‹ Le littoral de la FranceChapitre 8 sur 120 · II · texte numérisé non relu

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lés états de Bretagne y siégèrent. Il fallait l'animatioii inséparable de ces grandes assemblées pour rendre à la petite cité un peu de son ancienne jjwysionomie.

Pour le voyageur moderne, avide des souvenirs du passé, Dinan reste, à tous les titres, une ville extrêmement curieuse.

Sa réelle, sa pénétrante originalité vient du contraste qui existe entre ses vieux quartiers, aux pentes rudes, à maisons à pignons assombrissant des rues étroites cernées, contenues par les murailles et la masse du château, avec l'exubérante poésie des campagnes dont elle s'entoure.

Au sud et à l'est, la promenade Saint-Sauveur, dominée par son clocher et sertie par les fortifications, surplombe les sinuosités de la Rance, ainsi que le faubourg du Pont, vraie ville moderne, bâtie au pied de la ville antique, et le port de marée où l'on s'embarque pour Saint-Servan, Saint- Malo... voyage délicieux qu'il faudrait refaire cent fois avant de le trouver monotone.

Les splendides promenades des Grands et des Petits Fossés tournent le long des murailles, en regardant, au couchant, la vallée dite du Saint-Esprit, où est situé le magnifique établissement dit des Basfoins, destiné à recevoir des aliénés (hommes).

Au sud, en suivant la route, on arrive au faubourg de Léhon, après avoir contemplé les innombrables collines, capricieusement découpées par la rivière. Dans leur enthousiasme, les Dinannais ont donné à l'ensemble le nom typique de Parnasse.

La Fontaine des Eaux (pléonasme désignant une source minérale) coule à l'extrémité d'une avenue de tilleuls, plantée sur une étendue d'environ un kilomètre, dans un paysage que l'on pourrait à bon droit qualifier de romantique. La Vallée-Douce, celle de la Conninais, du Val-Pinay..., il faudrait les nommer toutes sans espérer, après la plus minutieuse description, avoir donné le reflet fidèle de ces tableaux éblouissants de grâce, de charme imprévu, de souriante douceur.

Imprégné en quelque sorte de lumière et de couleur, on rentre dans la ville. Aussitôt le passé se dresse devant les yeux; passé sévère, comportant une originale beauté, une indéniable grandeur. Le souvenir de Du Ouesclin semble planer sur Dinan, qui a élevé à l'illustre connétable une statue au lieu même où il réduisit à merci l'insolent Cantorbéry.

Malheureusement, le talent du sculpteur a trahi sa pensée. L'œuvre, sans valeur aucune, dépare une place admirable.

Un autre souvenir s'associe à celui de Du Guesclin. ïipiim.ne Piaguenel,

DU MUiNT SAbN-T-MICflEL A I.ORŒNT 9D

sa première femme, « si bonne, si doulcc, si charitable, si savante, si saige dame », habita rue de la Croix, où une maison est encore désignée sous son nom , bien que l'architecture témoigne d'une époque moins lointaine : la façade présente une tourelle, autrefois ornée des armes du Connétable.

Tiphaine voulut avoir son tombeau dans l'église des Jacobins, à Dinan, où elle était née. Sur ce dernier point,

If' I V ^^^' '"^' P^'EUDiHEN , gros bourg 1. f < 1. de la banlieue dinan-

è 1 naise, élève une vive protestation, montrant, pour l'appuyer, le manoir natal de la gracieuse dame,

^^^^ ainsi que sa chambre, conservée

Porta du couvent et maisons de la rue de l'Apport. aVCC OrgUCil daUS tOUtC l'intégrité

du style de l'époque.

Peut-être est-il, chose rare! possible d'accorder celle double prétention de la ville et du bourg.

Robert Raguenel, comte de l.\ Bellière, un des compagnons de Beaumanoir à l'héroïque fait d'armes des Trente, avait épousé Jeanne, appartenant à une branche puînée de la famille vicomtale de Dinan. Tiphaine naquit de leur mariage, au château de la Bellière, en Pleudihen, où elle résida souvent; mais elle vécut aussi à Dinan et y fut enterrée, laissant en deuil le pays tout entier, qui l'aimait i)Our ses rares vertus.

Lorsque Du Guesclin mourut, il voulut faire placer son cœur près de celle qui, si dignement, avait porté sou nom et lui avait donné tant de preuves d'amour noble et dévoué. Charles V se rendit aux vœux du Connétable. Le corps de l'illustre guerrier fut déposé à Saint-Denis, mais son cœur, apporté de Châteauneuf-de-Randon', fut suspendu à la muraille du caveau funèbre de Tiphaine.

« En 1810 (nous citons M. Robidou), M. Charles Néel, qui avait précédemment acquis l'église des Jacobins et sauvé de toute profanation ce précieux dépôt, le fit transporter, d'après les ordres ministériels, à l'église Saint-Sauveur (9 juillet 1810). La cérémonie fut imposante. Dès cinq heures du matin, le bruit du canon cl le son des cloches de toutes les églises l'annoncèrent aux populations réunies. Le clergé de la ville, un général, des fonctionnaires de tous ordres, étaient précédés des enfants de Dinan, agitant dans leurs mains des branches de cyprès. Le maire de Broons* occupait une place distinguée au milieu des autorités. Le cortège s'arrêta, salué de treize coups de canon, sur la place, théâtre de la victoire sur l'Anglais, laquelle reçut, à cette occasion, le nom de Place Du Guesclin. »

« Après l'office, l'urne renfermant les cœurs de Bertrand et de sa compagne fut déposée en l'église Saint-Sauveur, avec l'inscription primitive. »

Après la maison de Tiphaine, on visite avec intérêt le vieil hôtel de la Garaye, situé dans la Grande-Rue. 11 appartenait au comte et à la comtesse de LA Garaye, fondateurs d'un grand nombre d'établissements de bienfaisance : entres autres, de ïhospice des Incurables et des Dames de la Sagesse. Une vénération reconnaissante entoure la mémoire de ces époux qui, après avoir perdu toute espérance de postérité, placèrent leur ambition dans la pratique d'une charité sans bornes, ils avaient converti leur château patrimonial en hôpital et se faisaient gloire d'être les serviteurs des malheureux recueillis

i. On se souvient que Du Guesclin mourut pendant le siège de Cliàteauneuf-de-Randon et que le gouverneur de la forteresse (fidèle à sa parole) vint en déposer les clefs sur le cercueil de l'ennemi justement admiré.

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