Œuvre de M. l'ingénieur Fessard
Dl MONT SAINT-MlCliEL A LOIUENÏ
viaduc, devenu une sorte d'annexé de la ville, à laquelle il apporta ses antiques souvenirs et la célébrité de ses enfants ;
Alain, seigneur de Lanvallay, compagnon de saint Dominique, et Hubert de la Massue; ce dernier, avant d'être vénéré sous le titre de bienheureux, s'était montré fidèle serviteur de la pauvre duchesse Constance de
Vue gcuéiale de LClion.
Bretagne (mère de l'infortuné Arthur, assassiné par Jean sans Terre, son oncle).
L'origine de Dinan est certainement fort ancienne, quoique, peut-être, il n'y ait pas lieu de la reculer jusqu'au delà du cinquième siècle de l'ère chrétienne. Des dissertations très savantes n'ont pu déterminer s>
elle était le Nudionum de la table de Peutinger et la capitale des Diablintes. La seule chose bien certaine, c'est qu'elle est située sur le territoire occupe jadis par la peuplade.
,. -De tout temps, Dinan fut place forte. Sa situation, les murailles dont elle s'entoura, la rendirent une des principales villes du duché breton et la plus considérable de la circonscription épiscopale de Saint-Malo.
« On serait infini, dit Ogée, dans le détail des beautés qui environnent cette place, on dirait que ce sont les champs de l'Éden. De quelque côté qu'on la considère elle-même, elle présente le plus brillant aspect et mériterait une description particulière. »
Dans son admiration, l'auteur du Dictionnaire de Bretagne allait jusqu'à donner à Dinan une superficie plus étendue que celle de Rennes, erreur manifeste, bizarre même : l'enceinte rennaise, quoique exiguë, dépassant de beaucoup l'enceinte dinannaise.
Le célèbre faubourg de Léhon apparaît dans l'histoire cent cinquante ans avant la ville. Son prieuré fut restauré par le grand Noménoë en faveur de six religieux qui, pour lui plaire, étaient allés chercher à Jersey, lieu de sa sépulture, le corps de saint Magloire, ancien évêque de Dol.
Au onzième siècle, on trouve Hamon, vicomte de Dinan, seigneur très aimé du duc Geoffroy I". En même temps, la ville ressent le premier contrecoup des guerres dont la Bretagne était et devait être pendant si longtemps le théâtre.
Un autre vicomte de'Dinan, Geoffroy, prit part à la première croisade. Cet exemple devait être suivi par plusieurs de ses successeurs. Au douzième siècle, Almn de Dinan fondait le château de Décherel.
Le château, ou citadelle, construit à Léiion fut, dès l'an 1004, assiégé par Alain Caignard, comte de Cornouailles, compétiteur du duc de Bretagne; mais l'assaillant se vit repoussé.
Soixante et un ans plus tard, un des lieutenants du duc de Normandie, Guillaume, futur conquérant de l'Angleterre, obtenait la reddition de Dinan. C'est sans doute ce fait que l'on trouve relaté sur la fameuse tapisserie de Baveux
Toutefois, des historiens sérieux ont conclu de leurs recherches patientes que cette reddition n'eut pas lieu. Guillaume, après avoir vaincu devant Dol, n'eût pas mieux demandé que de s'emparer d'une nouvelle place aussi forte; mais des documents précis et la propre relation de Guillaume de Poitiers, chapelain du duc, restent muets sur ce fait, qui aurait produit une vivo sensation .
Concluons donc, avec les historiens bretons, à une simple vantene normande et — qui sait? — à une flatterie excessive de la reine-duchesse Mathilde, auteur présumé de la tapisserie.
Malheureusement, si la victoire du Conquérant est problématique, celle de son descendant, Henri II, est trop certaine. Le monarque anglais vint, en 1108, mettre le siège devant Léhon, s'empara du château et, comme d'usage, y exerça, ainsi que dans le faubourg, livré aux flammes, les plus abominables cruautés.
Quelques mois après, Louis VII, roi de France, s'unissait à son rival
Du Guescliii.
pour détruire complètement la forleresse, qui pouvait être un si utile boulevard contre les envahisseurs de la Bretagne.
Le château fut réédifié, mais son histoire se confondit avec l'histoire de Dinan. Le temps approchait où la seigneurie de la ville allait elle-même être réunie au domaine ducal. Jean l", dit le Roux, acquit du comte de Goëllo, Alain d'Avaugour, ses droits sur Dinan, désormais possession du souverain.
Par malheur, Jean le Roux eut de grands démêlés, tant avec le clergé breton qu'avec les seigneurs, ses vassaux. Une lutte longue et violente en fut le fruit; pendant un des nombreux combats, Dinan devint la proie d'un terrible incendie.
Avec la guerre de Succession, les calamités de toute sorte s'abattirent sur la pauvre ville, partisan fidèle de Jeanne de Penlhièvre, femme de Charles de Blois, véritable héritière du duché.
Investie, pillée et brûlée, en 1344, par les Anglais, elle se voyait de nouveau, en 1559, assiégée par le duc de Lancastre qui, forcé de s'éloigner de Rennes, voulait relever son prestige de commandant des troupes auxiliaires de Jean de Montfort.
Cette fois, Du Guesclin sauva Dinan.
Du Guesclin, presque son fils : plus d'une tradition regardant la famille du grand connétable comme une branche de la famille vicomtale' dinannaise.
Charles de Blois avait envoyé au secours de la cité Bertrand Du Guesclin et Olivier son frère, ainsi que Jean de Penhoët, commandant, en tout, six cents hommes de renfort.
Le duc de Lancastre, néanmoins, pressa tant le siège que les illustres guerriers durent demander une trêve, au terme de laquelle Dinan serait rendue, si le comte de Blois n'essayait de la délivrer.
Tout Breton a encore à la mémoire le combat singulier entre Bertrand et Thomas de Cantorbéry. Ce dernier, au mépris de -la trêve, s'était emparé d'Olivier Du Guesclin, alors que, sur la foi de la parole de Lancastre, le jeune homme était sorti sans armes pour une promenade.
Enflammé d'indignation, Bertrand courut au camp du duc anglais réclamer la liberté de son frère et la punition du chevalier déloyal.
Irrité, Cantorbéry ose délier le futur connétable et jette à terre son gantelet.
« Je reçoy voslre gaige, s'écrie Bertrand, et dis que faussement et mal vous avez prins et détenu mon frère, et vous le prouverai par les armes ce jour, et jure que ne mangeray que trois soupes au vin, au nom de la Trinité, jusques à tant que le gaige soit faict. »
Mal en prit au guerrier anglais de vouloir soutenir « le gaige ». Vaincu,
i. Voici la généalogie de Du Guesclin, telle que la donne M. Robidou.
« Le château de Broons était connu cent cinquante ans au moins avant la naissance du guerrier qui l'a immortalisé. On trouve le nom de Robert de Broons en 1158. Guillaume, chevalier et seigneur de la Molte-Broons, avait épousé Alix de Dinan et de Montafilant, qui vivait encore en 1291. Lés l'année 1270, la fille d'Alix transporta celte maison dans la famille Du Guarplic ou Du Guesclin, par son mariage avec Robert Du Guesclin de Plessis-Bertrand.
« Robert Du Guesclin, seigneur de la Motte-Broons, épousa Jeanne de Malemains (unique héritière de Foulques de Malemains), dame de Sens, et devint père de dix enfants dont Bertrand fut l'aîné. La date incertaine de la naissance de Bertrand semble devoir être placée entre 1511 et 1521.
« 11 épousa en premières noces Tiphaine Raguenel, qui mourut en 1572. Deux ans après, Jeanne de Laval; il ne laissa pas d'enfanls.... »
il allait être tué, si Laiicastre n'avait racheté sa vie en indemnisant le frère du terrible Du Guesclin et en le rendant ainsi que les autres otages. . / ;,
L'impression produite par la valeur de Bertrand fut si grande que les Anglais levèrent le siège de Dinan et qu'une période de tranquillité relative suivit pour les habitants.
Plus tard, en 1364, Charles de Blois succombait à Auray et Jean de Montfort conduisait devant la petite cité son armée victorieuse. Les Dinannais, ne pouvant se résoudre à délaisser la cause de Jeanne de Penthièvre et de ses enfants, et recevant, de plus, les promesses de secours du roi de France, un siège long et sanglant commença. Mais force fut bien d'ouvrir les portes à Jean IV, efficacement soutenu par les Anglais.
Nous savons quelles péripéties suivirent l'engouement du duc pour ses alliés, la coalition de la noblesse bretonne contre ses ennemis séculaires et l'entrée dans l'armée française d'un grand nombre de chevaliers renommés. Parmi eux était Bertrand Du Guesclin, que Charles V créait connétable en 1370.
Investi par le roi de la mission de guerroyer contre le duc, s'il ne renvoyait les garnisons anglaises, le connétable arriva devant Dinan qui, avec de grandes démonstrations de joie, accueillit le vainqueur de Cantorbéry.
Bientôt, cependant, Charles V démasquait ses projets d'annexion : Les Bretons se retrouvèrent aussitôt unis pour défendre leur indépendance. Du Guesclin, fidèle à la fois à son pays natal et au roi, quittait la Bretagne, sans faire la moindre tentative contre Jean IV, mais en se dévouant au salut du royaume" de France.
Un curieux poème de Guillaume de Saint-André, secrétaire du duc breton, donne tous les détails de la restauration de son maître.
Les Bretons (écrivait-il) se vont adviser :
lil leurs épées bien aiguiser.
Trop doubtoient avoir nouveaulx maîtres.
Et SI pensoient deffendre fort Leurs libériez jusqu'à la mort.
Car liberté est délectable, Belle et bonne et bien proufitable, iJe servitude avoient borrour. .
Toujours, en effet, les Bretons furent jaloux de leur liberté et la défendirent avec énergie contre les ennemis du dehors et du dedans.
Dinan devait subir encore plus d'une vicissitude. Olivier de Clisson, le compagnon de guerre de Du Guesclin et son successeur à la dignité de
'ja LE LITTORAL DE LA FriAKCE ■
connétable, entra en querelle contre le duc. Saisissant une occasion favorable, il s'empara de la ville (1580), la pilla brutalement et s'y fortifia. Un peu plus d'un siècle après, en 1488, c'était une armée française qui revenaii devant ses muis.
François II, duc de Bretagne, avait vu anéantir ses troupes à la funeste bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, et le vainqueur, Louis de La Trémouille, poursuivant le cours de ses succès, somma Dinan de se rendre.
Outre ses habitants, la ville n'avait que trente gentilshommes, sous les ordres d'Amaury de La Moussaye, pour la défendre. La sommation paraissait d'autant plus dure qu'elle portait le nom du vicomte de Rohan, beau-frère de François, parjure, tout à la fois, envers son souverain et envers sa patrie. Rohan venait, cependant, de recevoir une cruelle leçon. Le champ de bataille de Saint- Aubin-du-Gormier avait vu tomber son fils, à peine adolescent; le jeune homme préférant la mort à la honte que lui causaient les motifs de la trahison de son père : une pension consentie par le roi de France! !!
Mais Rohan acheva l'œuvre commencée, et, quel que fût le courage des défenseurs de Dinan, ils ne pouvaient tenir contre une armée. La capitulation, du reste, n'eut rien de fâcheux pour leur honneur militaire; toutefois, c'en était fait de l'autonomie du duché breton.
François II, obligé de signer un traité léonin, mourait, le 9 septembre 1488, et laissait pour héritière une enfant de moins de douze ans, Anne, la Bonne Duchesse, qui devait être deux fois reine de France.
Chose merveilleuse, les Bretons ne tinrent pas rancune à leur légitime souveraine de sa double union. Ils virent, surtout, sa fermeté à maintenir ses droits héréditaires et à protéger leurs intérêts. Chacun de ses voyages en Bretagne était un triomple; ceux qu'elle fit en 1499, en 1505 et 1507, comprenaient Dinan. Elle logea dans le château, et les chroniques de l'époque ne tarissent pas en détails sur ses divers séjours.
Une seconde visite royale mettait, le 25 mai 1570, Dinan en liesse. Charles IX, accompagné de Catherine de Médicis, de son frère Henri, de sa sœur Marguerite et d'une cour aussi brillante que nombreuse, était magnifiquement reçu. Le joyage se continua par la descente de la Rance et les fêtes de Saint-Malo.
Un dernier écho des luttes du passé retentit dans la ville, lorsque Mercœur, un des chefs de la Ligue, nomma gouverneur de Dinan, Jean d'Avaugour, sire de Saint-Laurent.
Le joug parut trop pesant aux Dinannais et nous avons vu comment,
arec Taide des Malouins, ils le secouèrent; comment, aussi, Pépin de la Blinaye s'était chargé d'aller annoncer à Henri IV qu'on lui rendait une place importante.
Mais Pépin, vrai « rustique », n'avait pas voulu soumettre sa fierté au ton de la cour; moins encore, avait-il accepté les honneurs offerts par le roi, estimant sa peine payée quand il se retrouva sur le beau cheval, remplaçant le pauvre bidet breton « crevé comme un pot ».
Le sénéchal de Dinan, Raoul Marot, sieur des Alleux, n'eut point de ces naïvetés inouïes. Lui aussi s'était mis en route, mais plus commodément.
Pierre le Baud, êvêque de Rennes et historiographe de la duchesse Anne.
et d'une allure moins emportée. Il arriva, toutefois, assez à temps pour profiter des bonnes dispositions de Henri IV. Il reçut des lettres d'anoblissement où se remarquait cette phrase hyperbolique : « Le roi doit Dinan à ses soins et à sa valeur »; des armes ainsi conçues : une main et une étoile, symbolisant l'entreprise heureuse. Enfin, chose essentiellement /)nsable, un brevet de maître des requêtes était joint aux lettres de noblesse. De ce brevet, le sieur des Alleux tira une véritable fortune. C'était justice, en somme, le sénéchal dinannais ayant pris une large part aux pourparlers destinés à préparer l'affranchissement de la ville.
Nul autre fait saillant ne tira Dinan de son repos. Huit fois pourtant,