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Aliéralion du mot prirnilil Lan-iiul : Terre de Pol

L'île devait être affectée tout entière au service de la marine, mais elle rentra dans l'obscurité jusqu'au jour où notre flotte, commandée par le comte d'Orvilliers, battit la flotte anglaise de Keppel. La journée prit le nom de bataille d'Onessant; malheureusement, le commandant français ne sut pas tirer parti de la victoire.

Ouessant n'a pas davantage oublié la lutte héroïque de la Surveillante ^ montée par un équipage breton, sous les ordres de l'immortel Du Couëdig DE Kergoaler, contre le navire anglais Québec et son capitaine Farmer. C'est une des pages les plus belles de l'histoire de notre marine qui en compte ainsi par milliers de trop peu connues.

L'ile a servi de thème à une foule de récits, brillant trop souvent par l'inexactitude; car, en aucun temps, les touristes ne se hasardent beaucoup dans une excursion qui peut se prolonger trop, grâce aux vents contraires.

C'était bien pis quand on devait se confier aux seuls bateaux à voile. Des semaines entières passaient sans qu'il fût possible de communiquer avec « la grande terre » !

Les Ouessantais prenaient et prennent encore admirablement leur parti de la situation. Ils savent se suffire à eux-mêmes. Les vieilles mœurs vont partout s'effaçant; néanmoins, la douceur, la probité, l'hospitalité, la moralité forment le fond du caractère des habitants.

Autrefois, les coutumes générales offraient une véritable originalité, surtout en ce qui concernait les mariages. Une jeune fille désirait-elle changer de condition? On lui reconnaissait le droit de demander le jeune homme qu'elle aimait.

Beaucoup d'autres îles bretonnes, du reste, conféraient ce privilège à leurs jolies habitantes; mais nous ne sachons pas que nulle part, comme à Ouessant, une sorte de noviciat marital fut autorisé. Les paroles avaientelles été échangées? La future épouse restait dans la maison de son fiancé, sous la protection de ses futurs beaux-parents. Elle travaillait avec eux, pour eux, donnant ainsi l'occasion de juger de ses qualités et de ses défauts. A l'expiration de l'épreuve, si les cœurs et les goûts sympathisaient, l'union avait lieu. En cas contraire, on se quittait sans aigreur, chacun restant libre de faire un meilleur choix.

La précaution prouvait beaucoup de prudence. Comment parler, après cela, de séparation, voire de divorce? Les Ouessantais, quoique ne l'ayant probablement jamais lue, faisaient leur profit de cette parole philosophique :

1)1 MONÏ SAIM-MICIIEL A LOIUENT 407

« Si le niariago comportait un noviciat, les postulants seraient nombreux, mais combien rares les proies! »

Nous ajouterons que peu de pays pourraient, comme Ouessant, se glorilier d'avoir eu de telles mœurs, sans qu'aucun abus en soit jamais résulté.

Les hommes de l'île sont tous marins; beaucoup, hélas! ne reviennent pas mourir au lieu de naissance, mais leur famille pense à eux. On rendait (l'usage n'est peut-èlre pas complètement oublié) les honneurs funèbres à une petite croix de bois ])ortée solennellement de la demeure du naufragé à l'église paroissiale, puis déposée dans un coffret aux pieds de la statue de saint Pol.

Les femmes restent presque exclusivement chargées des travaux agricoles. Leur coiffe pittoresque s'harmonise bien avec des traits souvent fort beaux.

L'orge est la meilleure des récoltes. La rareté du bois est si grande qu'Ouessant a longtemps passé pour être complètement dénudée.

In seul arbre, vénéré à l'égal d'une merveille, se voyait dans l'île entière.... Exagération pure, puisque l'on rencontre plusieurs ormes et quelques pommiers courbés, il est vrai, par le vent du large soufflant si fréquemment « en foudre ».

Les mottes ou glonats, mélange de varechs et de détritus, sont encore un combustible très employé.

Aussitôt après la moisson, on laisse vaquer en liberté les animaux de ferme.

Tous sont d'une taille très petite. La chair du mouton possède une succulence renommée; les vaches produisent un lait délicieux. Quant aux chevaux, ils étaient remarquables par leur vivacité d'allures, l'élégance de leurs formes; mais, cette jolie race naine disparaît, du moins dans sa pureté primitive.

Ouessant posséda un collège de druides, respectés, écoutés de la Gaule entière. Les étymologistes en ont conclu que le nom du pays signifierait : île den très respectables^ ou, plus simplement, île très élevée, des deux mots usliantinis, qui pouvaient être pris dans le sens littéral ou le sens figuré, tous deux parfaitement appropriés et au collège sacré et à la configuration du sol.

Les seules ruines attribuées au culte oublié ont été décrites par l'amiral Thévenard.

Le temple des Païens consiste en des murailles, hautes d'un mètre et

demi, bordant la mer et formant un enclos long de cent mètres, sur trente mètres de largeur. Une rangée de pierres est visible aussi à la pointe

appelée Corne des Gaules.

Les rochers à fleur d'eau, qui servent de ceinture à Ouessant, les îles et les îlots prolongeant son plateau jusque vers la pointe de Saint-Matthieu, produisent des courants très compliqués, dangereux pendant au moins les deux tiers de l'année. Les atterrages les plus fréquents, ou, à vrai dire, les seuls qui existent, sont la baie de Lampaul et l'anse du Stiff.

Cette dernière, très cuieusre, s'enfonce assez avant dans la côte orientale. Elle n'a point de plage : des rochers noirs, élevés, tombent à pic sur la mer. Une petite cale en pierre grimpe le long de cette muraille, qui ne laisse pas même la place pour haler les bateaux de pêche. On ne peut mouiller facilement sur le fond, les grappins tenant mal à cause des roches. Il a fallu sceller des boucles à une grande hauteur dans le granit, en face de la cale. On y amarre des cablots, et une sabaye, ou cordage spécial, arrive sur le débarcadère, en sorte que, malgré la direction du vent, le bateau se trouve très bien maintenu. Le stiff n'est, du reste, tenable que par les vents d'ouest.

Le plus ancien des phares de l'île est situé près de cette anse. 11 fut construit sous Louis XIV. Sa tour massive supporte une petite tourelle engagée, contenant l'escalier.

Ce phare éclaire le grand point d'atterrage des navires qui emmanchent. Durant les longues nuits d'hiver, quand le redoutable vent du sud-ouest soulève l'Atlantique, quand la crête des lames tourbillonne en mugissant, quand la voix sourde des récifs répond à leur clameur, quand une atmosphère opaque ou perhdement vitreuse enveloppe l'horizon, combien de capitaines ont cherché avec anxiété la lueur protectrice!... Depuis deux cents ans qu'elle brille, elle a successivement éclairé la route des flottes de Tourville, des escadres de Duguay-Trouin, des armées navales de d'Orvilliers, de Guichen.... et de tant de vaisseaux qui, à la lin du siècle dernier, allaient chercher l'ennemi avec une carène délabrée, des mats tenant à peine, un équipage novice, mais plein d'ardeur. La victoire récompensa souvent leur héroïque audace.

Ouessant reste un des points du globe qui ont vu le plus de combats, le plus de naufrages!...

Une île voisine, Molène, est, peut-être, encore plus éloignée, mo-

ralcment du continent. A peine si l'administration des finances elle-même songe à cette pauvre terre perdue dans les brumes et les rocs!

Toute la population masculine vit de la mer, par la mer. Il n'y a pas une douzaine d'hommes qui ne soient ou inscrits maritimes ou pensionnés, la pèche, avant et après le service, voilà leur existence. Dans les nio ments de repos, c'est-à-dire quand la mer n'est pas tenable, circonstance fréquente, ils essayent de faire pousser quelques récoltes sur l'étroit espace dont ils disposent. Les engrais marins les y aident. Ils ont défriché des Ilots qu'au premier aspect on jugerait inaccessibles. Mais rien n'effraye ces hardis matelots, ces pilotes intrépides de VIroise, du Four, du Fromveur, qui, d'un regard, savent reconnaître la route à suivre et se dévouent sans réserve aux sauvetages les plus hasardeux. Leur histoire, sous ce rappoil, est admirable.

Lorsque nous passâmes dans l'île (J869), un bateau-poste allait tous les huit jours au Conquet, chercher les lettres et faire les commissions, principalement acheter du tabac; mais, en hiver, il fallait se résigner à rester isolés. L'année précédente, sept semaines entières s'étaient écoulées sans qu'il fut possible de sortir ! Un habitant de New-York eût pu être mieux renseigné sur les affaires de l'Europe qu'un homme de Molène.

Gresset se souvenait de cette île, ou de quelque autre placée dans des conditions semblables, quand il écrivit sa spirituelle fantaisie : le Carême impromptu; mais, de nos jours, la traversée se fait dans d'excellentes conditions. Un bateau à vapeur, très solide, fait le service entre le Conquet (son port d'attache), Molène et Ouessant, deux fois par semaine en hiver, et trois fois en été. Des bateaux à voiles transportent voyageurs et marchandises sur les divers autres îlots.

Molène est de forme assez régulière. Sur son point culminant, se trouve un vieux sémaphore qui signalait, autrefois, à Saint-Matthieu, les mouvements des flottes anglaises; aujourd'hui, un fil sous-marin réunit Ouessant à l'Aber-Ildut. A l'extrémité occidentale, plusieurs grosses pierres levées rappellent les druides. Le site était bien choisi, aussi bien que celui de Sein. Molène, perdue dans la mer, à demi noyée, gît, semblable à un grand radeau échoué, au milieu des brisants.

Le plateau de la IIelle est le seul point de repère existant entre Molène, la côte et les roches bordant le Fromveur. Sa situation est fort utile aux caboteurs, pendant la nuit ou par un temps brumeux. De loin, la roche présente l'aspect d'un cotre sous voiles.

Les pilotes du pays racontent en riant que, sous le premier empire, une

frégate anglaise la prit, un soir, pour un navire cherchant à forcer la croisière. Aussitôt, elle la canonna et prolongea ce glorieux exploit jusqu'au matin. Le jour lui apprit qu'elle avait tiré sa poudre, non aux moineaux, mais aux mouettes et aux goélands!

Une quantité de petits îlots, Lytiry, Quéménès, Beniguet, les Pierhes Noires, brutalement arrachés au continent, se disséminent le long du chenal du Four, en face du Conquet, où nous reprenons terre, et de la pointe Saint-Matthieu.

Combien de naufrages ces pics n'ont-ils pas causés! Combien, ainsi qu'à Plogoff, à Penmarc'h, à Perros et sur cent autres points, il faut être familiarisé avec ces périls pour ne pas redouter de poser le pied dans une barque !

Sur l'une des Pierres Noires, nommée le Diamant, est établi un phare (le premier ordre, dont la construction a été très difficile. Le sommet de la roche reste toujouis découvert de plusieurs mètres, mais son accostage périlleux, les courants excessivement violents qui l'entourent, et la mer, furieuse au premier souflle du vent du sud-ouest, entravaient à tel point tout effort, que pendant une année entière (18G7), douze jours seulement pUi^ent être utilisés!

11 faut })lus que de réucrgic pour ne pas se laisser décourager par des obstacles aussi redoutables, et c'est justice de rendre aux ingénieurs de notre marine, ainsi qu'aux humbles ouvriers placés sous leurs ordres, un hommage de reconnaissante admiration.

Un torpilleur.

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