En breton : Aber-Binuigen : havre de la Déuédiclion
a94 I.I-: LITTOHAL DE LA FRANCE
l/Aber-Benoît s'enfonce sur le territoire de Ploudalmezkau, riche cornmnne dont un des châteaux, celui de Kériber, appartenait à l'illustre
maison de Sansai, alliée des familles royales de Navarre, d'Ecosse, d'Anleterre, de France.
mite ouest de la commune, l'anse sa- ORSAL , ou PoRTZAL, 86 termine par deux s. Une multitude de roches s'étendent à plus d'une lieue au large. Parmi elles, on distingue un cône, laissant échapper de son sommet une fumée rougeâtro. Ne serait-ce pas un volcan? C'est, plus modestcmciil, la brûlerie de goémon, installée sur l'îlot nommé Fouru- Cros.
Un roc tout droit, le Penven, se dresse au milieu de la baie; des anneaux y sont scellés pour le halagc des embarcations. Mais Porsal a beaucoup perdu de son importance, comme point de relâche, la navigation y étant très dangereuse.
Au fond de la baie, le village de Keusaim, nom illustre de la marine française, se groupe dans une jolie position. Son église est placée sous le vocable de saint Tanguy et de Sain le Eode ou Haude, sa sœur, nés tous deux au^châleau de Trémazain. Celte vieille forteresse commande, au sud, l'entrée
Cliàle;iii de Tréma Ztiii, près Poi'sal.
de la baie'. La signilication de sou nom est lugubre : Les trois meurtres!!!
Pour la justifier, les légendes ne nianquenl pas.
La plus ancienne concerne saint Tanguy. Avant d'avoir consacré son existence à Dieu, ce jeune gentilhomme* vivait faslueusement au cliàteau de son père. Des soupçons lui furent inspirés contre sa sœur Ilaude et, sans prendre souci de les éclaircir, fou de colère, il « décapita » la pauvre jeune fille.
Un éclatant miracle vengea l'innocente Ilaude. A l'instant où son père se livrait au plus violent chagrin, elle apparut subitement, tenant sa tète dans ses mains, puis, devant l'assistance épouvantée, elle replaça son « chef » sur ses épaules! ! !...
Tanguy, déplorant sa violence, fit vœu de « religion » et, ainsi que sa sœur ressuscitée, s'occupa uniquement de bonnes œuvres. Il fonda, entre autres, les abbayes de Relecq et de Saint-Matthieu de Fin de Terre. Mais la mémoire du crime est encore visible dans la couleur des fleurs sauvages poussant sur les murailles ruinées de Trémazan. Le sang de la jeune martyre les a teintes en rouge....
Après cet émouvant récit, les vieillards passent à un autre, où il est question d'une épouse persécutée par l'intendant déloyal d'un époux trop crédule. Bref, la complainte de Geneviève de Brabant y revit à peu près entière, sauf que le seigneur, après avoir « exterminé » Golo, finit luimême d'une façon tragique.
Nous ne nous souvenons plus du « troisième meurtre », tellement la difficulté d'accès au château nous occupait. Il faut, pour y arriver, traverser des clôtures de champs marécageux ou labourés; on est bien dédommagé, du reste, par une visite à ces belles ruines. Le donjon se présente noble, imposant. Ses grands murs, en granit grisâtre, d'une épaisseur de trois mètres à leur base, sont à peine percés de quelques lucarnes étroites. L'un des angles a croulé dans le fossé et laisse apercevoir l'intérieur.
Une foule de galeries voûtées, ainsi que des escaliers, sont pratiqués dans l'épaisseur même de la pierre. Le reste des constructions est en plus mauvais état, sauf deux tours et deux portes surmontées de corps de garde élevés.
Tour à tour, la fondation de Trémazan a été reportée au neuvième siècle, puis au sixième. Le caractère de son architecture donne une date
1. Le village elle cliàteau sont situés dans la commune de Landunvez.
2. Il était de la célèbre famille du Cliastel,qui n'a jamais manqué de donner son nom aux fils aines et héritiers.
beaucoup plus moderne que celle du douzième siècle, car, avec quelque raison, on rapproche du style des fortifications mauresques, les quatre étages carrés du donjon, de moins en moins spacieux au fur et à mesure qu'ils vont toucher au sommet, c'est-à-dire à plus de quarante mètres de hauteur.
Un seigneur de Trémazan a dû vouloir édifier son château d'après le souvenir, vivace en lui, d'une croisade dont il avait fait partie.
La forteresse a successivement appartenu aux du Chastel, aux de Rieux, aux Scépaux, aux Gond y, aux Cossé-Brissac; la duchesse de Portsmou Ih s'en rendit propriétaire, puis elle finit par passer dans la maison de Gontaut-Biron.
Les jours de gloire et de prospérité sont évanouis. Le vent du large
Entrée de Tortzpoder.
achève de noircir les vieilles murailles et l'écroulement du flot, sur le rivage, se mêle au bruit morne de la chute des pierres des voûtes ruinées.
Un instant, on avait espéré faire prendre à la baie de Porsal une véritable importance; mais il a fallu reconnaître le peu de sûreté de l'atterrage, rempli de courants et d'écueils. Le rocher du P'our, surgissant des flots à une hauteur de soixante-dix mètres, est tout proche. 11 sépare, idéalement, la Manche de l'Océan, et les dangers se multiplient, menaçants, à chaque point de l'horizon. Néanmoins, les petites stations de cabotage sont nombreuses.
L'anse de Portzpoder a vu débarquer saint Budoc, naviguant vers les côtes de Bretagne dans une auge de pierre, esquif commun à plusieurs autres saints armoricains. 11 venait évangéliser son pays d'origine, celui d'où la méchanceté l'avait chassé avant même l'heure de sa naissance*.