Nommée aussi, [lar les habitants, Saint-Dreiynon
M' MONT SAINT-Mir.IlI^L A LORII'NT
T.os bourgeois s'assoniblaioiit dans (.'cKt* chapelle pour délibérer de leurs Affaires ou des choses publicjues.
Sceptique et un peu railleur, comme nous l'avons déjà dit, le Roscovilc ne s'occupe guère de légendes ou de coutumes sentimentales. Cependant, les femmes des marins avaient une dévotion particulière pour saint Ninien et ne manquaient pas d'assister aux messes célébrées dans la chapelle. La cérémonie terminée, elles balayaient soigneusement le sol du sanctuaire, en recueillaient la poussière et la soufflaient, en se tournant du côté du port, alln d'obtenir un vent favorable pour le retour de leurs maris ou de leurs fiancés.
On ne dit plus la messe dans la chapelle ruinée; mais, s'il plaisait aux
Fort de Bloscon et vivier à homards, près Roscoff.
femmes roscovites de l'aller balayer encore, elles y trouveraient suffisamment de poussière pour pourvoir à de nombreuses invocations.
Les bains de mer sont de plus en plus fréquentés à Roscoff. Un aquarium, ou établissement de pisciculture, succursale du Collège de France, y a été fondé. Le savant M. Lacaze-Duthiers le dirige; nous trouverons une autre succursale à Concarneau et nous la visiterons en détail.
Une curiosité végétale existe dans le jardin de l'ancien couvent des Capucins. C'est le fameux figuier, couvrant un espace de plus de cent cinquante mètres carrés. Son tronc, noueux, composé de souches enchevêtrées, ressemble à un nid de monstrueux serpents enlaçant leurs anneaux écailleux.
Les branches, supportées par de solides poteaux en bois ou en maçonnerie, forment un vaste berceau, toujours prodigue de fruits. Les récoltes qu'elles donnent sont encore, en dépit des années accumulées sur l'arbre, extrê-
mement abondantes; elles approvisionnent non seulement Iloscoff, mais les
localités voisines.
Plusieurs îles commandent la côte : Batz, Siec, l'ile Verte, appelée ainsi par ironie, sans doute, car elle est parfaitement dénudée. A marée basse, elle est rattachée au continent et, ainsi que toutes les autres, elle doit son isolement aux empiétements de la mer.
Sur la côte, à l'ouest de cet îlot, s'ouvre un vaste enfoncement sablonneux parsemé de rochers, et protégé par une digue de cinq à six cents mètres. L'eau n'y pénètre qu'avec le (lux : c'est VAher-Santec, que les traditions locales représentent comme ayant été très florissant, il y a plusieurs siècles. De nos jours, il reste abandonné.
Batz ou Baz est séparée par un chenal offrant, chaque année, dit-on, un gué praticable pendant un quart d'heure. A mer haute, il est accessible pour
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A^iiect de la côle, vue du large.
tons les navires; lors du reflux, les petits caboteurs peuvent seuls y passer.
La configuration de l'île est assez uniforme, ses côtes très rocheuses; son port s'ouvre au sud. C'est une baie de sable d'une bonne tenue, fermée depuis quelques années par une jetée. Elle pourrait servir de refuge.
La pointe occidentale de Batz se prolonge par des écueils sous-marins et l'action des courants y rend la mer très dure, le plus souvent elle déferle avec violence sur les brisants.
Les tourmentes d'ouest y sont redoutables; elles ont marqué leur action sur le beau phare qui, de ce côté, est devenu tout noir.
Le célèbre pilote Trémintin, compagnon de l'héroïque Bisson', s'était retiré à Batz et y mourut.
\. ,\ous trouverons à Lorient, sa ville natale, la statue de Bisson. On sait qu'attaqué par des pirates grecs, ii se fit sauter avec le navire le Panayoti, qu'il était chargé de défendre.
rr MONT SAINT-MICIIFL A LORIKNT 373
Le nom de ee petit coin de terre joue un grand rôle dans les légendes bretonnes.
Saint Vo\, qui y avait abordé à son arrivée en Bretagne, le prit en alïection. Pendant longtemps, il retusa d'écouter les supplications du comte Guythur, qui voulait l'établir évêque de la cité voisine, et, même après que ses résistances eussent été vaincues, il habita généralement Batz. Il y mourut, dit-on.
Sa présence fut signalée par des bienfaits extraordinaires. L'île, disent les légendaires, était ravagée par « un dragon », dont saint Pol entreprit de la délivrer. 11 se rendit à la caverne du monstre, suivi d'un jeune homme de Cléder, qui, seul, eut le courage de l'accompagner et, intrépide, ne craignit pas, après avoir reçu la bénédiction du saint, « de conduire comme un chien en laisse le dragon que saint Pol frappait de son baston ». Tous deux arrivèrent ainsi au nord de l'ile, où le monstre fut précipité dans la mer. « Le lieu où il se jetta s'appelle Toul-ar-Sarpant, c'est-à-dire l'abysme du serpent, où la mer faict un roulement et bruit étrange en tout temps, sans cause apparente. »
Guythur, reconnaissant, protégea toujours saint Pol et voulut également récompenser le jeune guerrier de Cléder. Il lui fit don d'une terre noble dans sa paroisse, laquelle terre fut appelée : Ker-gour-na-decli (la maison de l'homme qui ne fuit pas), nom porté, depuis, par ses descendants. En outre, et afin de perpétuer la mémoire du fait glorieux, privilège fut accordé au nouveau seigneur, pour lui comme pour tous les siens, d'entrer « le jour de la fête de la dédicace de l'église cathédrale de Léon, au chœur, en bottes avec éperons dorés, en ceinturon soutenant l'épée », puis, sous cette tenue guerrière, de « s'asseoir dans le fauteuil de l'évêque ». Ce privilège fut religieusement exercé jusqu'en 1790.
Après la défaite du dragon, saint Pol pourvut à un autre besoin pressant des habitants. L'eau douce manquait absolument dans l'île. Un coup du bâton de voyage de l'apôtre, fit jaillir une source abondante. Elle est, dit-on, envahie à chaque marée par le flux; mais, à peine les vagues retirées, son eau coule, limpide, légère, ne conservant nul goût saumâtre.
Voilà pourquoi, dans leur gratitude, les habitants désirèrent que l'Ile s'appelât désormais : Enez-Baz, c'est-à-dire île du bâton....
Un fort protège maintenant cette position qui, en temps de guerre, serait d'une Téelle importance. Quant aux traits de mœurs locaux, on doit surtout relever la fâcheuse épidémie procédurière frappant la presque totalité des gens.
ôll
Autrefois riche, Batz n'a pas su se pénétrer de l'esprit de conciliation. Peu ou point de familles qui n'aient à soutenir au moins un procès coûteux. Une ruine totale en est le plus clair produit....
Si les paysans normands, accusés (à tort ou à raison) d'adorer la chicane, voulaient émigrer, ils trouveraient dans l'île le paradis de leurs rêves.
Voisine de Batz, se trouve Siec, île à marée haute et à peu près presqu'île pendant le reflux; une petite anse reçoit les embarcations. Depuis plusieurs années, des pécheurs de sardines de Douarnenez s'étaient fixés 5 Siec avec leur famille. Ils n'avaient pas, naturellement, renoncé à l'emploi des longs bateaux à arrière pointu, qui leur sont particuliers, et le pays offrait de sérieuses ressources à leur énergie.
C'est peut-être à celte circonstance que l'île doit l'établissement d'une superbe usine pour les sardines en boîte, auxquelles vient s'ajouter, chose tout indiquée, les conserves de légumes dont Roscoff est si riche et dont la consommation s'accroît rapidement chaque jour.
L'industrie commence ainsi à envahir cette partie du littoral breton. Elle ne s'arrêtera pas en si beau chemin et l'aisance, à défaut de richesse, pénétrera jusque dans des communes aujourd'hui bien arriérées, bien pauvres, quoiqu'elles offrent des éléments de prospérité.
si
Batterie, près Roscoff.