Voir notre premier volume, chapitre xvin
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Les chasse-marées peuvent jauger cent tonneaux. Ceux de petites dimensions ont parfois le milieu du pont ouvert. En général, le mât de misaine est moins incliné que le grand mât ' et il porle une voile de peu de surface, tandis que la grande voile est très ample; mais, comme cette dernière pourrait devenir embarrassante, sinon nuisible, pendant un trop mauvais temps, on la remplace alors par un taille-vent^ sorte de voile tenant, par l'envergure, le milieu entre la grande voile et la misaine. Ce système de voilure est généralement employé par toutes les embarcations des ports de l'Océan. 11 a été, de même, adopté par beaucoup de bâtiments naviguant ailleurs, surtout dans la Manche.
C'est vraiment une chose curieuse que de voir de grands chassemarées, manœuvres par un équipage des plus restreints, accomplir des voyages relativement très longs. 11 nous souvient d'avoir assisté, à l.orient, à l'arrivée d'un navire de ce modèle, conduit par un seul mousse.
Une tempête s'était élevée, des paquets de mer avaient emporté le capitaine et les deux matelots. Le pauvre mousse, d'abord découragé, se confia à son énergie; il survivait, heureux de pouvoir ramener le bâtiment. Pour toute aide dans sa détresse, il avait eu le chien du capitaine!!
« Laissez faire l disait le jeune garçon à ceux qui le félicitaient, la brave bête tenait ferme, avec ses crocs, le grelin que je lui confiais! »
Nous regrettons de ne pas savoir si le courageux enfant fut généreusement récompensé par les armateurs.
Ainsi que la plupart des rivières bretonnes tombant directement dans la mer, le Léguer reçoit la visite annuelle des saumons; mais son cours n'étant obstrué par aucune écluse, ces poissons y remontent en foule; sans doute aussi, le fond leur est-il exceptionnellement favorable. Néanmoins, celle ressource tend à diminuer beaucoup. A force de détruire ces bandes animées, on détruit, en même temps, les saumonneaux futurs. 11 est loin le temps où, en certains lieux de Bretagne, comme en plusieurs localités écossaises, les serviteurs stipulaient expressément, dans leur contrat de louage, qu'ils ne seraient pas tenus à manger de saumon « plus de trois fois par semaine » !
Ces pêches miraculeuses se produisent rarement et, fussent-elles plus fréquentes, le gouffre affamé parisien empêcherait que la satiété rebulàl le palais délicat des Lisettes et des Frontins bretons.
i . Voir notre premier volume, chapitre xvm.
Lannion ne possède pas de monuments remarquables. L'ancien Auditoire s'élève sur la place du Marché. Son campanile contient le beffroi et il porte les armes de la ville : un agneau tenant une croix, avec la devise Laus Deo.
Le pont en dos d'âne et à éperons qui ouvre la route de Plouaret, près d'un moulin, est peut-être ce que la cité offre de plus pittoresque.
Fondée au douzième siècle et, selon toutes probabilités, autour du prieuré de Kermaria, dépendant de l'abbaye de Saint-Jacut, elle garde de ce monastère une porte en plein cintre, située sur la rive gauche du Léguer.
L'église paroissiale Saint-Jean de Baly (ou de la promenade, parce qu'elle longeait autrefois une muraille servant de promenoir aux habitants), est un édifice sans caractère.
On ne parlerait pas de la chapelle Sainte-Anne, si une tradition n'en faisait remonter l'origine à Jean de Lannion, seigneur des Aubrays (dixseptième siècle), le héros môme de la ballade intitulée Lez-Breiz.
M. de la Villemarqué, l'érudit et patient annotateur des Chants populaires de la Bretagne, assigne à la tradition une date beaucoup plus ancienne. Elle aurait pour héros, Morvan, vicomte de Léon, tué pendant les guerres soutenues contre Louis le Débonnaire. Le merveilleux s'y mêle à l'histoire. Plus tard, la valeur du vicomte de Lannion rajeunit le souvenir de Morvan et, le nom des Aubrays aidant, les deux guerriers n'en firent plus qu'un pour le peuple. La ballade est connue du pays de Goëllo tout entier; on l'y chante encore, et une traduction, rimée par Brizeux, a obtenu un tel succès qu'on la répète de préférence à l'original. Le vers de dix pieds, adopté par le poète, correspond au rythme breton.
Mais, le passé ne consiste point surtout en légendes. Bien des traits strictement historiques forcent autant l'admiration, et Lannion en offre un exemple.
Construite, nous venons de le dire, autour du Prieuré de Kermaria, la ville, d'abord domaine de la maison de Penthièvre, en fut distraite en H99.
Elle avait, en 1282, un seigneur, Guyomar, de la famille d'Avaugour, qui céda au duc Jean le Roux un droit de havage de cinquante livres. Cette circonstance prouverait que, dès le treizième siècle, le port de Lannion était très fréquenté. Ses seigneurs ou, ainsi qu'il a été dit, la première des familles qui l'habitaient, avaient le titre de comtes et tenaient rang parmi la meilleure noblesse de Bretagne. Briand II, de Lannion, fut le compagnon de Du Guesclin.
Un château protégeait la place, dont la réputation de force était si
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grande, que le général anglais Norlhanipton n'osa pas en tenter le siège (1545). In autre chef insulaire, Uicharil Toussaint, obtint par la ruse ce qu'il n'avait pu enlever par les armes. En 1540, deux soldats de la garnison, séduits par une grosse somme, ouvrirent la porte confiée à leur garde. Les Anglais entrèrent dans la ville un dimanche, au point du jour, la pillèrent et passèrent presque tous les habitants au fil de l'épée.
Geoffroy de Pont-Blanc, un vaillant chevalier, était encore au lit. Surpris d'entendre des cris de désespoir et des hurlements de triomphe, il se lève, saisit une lance, une épée et descend dans la rue, où il commence à frapper d'estoc, de taille....
Un chroniqueur raconte comment « sa lance se rompit; adonc prinl son espée et commença à férir à dextre et à sénestre, tellement que, par sa vertu et la force de son bras, il les recula tous.... et quand les dits Anglais le veuldrent environner, il apposa son dos contre la paroi d'une maison, tournant le visaige vers eulx, où il se desfendit si fermement que tous ceulx qu'il atteignoit versoient à terre. »
Malheureusement, un trait l'atteignit au genou, il tomba. Les Anglais, se ruant aussitôt sur lui, lui arrachèrent les dents et les yeux ! !
Plusieurs autres chevaliers illustres périrent avec lui. Toussaint, cependant, eut honte de cette action si féroce, si lâche. Il fit rendre les honneurs funèbres au noble mort et, quoique blessé, se mit à la tête du convoi funèbre.
Mais c'était beaucoup de courtoisie! Les ennemis se rattrapèrent en obligeant des prisonniers, tels que le sénéchal de Bretagne, Rolland Phélippes, des femmes et des enfants à marcher pieds nus, chargés des dépouilles de leurs malheureux compatriotes I! Ils durent aller ainsi jusqu'à la Boche-Derrien!...
Une seule prisonnière, la mère de Geoffroy de Pont-Blanc, échappa à cet indigne traitement. Le souvenir de son glorieux fils la préserva.
Une croix scellée dans la façade de l'une des maisons de la rue de Tréguier, atteste la reconnaissance de Lannion pour son infortuné défenseur. Elle fut élevée lors du retour dans la ville des rares habitants échappés au massacre.
Six ans s'écoulèrent, le combat des Trente eut lieu et, parmi les tenants bretons, Guyon de Pont-Blanc combattait, digne fils du héros de Lannion. '
Peu après, le château, démantelé, tombait absolument en ruines. Une charte de la reine Anne confirme celle destruction.
2'oô LE LITTORAL DE LA FRANCE
Le duc François II lint à Lannion, en 1481, la montre générale ou revue « des nobles, anoblis et tenant fiefs nobles et sujets aux armes de l'évcché de Tréguier ». Le nombre de ces personnages monta à mille trois cent dix-sept, sans compter, bien entendu, les gens de leur suite, plus ou moins importante et « selon leur puissance ».
Le procès-verbal de la montre a été conservé. Beaucoup de détails en sont très curieux. Par exemple, la récapitulation des armes faisant mention de couievrines à mcJn et d'une escopette. Plus tard, cette dernière arme se modifiera et deviendra Varquebuse.
Trois lieutenants généraux des armées royales furent comtes de Lannion. Le dernier d'entre eux gouverna l'île de Minorque et présida la noblesse aux États de Bretagne, tenus à Morlaix en 1772. Une de ses filles épousa le duc de La Bochefoucauld-Liancourt, la seconde, M. de Pons. Mme la marquise de Tourzel était fille du vicomte et de la vicomtesse de Pons.
Un comte de Lannion, Pierre, maréchal de camp, lieutenant général des armées françaises, se rendit célèbre par sa fermeté à éteindre le culte idolâtre rendu à la fameuse statue, dite Vénus armoricaine, qui s'élevait dans la lande de Caslennec, sur la rive droite du Blavet, à peu de distance de Ponlivy. Il la fit transporter dans son cliàteau de Quinipily, près Baud, et en orna le piédestal d'inscriptions latines qui exercèrent longtemps la science des archéologues.
La première pierre des quais de Lannion fut posée, en 1762, par le duc d'Aiguillon, peut-être en reconnaissance du bien que lui avait fait l'eau d'une fontaine minérale, située sur le bord de la rivière. Duguay-Trouin avait, lui aussi, paraît-il, éprouvé l'efficacité de cette source.
La plus suivie des foires de la ville est celle de Saint-Michel, qui dure trois jours. Nous souhaitons qu'on y représente encore les vieilles tragédies bretonnes, tant aimées de nos pères : Les quatre fils Aymon, Sainte Tryphine, l'épouse infortunée du farouche Comorre; Saint Ef/lam, l'époux d'Enora, et bien d'autres compositions naïves, dont le souvenir nous accompagne pendant notre excursion à Brélevenez (Tertre de joie).
On y arrive par un large escalier en granit, construit le long du flanc d'une colline escarpée, au fond d'une fraîche vallée, faubourg de Lannion.
De pauvres chaumières occupent les deux côtés des rampes de l'escalier, mais la verdure des arbres cache ces misères.
L'église, sous le vocable de Notre-Dame des Neiges, est attribuée aux Templiers, sans que, d'ailleurs, rien confirme cette origine. Le style byzan-
DU MOM SAlM-MlCIIt:L A LOHlliNT
lin s'allie, dans la construction, au style roman, et une crypte a été ménagée au milieu tie ses iondations. Certains détails, particulièrement les
Église de Brélovenez ; fauboiir»; de I.aiimoii
dalles funéraires, sont intéressantes. Toutefois, ce que l'on vient chercher de préférence, à Brélevenez, c'est la vue ravissante qui se déroule autour de la colline.
La vallée de Lannion, formant un demi-cercle, laisse suivre le cours du Léguer : d'un côté, au milieu des hauteurs boisées qui l'encaissent; de l'autre, vers la baie, vers la mer où il s'engloutira.
Lorsque nous gravîmes le tertre de joie, une soirée délicieuse succédait à une journée légèrement embrumée. Le soleil couchant rougissait les derniers lambeaux du voile flottant de l'atmosphère redevenue sereine.
Lannion, étageant ses maisons frappées par les reflets enflammés, semblait illuminée comme pour une fête.
Des navires remplissaient le port et les eaux étincelantes fuyaient doucement autour de leur carène noirâtre.
Tout était gracieux, paisible, harmonieux.... En redescendant le rapide escalier, nous nous demandions si ce spectacle n'avait pas valu au tertre verdoyant le nom charmant qu'il a conservé.
Les environs de Lannion sont très riches en vieux châteaux, presque tous remarquables.
CoËTFREc domine, de sa tour à quatre étages, une colline boisée d'arbres de futaie. Cette seigneurie avait été érigée en bannière (1451), pour Guil- "• 3G
laume de Penhoët. Les ruines de la forteresse témoignent qu'elle était très importante. Le bandit sinistre, Eder de la Fontenelle, s'y était retranché
sous la Ligue, pillant, ravageant tout autour de lui. Les habi- \ tants de Tréguier le forcèrent enfin à déguerpir.
La chapelle de Kerfons est une jolie construction du seizième siècle, possédant un jubé, œuvre intéressante de la Renaissance. Keugris n'a pas subi le sort de son voisin, il est très bien restauré. La chapelle de.
RuNFAo est le dernier débris du château du même nom. Ell.'^ a conservé une verrière et des peintures méritant quelque atlention.
On oublie tout cela, cependant, quand, à travers les bois et les vallées, se présente enfin Tonquédec, si justement surnommé « le Pierrefonds de la Bretagne ».
Bâtie sur la pente d'un coteau, la noble demeure a gardé ses énormes tours, ses fortes murailles crénelées commandant, à gauche, le Léguer, encore ruisseau et coulant au fond d'une étroite vallée; à droite, un cours d'eau, trop-plein d'un étang utilisé par plusieurs moulins, autrefois dépendances du chàleau.
Ruincj et cour du château de Tonquédec.