DOËT DE M. SAINT POL, ÉVEQUE ET PATRON DE LÉON
Le tombeau de l'apôtre est entouré d'une foule d'autres dalles dont les caractères, à demi effacés, composent des noms célèbres dans les annales bretonnes.
Plusieurs des évêques de Léon ont été inhumés dans leur église cathédrale. Guillaume de Kersauson a sa sépulture dans la chapelle Saint- Martin, qu'il avait fait construire (1327). La chapelle Saint-André reçut les restes de Guy le Barbu, son fondateur.
Placé derrière le chœur et adossé à l'une de ses travées, un beau sarcophage en marbre blanc, œuvre du sculpteur De la Colonge, soutient la statue, à demi couchée et en grand costume, d'un des prédicateurs de la reine Anne d'Autriche, François de Visdelou, évêque de Saint-Pol (1661- 1671).
La cathédrale se vante aussi de posséder le cercueil de Conan Mériadec, premier roi, plus ou moins authentique, des Bretons. Ce cercueil a longtemps servi de bénitier à l'entrée du portail latéral. Sur ses deux faces, des moulures présentent de gros pilastres courts, soutenant des arcades en plein cintre, accompagnées d'un linteau roman se contournant en damiers, en losanges ou en chevrons.
Une croix ancrée orne la place de la tête; un cep de vigne est sculpté à celle des pieds. Divers autres attributs sont encore très visibles; mais, en admettant, chose problématique, que ce sarcophage ait reçu les restes de Conan, il faut en même temps se résigner à croire que le cercueil primitif fut remplacé, car le travail entier du monument ne doit pas remonter au delà du douzième siècle.
Une autre tombe est fort vénérée. Elle contient le corps d'Amice Picard, pieuse fille ayant vécu et étant morte (1652), dit son historien, « en véritable sainte ».
Des rosaces en granit admirablement sculptées et une verrière de 1560, appellent encore l'attention. Quelques restes de vitraux sont attribués au célèbre peintre sur verre, Alain Cap, de Lesneven (seizième siècle).
L'une des chapelles porte à sa voûte une très curieuse peinture, représentant une figure emblématique de la sainte Trinité.
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Trois faces, réunies par le front, offrent trois nez, trois bouches, troi? mentons, mai sue possèdent que trois yeux, à l'aide desquels il est possible, en les prenant deux à deux, de reconstituer chaque face l'une après l'autre.
Un cartouche entoure cette peinture, jeu bizarre d'un artiste du seizième siècle, de caractères gothiques formant l'exclamation bretonne : Ma Iknte: I c'est-à-dire : Mon Dieu!
On termine la visite à la basilique en allant admirer ses tours, qui seraient plus renommées si elles ne subissaient un écrasant voisinage.
Les deux étages dont elles sont formées s'élèvent sur quatre faces, et les flèches ajourées qui les surmontent sont accostées de quatre clochetons découpés. La llèche de droite remonterait à la fin du treizième siècle.
A la base de sa tour, était pratiquée la porte des Lépreux, la seule dont les cordiers ou caqueux, ou cacoux, pouvaient user, car on les croyait descendants de lépreux juifs.
Le préjugé qui rangeait dans une classe, réputée déshonorée, les cordiers, les blanchisseurs et quelques autres petits industriels, n'est pas encore entièrement éteint en Dasse-Bretagne, où les « réprouvés » continuent à être tenus en suspicion'!
L'extérieur du chevet est superbement ordonnancé. Les chapelles y viennent rayonner, séparées par des arcs-boutants et des contreforts à pinacles. La restauration, désormais complète, aura, nous l'espérons, supprimé les constructions parasites qui le détiguraient....
Les jours de misère sont loin. Le goût et l'art, maintenant maîtres de la situation, ne peuvent manquer de faire recouvrer au vénérable monument la splendeur de ses jours heureux....
Il n'était pas possible que la vue du clocher de Notre-Dame de Kreisker ne tentât l'imagination des légendaires bretons.
Les architectes et les archéologues assignent la dernière moitié du quatorzième siècle comme date de l'érection de l'église et de sa tour; mais, interrogez les vieillards. Ils vous raconteront que saint Pol força le diable a travailler à la gloire de Dieu, en élevant la flèche merveilleuse. La légende est longue et toute remplie de preuves convaincantes!
Un autre récit nous apprendra l'origine du mot Kreisker.
Même au temps où florissait le grand saint Pol, « des mauvais cœurs,
1 . Cette superstition n'était pas propre à la Bretagne, on la retrouve dans tout le sud-ouest de la France.
reniant leur baptômc » oubliaient les enseignements reçus. Une jeune fille, habitant un faubourg de la ville, se distinguait par son impiété, ne craignant pas d'accomplir ostensiblement des œuvres serviles le jour du dimanche et des fêtes chômées.
Les remontrances de saint Kirec, archidiacre de la cathédrale, n'y faisaient rien, lorsque tout à coup, un matin de fête, elle se sentit, au moment de prendre sa quenouille, frappée de paralysie.
Pénétrée d'un repentir sincère, elle fit appeler l'archidiacre à son secours. Saint Kirec obtint sa guérison et, reconnaissante, cette miraculée offrit sa maison pour qu'on y érigeât une chapelle, nommée, depuis : Kreisker^ car elle occupait le centre du village. On peut, en passant, remarquer que ce mot signifie également « milieu de la maison, » ker étant souvent pris dans les deux acceptions : ville et demeure'.
Albert de Morlaix fixe la construction de l'église entre les années 1345 et 1399. Une opinion assez accréditée en attribue l'honneur à un architecte anglais, appelé en Bretagne par Marie d'Angleterre, première temme du duc Jean IV (1562). Nous ne saurions, sans preuves, nous inscrire en faux contre cette opinion ; mais nous ne voyons rien non plus qui puisse forcer personne à l'admettre. La corporation des « maîtres maçons, » d-es « Lamballais » de l'époque, ayant produit assez de chefsd'œuvre pour qu'on la croie volontiers capable d'avoir conçu le « clocher à jour. »
Les partisans de l'architecte insulaire trouvent un appui dans la circonstance que plusieurs meneaux de l'intérieur de l'église rappellent le style perpendiculaire anglais. C'est savoir se contenter de bien peu.
Le gothique fut le style adopté pour le monument, qui ne semble pas avoir pu être terminé : certaines de ses parties contrastant trop fortement avec le reste de l'ensemble. Ainsi, la maîtresse vitre de la nef, avec ses meneaux épanouis en trèfles, en quintefeuilles, en roses, devait présenter un aspect éblouissant, quand des verres peints, artistiques, y étaient enchâssés.
Six autres fenêtres de la façade Sud sont également fort belles. Des trois porches, celui du Nord est vraiment splendide, avec son tympan en arcades, ses écussons, ses voussures profondément fouillées en feuilles de vigne, ses statuettes, ses personnages symbfdiqucs, ses niches couronnées
\. Emile Souvestre donne, dans le Foyer breton, les diverses versions accueillies par l'imagination populaire, et il le fait avec d'aulant plus de charme que les traits de mœurs principaux des habitants des trois vieux évêchés : Léon, Tréguier, Quimper, y sont admirablement rendus.
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de (lais d'une incroyable délicatesse, ses colonnetles et ses ceps cliargés de grappes de raisin.
Les portes, donnant accès dans réglise, sont séparées par un pilier qui devait être orné d'une statue protégée par un dais. Des animaux fantastiques et autres, des ligures expressives occupent les voussures. En un mot, il est impossible de rêver une réalisation plus élégante du style gothique flamboyant.
Il faut, néanmoins, se hâter de l'admirer, car, après avoir vu le clocher, rien ne peut plus intéresser.
Quatre piliers quadrangulaires, ayant plus de trois mètres de côté, et composés de colonnettes en faisceaux soutenant quatre arcades aiguës, forment, entre la nef et le chœur, la base de la tour. C'est un premier étonnement de voir des assises si frêles supporter une masse de quatre-vingts mètres de hauteur totale....
Une seconde surprise attend le visiteur à son entrée dans la « chambre du clocher ».
La tour entière se dresse comme une poivrière gigantesque, laissant, de toutes parts, circuler l'air et la lumière.
Nul arc-boutant, nulle traverse, nul escalier ne s'appuient contre les parois polies. Le regard s'élance librement avec elles, jusqu'à l'extrême pointe de la flèche, planant fière, idéale au milieu des nuages....
Extérieurement, comme intérieurement, rien ne brise les lignes si pures des quatre faces du clocher. Les escaliers sont ménagés dans l'épaisseur de la pierre de granit.
Chaque face, jusqu'à la plate-forme, se compose d'une baie ogivale, haute, superbe, à double arcature superposée.
La galerie porte, à chaque angle, un clocheton d'une légèreté exquise, entourant la flèche octogone, toute découpée et du dessin le plus suave.
Beaucoup de clochers peuvent avoir une élévation supérieure à celui du Kreisker; aucun ne l'égale en beauté.... On voudrait trouver un mot unique caractérisant cette merveille de l'art religieux; mais tout est pâle auprès d'elle, et les expressions les plus hyperboliques deviendraient une profanation véritable.
Puisse la foudre qui, si souvent, l'a frappée sans la renverser, rester impuissante contre elle. La Bretagne y perdrait son plus précieux fleuron monumental.
Le Kreisker, après avoir été un bénéfice simple, devint la chapelle du séminaire; il est aujourd'hui la chapelle du collège. Une restauration mi-
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nutieuse a fait disparaître les causes de ravage dont il commençait à souffrir, et l'expropriation de vieilles maisons ayant quelque caractère, mais touchant de trop près au splendide édifice, a été une mesure très utile.
Passons rapidement devant Saint-Pierre, l'une des sept paroisses du Minihy ou asile de Saint-Pol, qui ne comprenait pas moins que la commune actuelle entière, jointe au territoire de Roscoff.
Une enceinte d'ossuaires gothiques, datant des premières années du seizième siècle, ferme le cimetière.
Deux piliers récemment réparés sont les derniers restes de la porte Saint-Guillaume, ou plutôt en marquent l'emplacement, car ils datent de 1769. Les évêques faisaient, par cette porte, leur entrée solennelle. Il y en avait cinq autres dites : des Carmes, de Guingamp, du Trésor, de Batz, de Guénan. Elles survivaient à la vieille enceinte, et ne pouvaient guère contribuer à la défense de la cité. Menaçant ruine, elles furent démolies (sauf la porte des Carmes, donnée au couvent du même nom, qui l'érigea dans son cimetière) et leurs débris contribuèrent à la construction des halles.
La mairie occupe le palais épiscopal, rebâti (1712-1750) à la suite d'un incendie.
Le collège de Léon jouit d'une certaine réputation, et plusieurs de ses élèves ont marqué dans la politique contemporaine.
Deux maisons du seizième siècle, ayant appartenu à des chanoines prébendes, méritent d'être examinées à loisir.
La ville sainte, comme on appelle Saint-Pol bien loin à la ronde, a été souvent comparée à une immense église, et, en effet, elle donne, de loin, cette illusion ; la ville sainte a conservé plusieurs antiques usages. Nous n'affirmerions pourtant pas que la veille de l'Epiphanie on promène encore un cheval enrubanné, orné de gui, de feuilles de laurier, et chargé de deux mannequins destinés à recevoir les offrandes des bourgeois charitables. Un pauvre de l'hospice conduisait le coursier précédé par le « tambour de ville » flanqué de quatre notables habitants, dont la tâche était de stimuler la bienfaisance publique.
Le cortège, il va sans dire, se grossissait d'une foule d'enfants, de désœuvrés, criant à tue-tête : Inguinané, inguinané! corruption du mot aguilaneuf! ou plutôt au gui, l'an neuf! souvenir persistant des druides*.
i. Voir dans le Barzaz Breiz, de M. de La Villemarqué, la ravissante pièce de l'ylgfMi/aneM/" ou des f.lrennes (dialecte de Cornouailles).
Les dons reçus permettaient aux pensionnaires de l'hospice de fêter joyeusement t les Uois >.
H V avait encore la procession solennelle du jour de rAscension, instituée en mémoire de la cessation de la peste qui désola le Léon après la ^^rande invasion de la mer. Le cortège parcourait renceinlc primitive de Saint-l*ol, ce que les paysans dénomment « le tour des cheminées », tro ar chiminalon, et qu'ils aiment toujours à faire quand une fête les amène dans la ville.
Si ces vieilles coutumes tombent en désuétude, on trouvera, cependant, plus d'un cultivateur qui ne voudrait pas manquer de souper deux fois le jeudi d'avant Noël, en l'honneur de la Sainte Vierge. Certainement, aussi, Vaijonie est toujours tintée. D'après la lenteur, la prolongation, le nombre
Taysage; dessin inédit d'Ozanne.
des sons de la cloche funèbre, chaque habitant peut dire le sexe et le rang du moribond pour qui on sollicite les prières. Uagonie noble égrène longtemps dans l'air sa lugubre mélopée, Vagonie plébéienne n'attriste que peu d'instants l'esprit des auditeurs!...
Ainsi se perpétuent les traditions. Elles gardent de profondes racines dans le Léonnais presque tout entier, et une promenade aux environs de Saint-Pol est pleine d'attraits sous ce rapport,
Taulé, commune voisine, celle dont le P. Grégoire de Rostrenen* trouve
1. Capucin, auteur d'un diclionnaire français-celtique et d'une grammaire française-bretonne. Plusieurs snvanis bretons contestent les opinions du P. Grégoire, qui n'en garde pas moins un certain rang parmi les écrivains de la province.
le langage « le plus gracieux du Finistère, car il exprime avec une douceur, une noblesse charmantes, les sentiments du cœur ».
Taulé renferme plusieurs villages. L'un d'eux, Penzé, est favorisé de six foires importantes, espacées de février à décembre. Le marché du printemps avait un grand renom, on l'appelait la Foire aux Mariages et, réellement, il s'y décidait beaucoup d'unions.
« Le jour arrivé, les Pennèrez^ de tous les cantons voisins viennent, dans leurs plus beaux habits, s'asseoir sur les parapets du pont. Les jeunes gens arrivent ensuite, accompagnés de leurs parents, et passent gravement au milieu de cette double haie de jeunes filles souriantes, parées, dont les costumes aux brillantes couleurs sont encadrés dans la verdure de la jolie coulée de Penhoat. Quand l'une a touché le cœur d'un garçon, il s'avance vers elle, lui tend la main et l'aide à descendre du parapet. Les parents s'approchent, les pourparlers ont lieu et, si tout le monde est d'accord, on se frappe dans la main. Ces fiançailles sont rarement sans résultat définitif. Malheureusement, la plupart du temps, les jeunes gens, avant de venir à Penzé, se sont informés de la dot, et le pont n'est plus que le témoin d'un accord préparé de longue main. Jadis, il en était autrement, dit-on. »
Marteville, l'érudit continuateur d'Ogée, écrivait, en 1847, ce que nous venons de rapporter.
Depuis, le bon sens a fait du chemin, et aucun des riches cultivateurs du pays ne se soucierait d'aller ébruiter ses projets au pont de Penzé; encore moins, serait-il assez naïf pour écouter exclusivement les suggestions de ses yeux ou de son cœur.... Faut-il crier à la décadence des mœurs? Est-il plus juste d'accuser les exigences de la vie moderne?... Aux philosophes à décider.
Penpoul, le port de Saint-Pol, dont il est distant d'à peine un kilomètre, fut, pendant plusieurs siècles, un lieu important de commerce maritime. De sa richesse évanouie, il a gardé beaucoup de belles maisons, grandes, artistiquement bâties, dont quelques-unes remontent au quinzième siècle. Plusieurs d'entre elles sont fortifiées, et portent des meurtrières pour recevoir de l'artillerie. Les excès de La Fontenelle rendirent cependant ces précautions inutiles. Aujourd'hui, Penpoul ne compte plus pour ainsi dire au nombre des ports.
RoscoFF, où nous arrivons après une promenade de cinq kilomètres, ne