, aussi, parce que le monastère de Trécor était le célèbre refuge d'un «M-and nombre d'évèques, venus d'Angleterre pendant les incursions des Scots.
Leolliérius, Léolliéricus ou Ilaëlvit, fut le premier prélat dont le pouvoir épiscopal est certain. Noménoé approuva, en 849, son élévation par le concile de Redon. Le dernier fut Mgr Le Mintier, mort à Londres en 1801,
Avec lui, s'éteignit la dignité dont il était revêtu, le Concordat ayant autorisé la suppression de l'évêché.
Comme l'évêque de Saint-Brieuc, l'évêque de Tréguier, héritier légitime des pouvoirs de saint Tugdual, ne reconnaissait d'autre seigneur que le duc de Bretagne, bien que Tréguier fit partie d'une enclave du comté de Guingamp, appartenant au comté de Penthièvre.
En 1546, les Anglais, tenant pour Jean de Montfort, ravagèrent et pillèrent Tréguier. Quarante ans plus tard, Olivier de Clisson faisait construire dans la ville un « château de bois de trois mille pas de diamètre, et qui se démontait ». La machine devait servir à camper en pays ennemi. Le connétable la fit charger sur des barques et partit, accompagné de plusieurs grands seigneurs, pour opérer une descente en Angleterre. Mais une tempête causa le naufrage de la flotte, sur la côte de Zélande.
La Ligue troubla la ville. Guy de Rieux, lieutenant du roi, fut assiéx^c
2o2 LE LU TOT. AL DE LA FRANCE
par les paysans des paroisses voisines; tout se termina pour le mieux, à la gloire des paysans. Les gens de guerre partirent « l'épée au côté et montés, chacun, sur un courtault (cheval) ». Malheureusement, trois ans plus tard, le 17 septembre 1592, une flotte espagnole brûlait la ville.
Tréguier était l'une des quarante-deux cités bretonnes députant aux Etats, qui s'y assemblèrent en 1607.
Riche et llorissanle avant la Ligue, la ville s'était vu enlever son tribunal royal par Henri IV, sous prétexte qu'elle n'offrait pas assez de sécurité. Le coup fut rude; néanmoins, elle s'en releva et, lors de la Révolution, elle était, de nouveau, riche et florissante. Mais la suppression de son évèché devait l'abattre profondément.
Elle resta isolée, ne pouvant compter que sur ses propres ressources; car Lannion, qui déjà avait hérité du tribunal, est en possession d'une sous-préfecture, et absorbe ainsi tout le mouvement administratif de cette partie de la contrée.
Il ne reste lien de la vieille cathédrale, pas même la célèbre tour de Hasting, évidemment bâtie au douzième siècle. Un ancien titre apprend que l'église tombait en ruines, au moment où saint Yves entreprit de la réparer, liéparalion inutile. En 1559, la première pierre d'un monument nouveau était posée et l'on remplaçait le vocable primitif de Saint-André par celui de Saint-Tugdual.
Classée avec justice sous la protection de la Commission des monuments historiques, la cathédrale a la forme d'une croix latine, de soixante-quinze mètres de longueur sur dix-huit de largeur; elle a été restaurée avec soin.
Trois tours la dominent : celle dite de Hasting, située à l'extrémité du transept Nord; celle appelée du Sanclus, au point d'intersection de la nef et du chœur; enfin, la tour qui termine le transept Sud. Cette dernière a reçu une flèche en pierre, plus haute que sa base même, laquelle est très délicatement sculptée et percée d'un portail surmonté d'une grande fenêtre à meneaux flamboyants. Des contre-forts ornés de consoles et de dais accostent l'immense ouverture; l'élévation totale du clocher est de soixante-cinq mètres.
L'extérieur de l'édifice se présente majestueusement; l'intérieur est assez nu, sauf la frise de la galerie sculptée courant au-dessus des arcades et deux ou trois vitraux; mais le chœur a conservé de fort belles stalles en chêne, œuvre admirablement fouillée, de Girard Dru et de ïugdual Kergus, « menuisiers (!) en la cité de Lantréguier » (1512). Les sujets qu'elles représentent sont empruntés à la vie de saint Tugdual et de saint Yves.
I>U MONT SAINT. MICIIKL A Kwl'JKNT 2;j3
I.a '^rnnde « cliapcîle du duc v< ociMipe la longueur des trois travées entières de la nef (côte Nord); Jean V la lit construire pour se délier d'un
Yiru.
Le duc, traîtreusement attiré dans un iiiège, à Chantoccanx, par Marguerite de Clisson, comtesse de i^Milhièvre, s'était vu en danger de mort. II promit d'offrir à saint Yves « son pesant d'argent », tout de suite après sa délivrance. La promesse fut tenue. Trois cent (juatre-vingts marcs et sept
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Rue ei cluiire à Trésiuier
onces\ d'argent, délivrés par ses
ircsoiiers, servirent à élever, en
l'honneur du bon saint, la belle
chapelle où le duc, par testament,
ordonnait qu'on l'enterrât. Cette
dernière clause faillit ne pas être
exécutée. On inhuma le duc à
Nantes, aux côtés de son père.
L'évêque de Tréguier réclama; un long procès s'ensuivit; enfin, au bout
de neuf années, les restes de Jean V purent être transférés près du
tombeau du saint qu'il avait tout particulièrement révéré.
Saint Yves, dont le nom revient si fréquemment sous la plume ou sur les lèvres, quand on feuillette l'histoire de la petite ville bretonne, saint Yves est la plus touchante, la plus populaire des ligures dont Tréguier ail gardé souvenir.
Le château de Kermartin, dans la paroisse du Miniijy% prcciie Tié-
i. 94 kilogrammes et demi.