BREST. — LA VILLE
On ne se représente pas Brest comme une ville où la légende mystique ait jamais pu fleurir. Les conteurs, d'ordinaire, aiment à rêver dans la solitude, laissant aux bardes et aux chroniqueurs, affamés de bruits guerriers, les foules tumultueuses, les fêtes bruyantes. Tout au plus, si un crime féodal ne les fera pas reculer.
Brest, pourtant, possède sa légende poétique; mais en sourit et, volontiers, oublie que sa rade, que son port, joyaux incomparables, restèrent à peu près dédaignés jusqu'à l'avènement du duc François II, père de la reine Anne.
Sourire moqueur et oubli, cependant, n'ont pu prévaloir contre l'œuvre des poètes.
Le château de Brest présente sept tours, l'une est dite de César-, une seconde des Anglais^ ces insulaires l'ayant bâtie lors de leur fugitive domination. Une troisième porte le nom de la cité; mais, à l'ouest, vis-à-vis de la rade, et faisant saillie sur la façade des quais, la tour d'Âzénor montre la fenêtre d'où l'infortunée princesse de Léon, si cruellement calomniée, contemplait tristement la mer.
(1 Qui d'entre vous, hommes de mer, a vu, au hiut de la tour qui s'élève au bord du rivnge, au haut de la tour ronde du château d'Armor, madame Azénor agenouillée*?
— Nous avons vu madame agenouillée, seigneur, à la fenêtre de la tour; ses joues étaient pâles, sa robe noire, et son cœur calme, cependant.
— Qu'as tu vu, marin, sur la mer?
î. La tour d'Armor •' Barzaz Breiz, page 490.
— Une barque sans rames et sans voiles, et, sur l'arrière, pour pilote, un ange debout, ios ailes étendues.
« J'ai vu, seigneur, au loin, sur la mer, une barque et, dans celte barque, une femme avec son enfant, son enfant nouveau-né suspendu à son sein blanc comme une colombe au bord d'une conque marine.
« Si ton père te voyait, mon fils, comme il serait fier de toi ! mais, bêlas ! il ne te verra jamais. Ton père, pauvre enfant, est perdu ! »
Un vent favorable pousse l'étrange esquif (un tonneau!) dans lequel a été jetée Azénor, sur les côtes d'Irlande, où, trois ans plus tard, le mari de la princesse aborde. Il retrouve sa femme et son fils. Ce dernier entonne un cantique de joie ;
(( Ciière petite mère, lève-toi et regarde! Voici mon père! il est retrouvé! Voici mon père qui était perdu; Dieu soit mille fois béni ! »
El ils bénirent mille fois Dieu qui est si bon, qui rend le père à ses enfants; et ils revinrent joyeux en Bretagne.
Que la Trinité protège les navigateurs I
Avec son bonheur constant d'expressions, Albert de Morlaix a rendu des plus touchantes la simple légende toujours populaire, toujours chantée aux pardons de la côte. Le pêcheur, le matelot, obligés de lutter avec la mer ne croient pas avoir de meilleurs patrons que sainte Azénor « voguant sans voiles et sans rames » et son fils saint Ceuzec, Buzec ou Budoc (littéralement le noyé, ou sauvé des eaux) nouveau Moïse, né et exposé sur les flots de l'Océan
Ne méprisons pas ces mœurs naïves, les mêmes hommes qui, avec tant de confiance, avec tant de ferveur, chantent le vieux cantique, sont prêts à affronter la tempête, à sacrifier leur vie, non seulement pour la famille restée au pauvre foyer; mais pour le marin, pour le passager en danger mortel; mais pour la Patrie, dont la voix résonne toujours aimée, toujours respectée en leur cœur!...
Qui a fondé Brest? D'où vient son nom? Les explications ont été multipliées, et il serait oiseux de les rappeler. Toutefois, comme on ne parvient guère à laisser absolument de côté ces questions, nous copierons les lignes suivantes d'une petite brochure parue à Brest, en 1857'. Elles nous paraissent résumer avec vraisemblance la question,