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Mare ou ruisso.lel

Dl' MONT SAINT-Mir.Ill-L A LOIUKNT 399

oublié qu'une chose : donner les noms de ces fermiers magnanimes. Probablement n'étaient-ils pas écrasés par des redevances bien lourdes, pour pouvoir trouver si facilement de pareilles sommes. Leur action n'en est pas moins louable.

Les caboteurs fréquentent Portzpoder et Argenton, non seulement pour le goémon, dont on récolte des quantités considérables, mais pour le poisson, le congre principalement, et pour le granit exploité, surtout à Argemon (petit port formé par l'Ile d'Iock). Ce dernier abri est vaste; malheureusement l'accès n'en est possible qu'avec la mer très haute. Il est la retraite des bateaux employés pour le trafic de la pierre et du sable, qui, pendant la mauvaise saison, se voient obligés de désarmer.

Les femmes d'Argenton et des environs aident au chargement de ces bateaux, en général montés par trois hommes. Ce pénible travail les vieillit avant l'âge. Souvent, rencontrant quelques-unes de ces pauvres femmes près des monuments druidiques, si nombreux dans la contrée, nous les avons volontiers, l'imagination aidant, confondues avec les gardiennes de ces pierres mystérieuses; mais, aucune transformation magique ne leur rendra la jeunesse évanouie si prématurément et aucun trésor caché ne les soustraira à leur labeur sans trêve.

En suivant le bord de la côte, on rencontre plusieurs villages, où les anciennes maisons à un étage, bâties à gros blocs carrés de granit, ne sont pas rares. Presque toujours des restes de sculptures ornent la porte et montrent la date de construction. Il en est de très solides encore, qui peuvent remonter au commencement du seizième siècle. Elles promettent de ne pas tomber de sitôt.

L'aspect de la côte change peu à peu et l'anse de I'Acer-Ildut (ou havre de Saint-Ildut) ne tarde pas à présenter ses bords verdoyants, animés par de gracieuses habitations.

Profondément découpée, cette anse ne communique avec la mer que par un goulet étroit, encore resserré par une grosse roche. Le mouvement maritime y est toujours actif. Une trentaine de bateaux entrent et sortent à chaque marée; ils viennent charger du sable ou du beau granit gris, exploité en blocs immenses. Le socle de l'obélisque de la place de la Concorde provient des carrières de l'Aber-Ildut. Depuis quelques années, cette industrie a pris une grande extension. Les quais de la Tamise ont employé beaucoup de granit breton.

On choisit de préférence les roches baignées par la mer. Les ouvriers y circulent à l'aide de cordes attachées au sommet. Ils emploient la mine, ou détachent avec des coins de fer les blocs choisis et les envoient rouler dans les vagues. La côte retentit d'explosions et de coups de masse. Lors du reflux, on entoure les pierres, restées à sec, avec des chaînes; puis, à marée haute, des petits canots semblables à ceux de l'Aber-Vrac'h, mais munis d'un vireveau, ou treuil transversal, viennent les enlever et les déposer le long des bâtiments caboteurs qui, par une manœuvre très simple de poulies, les rangent dans leur cale.

Ces caboteurs sont habituellement de gros et forts cotres, semblables à ceux de Trouville', jaugeant environ cinquante tonneaux.

Le sable, aussi' exploité, sert à faire du mortier estimé. De grandes chaloupes pontées le prennent, à marée basse, dans le fond du port. Elles se chargent souvent à l'excès, plus d'une a coulé sous le poids.

L'Aber-Ildut compte au nombre des plus jolis environs de Brest. Aussi possède-t-il quelques charmantes maisons de campagne. Son seul défaut, pour les colons, est de se trouver à vingt-huit kilomètres du chef-lieu de l'arrondissement.

Lanildut, le bourg principal de ce gracieux coin de terre, est sous le vocable de saint Ildut, représenté, par beaucoup d'hagiographes, comme un apôtre de Bretagne, opinion réfutée, mais à tort, croyons-nous, par plusieurs historiens.

Du reste, ce point des rivages bretons est célèbre dans toutes les légendes armoricaines. Ne trouve-t-on pas, à une faible distance de la mer, le cimetière sacré de Lanrivoaré ou sépulture des Sept mille saints et plus*, mis à mort par des voisins païens, rebelles aux exhortations de saint Bivoaré (Biwal, Rigwal).

Ce lieu funéraire est encore l'objet d'une grande vénération. Quoique le Pardon n'y attire plus une aussi grande affluence de fidèles, il reste distinct du cimetière de la paroisse et l'un de ses côtés présente une suite d'arcades à peine dégrossies, avec un porche orné d'une statue de la Vierge.

La tradition exigeait que l'on ne pénétrât que pieds nus dans l'enclos, aucune chaussure ne devant fouler la cendre des saints, et, si l'on en voulait faire le tour, c'était seulement sur les genoux.

Mais les bons pèlerins bretons savaient (ils le savent encore), s'attribuer avec le moins de frais possible les bénéfices de la fatigue d'autrui.

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