Voir premier volume : article Trouville
2. Le cantique breton dit : seiz mil seii canl seiz urujcnl ha seiz : 78 i7.
RUINES DU CHATEAU DE RKllGROADKs
Des nuées de mendiants ne manquaient pas d'arriver à Lanrivoarê, comme dans tous les pèlerinages semblables, offrant leurs services à haut prix d'abord; puis, abandonnant successivement leurs prétentions, selon le nombre des demandes. — Par procuration, chacun pouvait donc satisfaire aux exigences de la tradition !
Une croix en granit est placée à l'une des extrémités du sanctuaire; sept pierres rondes en couvrent presque les degrés. Interrogez les légendaires!
« Un fournier (boulanger) avait refusé Taumône d'un pain à saint Hervé, neveu de saint Rivoaré. Le mauvais cœur trouva changées en pierres les miches contenues dans son four. Depuis lors, elles reposent, en témoignage et en lc(yn, au pied de la croix!... »
Mais nous nous sommes beaucoup éloignés de la côte; il est temps d'y revenir pour essayer d'aborder à Ouessant, ensuite pour nous rendre au Conquet, puis à Sainl-Matlhieu et à Brest.
Nous venons de dire : « essayer d'aborder à Ouessant » c'est, qu'en effet, la mer, toujours agitée, incessamment déchirée par les écueils, rend trop souvent impossible ou extrêmement dangereux ce petit voyage de vingtdeux kilomètres.
Le passage du Froinveur, véritable torrent, plein de remous et d'inégalités, coulant avec une vitesse de sept à huit nœuds par marée ordinaire^ toujours furieux, mais épouvantable au moindre souffle; les chenaux de la Helle et du Four, détroits couvrant les vestiges de l'ancien relief du littoral, ne le cèdent point, en renommée sinistre, au raz de Sein, à la côte de Plogoff et de Penmarc'h. Partout le péril se présente, là même où il n'est jtas soupçonné par des yeux inexpérimentés.
Témoin, la Basse Biteps^ située au milieu du passage du Four. La mer la recouvre presque toujours d'une nappe d'environ quatorze mètres de hauteur. Si le temps est calme, cela suffit; mais, avec un peu de vent, le flot, tout de suite, y devient horrible. Plus d'un naufrage complet ou partiel doivent lui être attribués.
Il faut encore y joindre les difficultés de la navigation dans le dédale des îlots semés en si grand nombre vis-à-vis ce point, appelé la Fin de terre.
Nous allons, pourtant, nous embarquer : Ouessant, sous le voile de brume dont elle est enveloppée, irritant notre curiosité et nous promettant que notre voyage ne sera pas infructueux.
1. Une basse, nous le répétons, est un écueil caché sous l'eau.
CriAPITRE XXVi
L'ILE DOIESSANT. — L'ILE MOLLNE. — LA IIOCIIE DE LA IIELLE. — LES riERRES-NOIRES
« Oui voit Ouessant voit son sang! » affirme un dicton bien connu de tous les marins et pêcheurs armoricains.
C'est VEncz-heussa [Vile de l'Epouvante), disent en tremblant les femmes anxieuses pour le retour de leurs pères, de leurs maris, de leurs enfants. Nom bien choisi, tellement les périls de tout genre environnent ce petit coin de terre, long de huit kilomètres, large de cinq et si âprement découpé par la vague que, vu à vol d'oiseau, il emprunte l'aspect de Célèbes (Océanie), figurant plusieurs presqu'îles unies par un centre commun.
Pline traduisait le nom breton par Uxantos; l'Itinéraire d'Antonin, par Liant mena.
Le premier fait certain concernant Ouessant représente saint Pol- Aurélien, venant y aborder, suivi de douze disciples, et y bâtissant une chapelle ainsi qu'un monastère dont on retrouve encore l'existence au onzième siècle. Le bourg principal est, de cette circonstance, appelé Lanpol, LainboP ou Lampaul. L'histoire de l'île se borne ensuite à une descente et à des ravages affreux de la part des Anglais (1588), qui détruisirent la totalité des habitations.
En mars 1597, René de Ilieux de Sourdéac ayant obtenu Ouessant de l'évêque de Saint-Fol, Richard de Neuville, Henri IV érigea l'ile en marquisat, afin de récompenser les services du gentilhomme, nommé en même temps gouverneur de Rrest et lieutenant général de Bretagne. Moins de deux cents ans après (1764), Ouessant faisait retour à la couronne, par un contrat qui en fixait le prix à trente mille livres, plus une rente viagère de huit cents livres.