‹ Le littoral de la FranceChapitre 60 sur 120 · U COTE JUSQU'A L'ABER-ILDUT. — LES BATEAUX GOEMONNIEUS · texte numérisé non relu

U COTE JUSQU'A L'ABER-ILDUT. — LES BATEAUX GOEMONNIEUS

Peu après avoir dépassé les rivages inhospitaliers de Guisseny, la falaise se modifie. Non qu'elle ne reste très dangereuse; mais une petite rivière a trouvé moyen de s'y frayer un passage et elle vient former un havre profond au tournant ouest de la côte de Bretagne.

L'Aber-Vrac'h (Havre de la Fée)\ par sa position, est le grand port de relâche des caboteurs qui veulent emmancher, c'est-à-dire entrer dans la Manche, ou en sortir. Ils peuvent y attendre en sûreté le premier vent favorable.

Toutes les traditions et chroniques représentent l'Aber-Vrac'h comme ayant été fréquenté longtemps avant Brest. Une opinion accréditée « veut, dit Pierre Le Baud* qu'au temps lointain on y immolât des enfants sur l'autel d'une idole, dans un lieu appelé Porz-Ketnan (port des Lamentations), à cause des gémissements des mères des victimes ».

Le port a été creusé par la mer qui remonte, à chaque flux, très loin dans les terres. On dirait un fiord norvégien. Il est sûr, vaste, d'un très bon échouage et possède plusieurs sorties. Toutefois, si l'on y est fort bien, une fois entré, il est moins commode d'y pénétrer. Trop souvent, lors des longues et brumeuses nuits d'hiver, un pauvre chasse-marée, croyant donner dans le chenal, est venu s'enfoncer sur les plateaux du Libenter, s'ouvrant sur les pointes aiguës de la Petite-fourche ou de la Malouine, ou bien, balayé par quelque énorme lame, s'est vu enlever la presque totalité de son chétif équipage. Pendant quatre kilomètres, on navigue

1. Des deux mois . aber, havre ou grève, et vrac'h, altération probable du mot : Groac'h,fée ou sorcière.

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