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Le mille marin a une longueur de l&b'J mètres

les grands vents du nord-ouest soufflent, des effets de ressac y rendent parfois la mer très tourmentée. Des roches nombreuses l'entourent. Du côté du large, c'est l'île de Batz, les îlots Tisaoson et Pighet, ainsi qu'une multitude d'écueils, élevés ou découpés en formes bizarres, dont les plus exposés aux coups de mer s'arrondissent sous l'action des eaux. La roche Duslen, amas confus de blocs énormes, est surmontée d'une tourelle blanche et rouge.

La terre se présente basse, sans un arbre, accostée d'un lai de mer long de cinq cents mètres. Roscoff apparaît noir, sombre, le clocher de son église paroissiale, aux coupoles superposées, semble être une construction Scandinave, élevée par les anciens peuples du Nord qui, si souvent, visitèrent cette côte.

La ville doit dater du quinzième siècle, peut-être du treizième. On ne sait rien de précis sur sa fondation; mais, très probablement, elle prit naissance au moment où la baie de Penpoul, formée par la rivière Penzé, commença à s'ensabler, et où les navires prenant de plus grandes proportions, il leur fallut chercher un port mieux pourvu d'eau, d'une tenue meilleure, d'entrée plus facile.

Les négociants de Penpoul s'opposèrent autant qu'ils le purent à l'établissement d'une cité rivale. Ce fut l'objet de contestations, d'interdictions sans nombre arrachées aux évêques, seigneurs du pays. Les ducs de Bretagne durent intervenir.

Les marins avaient depuis bien longtemps compris l'avantage de la situation, car c'est de Roscoff que l'amiral de Bretagne, Jean de Peniioët, partit pour combattre la flotte anglaise, croisant devant la pointe Saint- Matthieu, près le Conquet, et ravageant le pays (1404).

Jean de Penhoët avait à son bord Tanncguy Duchâtel (de l'illustre famille de ce nom, branche de celle de Léon), qui tua le commandant anglais, comte de Beaumont.

La défaite de l'escadre britannique fut complète.

La rue conduisant du port à l'église est un peu tortueuse, mais bâtie sur un modèle presque uniforme. Les maisons, en granit noirci par les siècles, sont élevées sur un soubassement d'un mètre environ. Les portes des caves s'ouvrent obliquement sur le pavé. Les fenêtres, hautes, étroites, sont dominées par des mansardes que terminent de hauts pignons. Beaucoup d'entre elles sont, comme les portes, sculptées dans le goût du seizième siècle.

Dr MONT SAINT-MICIIEL A LORIENT

Les autres rues sont étroites, invgulièrenient pavées, mais propres.

L'église, appelée Notre-Dame de Croaz Batz, dépendait de la paroisse de Toussaints qui, elle-même, était un des sept refuges du minihy de Saint-Pol. Klle est construite sur une place assez spacieuse; sa façade rec^arde Tile de Batz, qui lui a donné la moitié de son nom. Le clocher, fort élevé, date de J550, il sert d'amer aux navigateurs. Ses dômes et ses galeries sont supportés par des colonnetles élancées. Le granit y a été seul employé, ainsi que pour le reste du monument.

Grande et, d'ailleurs, presque dénuée d'ornements, sauf de jolis basreliefs en albâtre, elle est bien tenue. L'ancien cimetière, exhaussé sur le reste de la place, l'entoure. On doit la visiter surtout pour les sculptures si curieuses qu'elle possède. Ces sculptures représentent des navires du commencement du seizième siècle. On a tout lieu de les croire très

Bas-reliefs dans réglise de Roscoff.

exacts; d'abord, parce que ce sont des bâtiments possibles; ensuite, à cette époque, si l'on défigurait souvent l'aspect général des objets, les détails étaient toujours exécutés avec une scrupuleuse exactitude. Le premier de ces navires pouvait être du port de 120 à 150 tonneaux; le second, de 250 à 500 tonneaux, à en juger par la hauteur des logements et l'espacement des sabords, qui n'ont pas dû beaucoup varier. Plusieurs de leurs parties sont à peu près celles des chasse-marées actuels. Ils devaient bien tenir la mer et évoluer admirablement, conditions essentielles pour la navigation dans ces parages rocheux.

Les Dieppois employaient probablement des embarcations semblables pour aller trafiquer sur les côtes du Brésil et de la Guinée. Jacques Cartier n'en connut guère d'autres, non plus que les Bretons sillonnant la Manche.

La profession de marin n'était pas alors sans rudesse, et qui disait 11. 47

navigateur, disait aussi un peu forban. Un proverbe affirmait que : « Au delà de la Ligne, il n'y a pas d'amis! » et, plus d'un siècle après, ces paroles avaient encore force de loi !

Roscoff est entouré, du côté de la mer, par d'anciennes fortifications, qui présentent une série compliquée de petits angles, de redans, de bastions. En y plaçant quatre ou cinq pièces de canon, les différentes passes seraient protégées. Ces retranchements, bâtis en pierre de taille, s'effritent sous l'influence de l'air marin. De plus, quelques propriétaires y ont, sans façon, pratiqué des portes qui leur permettent d'accéder directement de chez eux vers la mer.

La chapelle Saint-Ninien* ou Ninian, le plus ancien monument de Roscoff, est située dans la principale rue. Marie Stuart, enfant, qui venait d'essuyer une violente tempête de vent d'ouest, aborda en cet endroit (1548). Pour satisfaire à un vœu, cette église fut bâtie sous le vocable d'un apôtre de la Calédonie, pays natal de la future reine de France. Un rocher, placé au-dessous de l'édifice, reçut l'empreinte du pied qu'y avait posé l'infortunée souveraine d'Ecosse.

Dix ans plus tard, l'enfant, devenue la plus belle jeune fille de son temps, épousait le dauphin, depuis François II. En 1559, tous deux s'asseyaient sur le trône et, en 1560, Marie Stuart, devenue veuve, se voyait forcée de quitter le « plaisant pays de France, la patrie la plus chérie », pour aller reprendre une couronne dont la possession la conduisit, de malheurs en malheurs, jusqu'à la mort violente, satisfaction donnée à la haine implacable de sa rivale, Elisabeth d'Angleterre.

Un peu moins de deux cents ans après l'arrivée de Marie (1746), un prince, son descendant, Charles-Edouard, le vaincu de Culloden, était trop heureux de trouver asile sur un bâtiment corsaire malouin. Un caprice du sort amena le prétendant à Roscoff, et, agenouillé devant l'autel de Saint- Ninien, il put méditer sur la destinée implacable qui poursu*ivit presque toujours les Stuarts.

Une restauration peu coûteuse rendrait la chapelle digne de son origine. Elle n'a pas plus de quatorze mètres de longueur, sur moins de sept mètres de largeur. Une de ses portes forme une ogive à voussures, et l'une des fenêtres est encore garnie de ses beaux meneaux. L'autel, en pierre, possède deux crédences figurant des niches.

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