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Nous avons expliqué ce mot h l'article Sdiut-Sîjlo

2;>4 LE LITTORAL DE LA Fr.ANCE

guier, fut le lieu de naissance de celui qui devait porter le glorieux surnom de saint Yces-de-Vérité! Ses parents se nommaient Ilélouri ou Ilélory, seigneur de Kermartin et dame Azo de Rerenguis, de la maison du Plessis, dans la paroisse de Pommerit-Jaudy.

Né le 17 octobre 1253, Yves mourut au château paternel, le 19 mai 1503. On l'inhuma dans la cathédrale de Tréguier, et le pape Benoît XllI le canonisait en 1547.

Sa vie abonde en traits merveilleusement touchants de charité et de désintéressement.

Brillant élève des écoles de droit de Paris, ayant approfondi tout le cercle des connaissances de l'époque, il embrasse la vie ecclésiastique et met sa science au service des pauvres. Aucun travail, aucune dépense ne l'arrêtent quand il s'agit de faire triompher le bon droit. On connaît son plaidoyer pour la veuve de Tours. (Ne serait-ce pas de là qu'est venu le beau titre, jadis donné sérieusement aux avocats : Défenseur de la veuve et de l'orphelin?)

Nommé officiai de Tréguier, c'est-à-dire juge ecclésiastique, et charge de rendre, au nom de l'évêque, les sentences contentieuses, tous les opprimés, tous les malheureux eurent en lui un protecteur ardent. Sa charité le poussait à se dépouiller pour vêtir les pauvres, préférant de mauvais habits à la douleur de voir ses semblables souffrir de froid.

Son renom de loyauté fut si universel, si pleinement approuvé, qu'il a traversé les âges. Un plaideur bas-breton, convaincu de son droit, ne manque jamais d'invoquer saint Yves-de-Vérité, qui peut faire triompher h» bonne cause.

Honneur du barreau, saint Yves est devenu le patron des avocats et des procureurs. Cette circonstance eût peut-être dû engager l'auteur de sa « prose » à se montrer plus aimable envers les « hommes de justice ». Il est, en effet, à supposer que l'on passait sous silence, à Paris, le jour de la fête du bon saint, la strophe célèbre :

Sanclus Yvo erat Brilo, Advocatus, sed non latro; Wes miranda populo ! 1

entonnée à pleine voix sous la voûte de la cathédrale de Tréguier, et pendant la procession solennelle, faite le 19 mai de chaque année, à la chapelle du Minihy, en l'honneur du patron populaire.

J/église du Minihy possède une copie du testament de saint Yves, placée

nu MONT SAINT-MICIIEL A LORIKNT

sur un tableau, et une pin-iic de son bréviaire, superbe manuscrit sur vélin. La cathédrale s'honore de posséder ses reliques et celle de saint

Tugdual.

Le château de Kermartin passa, par mariage, daris la famille de Lafavelle. Le général le vendit à Mgr de Quélen, archevêque de Paris, qui lit' placer au-dessus du portail une table de marbre, rappelant les noms et la date de naissance de saint Yves. La construction ancienne a fait place A un manoir moderne, mais on prélend toujours y conserver le propre lit

Clir.rles de Blois.

en chêne du saint, et, de génération en génération, le doyen de la ramillc a, seul, le droit d'en user.

Le culte de saint Yves n'est pas prêt de s'éteindre au cœur des Trégorrois; mais, à la louange de ces dignes gens, il faut reléguer dans le domaine des fables tout ce que l'on a dit d'une dévotion à Noire-Dame de la Haine!! Jamais ils n'ont eu l'abominable idée d'associer le doux nom de Notre-Dame à des calculs de meurtre et de vengeance. Ils prient saint Yves de faire triompher le bon droit; souvent, ils ont assigné devant son tombeau des témoins ou des débiteurs parjures, persuadés qu'ils étaient que le mensonge no pourrait être soutenu devant le « patron de toute vérité »; mais, là, se bornent leurs invocations.

Tréguier a eu le bonheur de conserver son cloître, attenant à la tour d'ilas-

ting. il date du quatorzième siècle et l'élégance de son quadrilatère est très remarquable. Les minces colonnettes supportant les arcades sont disposées par paire. De beaux contreforts pyramidaux, s'élevant symétriquement dans le préau, se relient par un petit arc-boutant à l'arcature principale. Une restauration soigneuse a préservé de la ruine ce gracieux monument.

Tout bon Breton qui visite Tréguier ne peut se dispenser de remonter le Jaudy, sur une longueur de six kilomètres, pour aller passer une lieure au moins à La Rociie-Deurien, petite ville jadis célèbre et théâtre d'événements ayant exercé une si grande influence sur la Bretagne.

Nous nous bornerons, cependant, à mentionner : la date de la fondation de son château : 1070; le nom de son fondateur : Errien ou Derrien, fils d'Eudon ou d'Henri, premier comte de Penthièvre, et le siège soutenu contre Charles de Blois qui, mal inspiré, ne voulut pas écouter les propositions des habitaiils, réduits au désespoir. Une armée vint au secours de la Roche; Charles, battu et lait prisonnier, fut envoyé en Angleterre où il passa une année.

Bertrand Du Guesclin fut fait seigneur de la Roche-Derrien, après la )evée du siège de Rennes,

11 n'y a pas encore longtemps, existait à La Roche (il existe peut-être toujours) une coutume née, sans nul doute, d'un vieil usage féodal.

« Le lundi de la Pentecôte, dit Ogée, quatre hommes précédés d'un bouffon et d'un cortège armé, portent, tambour battant, un veau tout écorché au village de la Villeneuve, situé à environ cinq cents mètres de la Roche. Le bouffon prononce un discours de sa façon, puis on dépèce l'animal, et on le répartit entre plusieurs familles des environs, appelées à

celle distribution.

« Le samedi après la Fête-Dieu, veille d'une des fêtes de la Roche, les mêmes hommes qui ont porté le veau à la Villeneuve dressent sur la place de leur ville une table qu'ils chargent de dessert et de vins; puis ils prennent les armes et vont à la rencontre des jeunes lilles du village qui apportent un énorme pot de lait surmonté d'une couronne de fleurs. Le cortège les conduit à la table; elles partagent le lait entre les jeunes gens et ceux-ci, après leur avoir fait les honneurs de la collation, les reconduisent triomphalement à la Villeneuve. »

La Roche-Derrien garde l'aspect d'une ville; mais, comme cité, elle ne semble pas prête à recouvrer quelque importance. Le Jaudy la met en communication avec la mer et de grosses barques la visitent ainsi; néanmoins, le commerce y est à peu près nul.

L'église, du douzième siècle, conserve un très beau retable de l'époque de la Renaissance et sa jolie flèche s'aperçoit de loin.

Nous traversons de nouveau Tréguier, pour goûter les excellentes petites huîlres fournies par le banc de sa rivière. Nous nous promenons quelques instants devant ce beau havre profond, si bien abrité et capable de contenir une flotte; puis, nous allons prendre la passerelle Saint-François, joli petit pont suspendu, jeté sur le Guindy, et remplaçant un bac des plus incommodes. Nous nous trouvons sur le territoire de Plouguiel, riche et fertile commune

Passerelle Saint-François, à Tréguier

dont les eaux alimentent Tréguier. L'aqueduc qui les porte fut construit en 1625; il a deux kilomètres de longueur et passe sous le golfe baignant la ville. Les États de Bretagne accordèrent des subsides (1762), pour le réparer.

La rive du cours d'eau opposée à Tréguier est un peu plus escarpée et moins cultivée que l'autre. Dans les échancrures, on a établi des moulins mus par la marée. Quelques-uns sont vastes et leur étang est divisé en plusieurs bassins disposés de façon à permettre un constant jeu des meules. Un peu au-dessus de Tréguier, un second pont suspendu, assez long, réuni »• 33

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Plouguicl à la presqu'île de Lézardrieux, supprimant ainsi le vieux bac de la Roche-Jaune.

La famille Bizien de Kérousy a fourni, sous le duc François II, un lieutenant général de l'amirauté de Bretagne. La famille de Kéralio compte un héros en la personne de Guillaume de Kéralio, tué au siège de Rhodes (1423).

L'église est un assez joli édifice, où le style gothique se marie au style

Église de Plouguicl.

roman. Le portail, la porte intérieure du vestibule et l'aufel du Rosaire sont remarquables.

Un tombeau en pierre, surmonté d'une statue de chevalier assez bien conservée, se voit du côté de l'évangile. Un cloclier pyramidal termine admirablement l'édifice, que l'on voit de loin, par suite de sa position sur une hauteur.

De tous côtés, dans ce pays, arrosé par une foule de petits cours d'eau et offrant des rivages si découpés, les presqu'îles se multiplient.

Le cùlé de l'eniboiichure du Tréguicr ou est une preuve nouvelle. Ploigrescant occupe celle pointe fertile. On vient de loin saluer, à un kilomètre environ du bourg, dans une charmante petite chapelle toute couverte de peintures murales, les reliques de saint Gonnerij^ mort au sixième siècle.

Le jour du pardon, une cérémonie très ancienne rappelle le fameux pardon des coqs^ de Coadout, près Guingamp. Le clocher de la chapelle, élevé

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Aspect de la cote, vue du large.

d'environ 25 mètres, est garni de crampons qui permettent d'accéder jusqu'au coq terminant la flèche. C'est, parmi les jeunes gens, une lutte amicale pour obtenir la gloire, d'aller attacher une touffe de rubans à la queue du coq. Une tasse de vin récompense le vainqueur.

A Coadout, la victoire est plus difficile à remporter. Il faut poser un coq vivant sur le coq de fer, et, bien entendu, cela ne peut s'obtenir sans protestations du pauvre volatile en chair et en os, qui ne tarde guère à retomber pesamment sur le sol. où il est disputé avec ardeur par tous les assistants.

y /^i^u^ie.

Vha^c

Aspect des Sept lies vues du largf».

Plusieurs îles : Evince, Loaven, Er, bordent la côte. Au nord-ouest, un peu au large, se trouvent les ^e\)t Iles et le plateau des Triagoz, — dépendant de Perros-Guirec. Mais une promenade en mer ne peut, par un beau temps, qu'être agréable : rendons-nous-y donc dès maintenant.

C'est en 1720 que l'on a songé à fortifier les Sept Iles, terme arbitraire, car ce plateau, de quatre kilomètres de long, en contient davantage, simples écueils, il est vrai. On ne leur a pas assigné de noms à toutes. Les princi-

pales s'appellent Vîle Plate, du Cerf, Rouzic, Melban, Bonneau, la Pierre-à" IViseau et rile-aux-Moines. Cette dernière, la plus grande, parut propre à recevoir un fort; en outre, on y établit des batteries; l'une d'elles, Guélern ou Quélern, défend l'unique place, très peu sûre, où des navires d'un assez fort tonnage pourraient, cependant, mouiller.

L'Ile, montueuse, porte, à son sommet, la tour carrée d'un phare de troisième ordre, fixe et à éclats. Son feu complète la ligne lumineuse existant entre l'île de Batz et les Héaux. Une petite garnison, tirée de Saint-Brieuc, occupe les lortifications, sous les ordres d'un sergent. On la relève tous les mois.

Les soldais trompent leur ennui en cultivant des légumes et en chas-

Phare de Triagoz.

sant les lapins qui pullulent sur les îlots inhabités. Heureux quand il ne s'élève pas quelque contestation entre eux et les gardiens du phare.

Les Sept Iles ne sont fréquentées que par des pêcheurs qui viennent déposer leurs casiers au milieu des brisants et y séjournent le moins qu'ils peuvent.

L'absence de port, ou même de mouillage passable, diminue beaucoup l'importance de ce plateau. C'est peut-être heureux, car, autrement, il faudrait y exécuter beaucoup de travaux, afin de l'empêcher de devenir, entre des mains ennemies, un obstacle au cabotage entre Brest et Saint-Malo.

Parfois, des bateaux pêcheurs sont forcés d'y chercher un refuge. Aussitôt, les soldats et les gardiens du phare réunissent leurs efforts pour les

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tirer à sec sur une petite grève de galets; sans cela, ils ne tarderaient pas à être mis en pièces.

Le phare des Trîagoz est placé entre les Sept Iles et l'Ile de Batz (cette dernière située en face Roscoff), sur la roche principale d'un grand plateau d'écueils très dangereux. Sa construction date d'une vingtaine d'années. La roche qui lui sert de base reste toujours beaucoup au-dessus des hautes mers. Très escarpé, il est plat au sommet. De loin, on croirait voir un donjon féodal, planant sur la crête des flots. Sa tour carrée, peu élevée, contient un appareil dioptrique avec feu fixe à éclats, alternativement rouges et blancs. Ces éclats, pendant la nuit noire, ont quelque chose de féerique. La configuration du plateau a permis d'établir une terrasse ou promenoir pour les gardiens, qui n'en sont pas réduits, comme ceux des Héaux, à une gymnastique difficile pour gagner leur refuge, bien que, cependant, l'atterrissage à mer basse soit très peu commode.

Il faut avoir la vocation de la solitude pour briguer une place dans des phares situés ainsi. Mais, à quoi ne peut conduire la fascination indéniable, exercée par la mer sur des hommes familiarisés avec elle depuis leur plus petite enfance....

La frégate la Félicilé revenant de Camaret, le 23 tliennidor an XIII; dessin inédit d'Ozanne.

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