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Enire Brest et son faubourg Recouvrance

En 1064, Conan II, reconnu duc de Bretagne, répara et agrandit la vieille forteresse qui, selon une autre tradition, fut choisie par Alain de Dinan pour abriter le jeune prince Arthur, véritable duc de Bretagne, contre la haine de ses oncles, Richard Cœur-de-Lion et Jean-sans-Terre, successivement rois d'Angleterre.

La vie toujours menacée et traîtreusement terminée de cet infortuné Arthur (enfant de Constance, héritière du duché et de Geoffroy, hls de Henri P' d'Angleterre), forme une des pages les plus attendrissantes de l'histoire de la province. Elle se place près de celle du prince Gilles, dont, au château du Guildo, nous avons suivi l'affreuse odyssée.

Hélas! ils sont nombreux les épisodes sanglants ayant frappé la Bretagne toujours convoitée, toujours attaquée et se relevant toujours avec une énergie nouvelle des coups si terribles qui paraissaient devoir l'anéantir.

De temps immémorial, Brest appartenait aux comtes de Léon. Sa possession passa, le 17 mai 1239, au duc Jean P"", Le Roux, qui l'obtint, comme Morlaix et la presque totalité des autres domaines du comté, du prodigue Hervé IV.

Le cédant ne se montra pas trop exigeant. Cent livres de rente, plus une haquenée blanche, furent le prix stipulé, affirment plusieurs auteurs. Quelques écrivains, il est vrai, portent ce prix à douze cents livres annuelles ; mais le premier chiffre doit être le véritable.

Douze cents livres de l'époque eussent représenté une grosse somme et Jean-le-Roux savait mieux sauvegarder les intérêts de son trésor. Au besoin, du reste, la force les eut appuyés.

De cette époque, date la réputation du château brestois.

c( IN'est pas duc de Bretagne qui n'est sire de Brest » disait-on. La célèbre Jeanne de Montfort le comprit ainsi et choisit la forteresse pour y déposer ses effets les plus précieux et s'y réfugier momentanément ellemême après la m<.;rt de son mari.

Charles de Blois, prisonnier après le combat de la Roche-Derrien, y fut renfermé, puis transféré en Angleterre. Il dut, pendant son séjour à Brest, être accablé de cruels souvenirs et maudire la fortune des armes. Six ans auparavant, le château ne lui appartenait-il pas et un brave, un fidèle chevalier n'y commandait-il pas en son nom? Hélas! Gautier de Clisson était mort, enseveli dans son indomptable défense, et Charles n'espérait plus rien!...

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l'ne période sombre suivit. Les Anglais, alliés de Moiitfort, prétendirent garder la place. Elle leur eût été si avantageuse! Elle eût fait un si merveilleux pendant à Calais!

Jean IV, désespéré, voulut recouvrer Brest par la force, chose impossible alors: les meilleurs gentilshommes bretons, après des prodiges de valeur, se virent obligés de renoncer à l'entreprise. Du Guesclin lui-même y avait échoué. Ce fut seulement en 1597, que Richard II, roi d'Angleterre, consentit à rendre la ville et le château, moyennant paiement de douze mille écus d'or autrefois prêtés, par son aïeul Edouard III, au prince breton.

Un siècle s'écoula. Le duché agonisait sous la main du roi de France. Il ne restait plus au malheureux François II que quelques places. Parmi elles, Brest avait résisté à toutes les tentatives ou violentes ou corruptrices. La défaite mortelle de Saint-Aubin-du-Cormier n'abattit même pas son espoir. Elle ne succomba que sous la double trahison de Guyon de Quelennec, vicomte du Faou, son gouverneur, et du vicomte de Rohan, vendu à Charles VIII.

Mais les jours de la Bretagne, en tant que province indépendante, étaient comptés. L'union d'Anne avec le roi de France allait mettre un terme aux luttes toujours renouvelées entre Français et Bretons.

Sauf le combat dans lequel périrent La Cordelière et son illustre capitaine Portzmoguer, le nom de Brest n'est plus mentionné avant l'année 1592, où six mille ligueurs, ayant essayé d'assiéger le château, furent taillés en pièces par le marquis René de Rieux de Sourdéac, gouverneur tout dévoué à Henri IV. Le roi reconnut la fidélité des habitants en leur accordant le droit de bourgeoisie (1593).

Toutefois, il fallait pour l'obtenir, ce droit, payer une somme de quarante écus destinée à la réparation et à l'agrandissement des fortifications.

La ville fut encore sérieusement menacée à deux ou trois reprises : nous en retrouverons la trace lorsque nous parcourrons la rade; mais le « vieux nid d'aigle, » comme l'appelle dom Morice, tint bon et peut se glorifier de n'avoir jamais été forcé.

Cela serait-il possible de nos jours?

Non! voulons-nous répondre, en souhaitant que rien ne soit négligé pour assurer à Brest le moyen de résister... En souhaitant de tout cœur que l'obligation de se défendre ne lui soit pas imposée!

La vaillante ville a prouvé son courage; mais la guerre n'est-elle pas, en réalité, un retour vers la barbarie?

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Jusqu'au seizième siècle, on ne voit pas Brest parmi les cités du duché. Une bourgade de pécheurs et d'artisans était établie sous la protection du château qui, à lui seul, formait véritablement la place tout entière. LamdezELLEc (Terre des Lépreux)'^ maintenant devenu en quelque sorte un des faubourgs du grand port, était le siège de la justice civile.

Saint-Renan, distant de treize kilomètres, possédait la justice royale.

Les princes de la famille de Valois songèrent à Brest. Henri II, (petitfils d'Anne de Bretagne, par sa mère Claude), l'éleva au rang de ville du royaume. Son développement fut assez lent; au commencement du dixseptième siècle, elle ne possédait encore que sept rues^ sur la rive gauche de la Penfeld. La rive droite restait ce qu'elle était du temps de Jean de Montfort qui, dans le bourg Sainte-Catiieiune, avait fondé une chapelle appelée Notre-Dame-de-Recouvrance (1546). Les murs de cette chapelle disparaissaient sous les nombreux ex-voto apportés pour le recouvrement des na vires et de leurs équipages; aussi le nom primitif du bourg ne tarda guère à être oublié et celui de Recouvrance prévalut.

Fait bizarre, une sorte d'antagonisme naquit et grandit, divisant profondément les deux villes-sœurs. Un instant, on put croire que les rivalités s'éteindraient. Vauban venait de proposer à Louis XIV la réunion de Brest et de Recouvrance, qu'une nouvelle ligne de fortifications défendrait. Le roi approuva tout et transporta à Brest, dans la môme année, 1681, le siège de la justice royale.

Les habitants de la rive gauche applaudirent, ceux de la rive droite essayèrent de dissimuler leur mécontentement, mais gardèrent leurs préjugés, en affectant une fidélité inébranlable aux usages anciens et en s'y cantonnant avec énergie. Il en résulta une démarcation très tranchée. Les Brestois proprement dits aimaient à cribler de quolibets les « gens de Recouvrance » qui s'efforçaient de le leur rendre avec usure.

Nous n'oserions répondre que la paix soit entièrement faite, que les rivalités soient pour toujoui's calmées. A coup sûr, cependant, l'établissement du pont tournant, facilitant les communications, a dû y contribuer beaucoup.

La po})ulation de Brest resta longtemps stationiiaire et les mœurs s'imprégnèrent d'un caractère tout patriarcal. Beaucoup de coutumes offraient une originalité curieuse. C'est ainsi qu'entre autres conditions im-

1. M. de Blois a fait remarquer qu'une lc])roseriedut, originairement, donner son nom à cette belle et fertile commune.

Dl MONT SAlM-MlCIIi:!. V LOUIKNT

posées aux lioiniiios désireux de s'élahlir dans la ville ligurail <r une sauté robuste el ea|)able d'alTroiiler les dau>;ers de la mer. »

Tu luvslois voulait-il se uiarier? Il devait i)louger près du rocher noniiué la llac^ et y arraeln-r une poii^uée de i^oëuiou. Cela lait, uu grave conseil iVcxpcrb prononi:ait si le eaiulidal avait uu Imii leuipérauieul, ainsi que les (jualités uu)rales nécessaires à uu chef de famille!!

C'était l'aire preuve de sagacité profonde cl les époux, en ce teuipslà, ne devaient probableuieut connaître que le bonheur!!

Les denjandes en mariage, les naissances, les morts étaient entourées de cérémonies ou touchantes ou originales. Chaque fête religieuse ou civile se doublait de réjouissances spéciales à la solennité. En un mot, si Brest ne comptait pas une grande agglomération d'habitants, ceux-ci, du moins, semblent avoir réalisé uu idéal assez complet d'existence honnête et tranquille, encouragée par les moyens les plus propres à entretenir la bonne santé de Fàme et du corps.

11 fallut songer, pourtant, à stimuler le zèle, l'empressement des Brestois à développer TimportaRce que leur cité pouvait acquérir. Des rcglenients on ne peut plus adroits y pourvurent, et il est fâcheux que les noms des philosophes auxquels en revient la gloire ne soient pas parvenus jL ia postérité.

Comprenant l'immense empire exercé sur l'esprit humain par la soif des distinctions, l'amour des prérogatives, on décida trois choses principales :

1" A chaque installation nouvelle d'un maire, le cortège ne se composerait plus seulement des échevins en costume et des anciens notables, mais, aussi, des nouveaux mariés de l'année et de tous les propriétaires qui, dfpuis trois ans, avaient fait bâtir une maison.

2^ Parmi ces nouveaux époux et ces propriétaires, on choisirait l'homme chargé de précéder, une couronne dorée en tête, le cortège du magistrat municipal. A la fin de la 'cérémonie, le maire faisait tomber cette couronne, en signe de l'hommage qu'il rendait au Roi.

5** La solennité à l'église qui accompagnait toujours cette installatioe et la visite au gouverneur du château, qui la terminait, avaient égalemeni pour témoins obligés les mômes personnages. Plusieurs autres menus privilèges découlaient de ces usages. Ils exercèrent une très grande in-

i. Encore eiislanl à l'entrée du port.

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fluence, car les demandes pour acquérir le droit d'habiter Brest se faisant de plus en plus nombreuses, la ville se trouva définitivement fondée.

Mais, son importance née, avant tout, de sa belle situation maritime, concentra nécessairement sur le port la sollicitude de l'administration.

Autant les ateliers, les magasins, la caserne, l'hôpital des marins sont admirables en leur genre, autant la ville est pauvre sous le rapport architectural.

Pas un de ses édifices ne mérite un regard; toutefois, c'est être excessif que de refuser à son ensemble le moindre imprévu pittoresque.

Bâtie sur trois collines à pente rapide, la ville offre de grandes différences de niveau, rachetées par des rampes ou des escaliers à plusieurs étages. La facilité des communications n'y gagne que médiocrement, c'est vrai, mais l'œil se trouve sollicité d'une manière agréable par les perspectives diverses groupées devant lui.

Autrefois, quand on arrivait au sommet de la dernière côte de la grande route, Brest semblait se tapir dans un ravin profond.

Mais, l'enceinte fortifiée franchie, on s'apercevait que la vallée prétendue dominait l'Océan de plus de quatre-vingts mètres et qu'il fallait, pour accéder au port, descendre une longue file de paliers ménagés au tlanc des collines. Peu à peu, néanmoins, les quartiers se sont efforcés de gagner en commodité, en élégance. La rue de Siam, ainsi nommée en souvenir de l'ambassade débarquée en 1684, fut, croyons-nous, une des premières à revêtir un air moderne. La jolie promenade du Champ-debataille, placée vers son milieu, la compléta.

Les deux extrémités de la rue de la Mairie étaient encore, il y a cinquante ans à peine, réunies par une chaussée appelée le Pont-de- Terre ^ comblant à demi une énorme excavation. L'un des côtés du pont plongeait sur ce trou béant, occupé par de misérables huttes, refuges, ou plutôt repaires du rebut de la population.

L'invasion du choléra, en 1832, montra mieux que jamais le danger de l'horrible sentine et le beau quartier de La Tour-d'Auvergne la remplaça. Beaucoup de rues sont vraiment belles et on les remarquerait ailleurs; mais, après le port, il n'y a plus que trois choses susceptibles de captiver l'attention.

La première est le monument élevé dans l'église Saint-Louis, à la mémoire de Charles-Louis du Couëdig de Keugoualer, mort, le 7 janvier 1780, des suites des blessures reçues lors du combat de la frégate la Surveillante, qu'il commandait (octobre 1779), contre la frégate anglaise le Québec.

L'obélisque de mail)i'e noir, scellé sur h uiuraille du chœur, porte cette iuscriplioii bieu uiérilée :

«■ Jeuues élèves de la uiariue, aduiirez et imitez l'exemple du brave « du Couëdio, lieuteuaut en premier des gardes de la marine. »

Suivent quelques lignes, résumant la vie et la mort de l'héroïque commandant.

Après cet hommage rendu, ou se dirige vers le Château, encore remar-

Du Couëdic.

quable, malgré les mutilations dont les exigences du plan de Vauban l'ont marqué.

Il couronne un rocher à pic, situé à l'entrée du port : ses assises gardent la trace de constructions romaines, et l'ensemble figure un trapèze hérissé de sept tours, nommées d'Azénor, de Brest, de César, des Anglais^ de la Madeleine. Les deux autres sont celles du donjon, qui pouvait, grâce r.ux fossés dont il est environné, se trouver isolé de la forteresse.

L'un des bastions porte le nom de Sourdéac, le brave gouverneur qui acheva de rendre, pour l'époque, le château imprenable.

Le donjon renfermait les appartements des capitaines. On y parcourt

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une salle d'honneur, la chapelle particulière des ducs de Bretagne, ménagée dans l'épaisseur des murailles; la chambre où fut détenu Charles de Blois, une salle à manger, de vastes cuisines, ainsi qu'un grand nombre de corridors très étroits, très obscurs, reliant entre elles les différentes parties de l'édifice. Du milieu des fondations, plusieurs souterrains, à l'aspect sinistre, font rêver aux plus lugubres chroniques.... ou légendes, comme on voudra.

Il n'y manque pas d'oubliettes, mais ce nom est particulièrement donné à un gouffre profond, fermé par une pierre glissant dans une coulisse....

Promptement on quitte la place, heureux de retrouver les marches de l'escalier qui permet de revenir à l'air libre, de revoir la lumière.

La vaste cour du château possédait une seconde chapelle qui, longtemps avant la construction de l'église des Sept-Sainls (démolie en 1844), servait de paroisse aux habitants de la bourgade protégée par la forteresse. Ce premier monument religieux de Brest fut détruit en 1819. Le brave et malheureux Gauthier de Clisson, défenseur de la place, pour Charles de Blois, y avait été enterré.

Le château pouvait recevoir une garnison de quinze à dix-huit cents hommes; mais il n'est plus guère de nos jours qu'un souvenir : les ouvrages construits pour la défense de la ville et du port, lui ayant enlevé la plus grande partie de sa raison d'être. Les fossés sont à demi comblés, ses poternes depuis longtemps murées, ses fenêtres, ses meurtrières presque toutes modi liées, ses toitures rasées, son esplanade {le Parc au Duc), entaillée afin de livrer un passage vers le port. Malgré ces changements, fâcheux au point de vue archéologique, on aime à visiter le témoin de tant de luttes.

Des assises gallo-romaines, aux ijiurs grossiers du douzième siècle, et à l'appareil plus symétrique des treizième et quatorzième, la pensée, rapidement, se reporte vers les époques si nombreuses où l'Armoricain, toujours énergique, combattit pour l'indépendance de son pays bien-aimé.

Chaque période a laissé son cachet distinct sur ces murailles toujours menaçantes; mais le génie moderne sait porter plus loin, plus sûrement la destruction.... Combien de temps encore respectera-t-il le berceau de la cité?

Lorsque les yeux et le cerveau ont été saturés d'images, de pensées guerrières, un peu de calme semble doux.... Le cours d'Ajot offre ses ombrages et le tableau nouveau a bien vite dissipé les réflexions trop philosophiques.

Bapprochement plein de contrastes, c'est à un officier du génie, M. d'Ajot,

DD MONT SAlNT-MH.Iin, A UmiKNT 4W

directeur des fo.-.iru-a.ion., .[ue li.vsl ,loi, I. nngnifiquo promenade conquise sur les ronipaiis faisant l-iceàla rado (1700).

Le cours n*a l>as moins do six cent vingt mètres de long sur environ

vingt-huit de largeur. Ses iM\inds ormes ont subi l'ettort des plus furieux vents d'ouest, et arrondissent, superbes, Unir voûte centenaire à cent pieds au-dessus des flots. En ISO 1, Napoléon, quoiqu'il n'aimât pas Brest, fit don à la ville de deux œuvres importantes de Coysevox, si bien nommé le Van Dyck de la sculpture; on plaça les groupes, représentant yeptune et Y Abondance, aux deux extrémités du cours.

C'était orner dignement une promenade rangée avec justice parmi les plus célèbres de France.

Planté, nous venons de le dire, sur les remparts, le cours, jadis, surplombait directement la mer, qui venriit battre la plage de Porstrein' et brisait sur les roches soutenant la ceinture fortifiée.

fioars (i'Àjot.

nant la ceinture lorunee. , i • i. r^,.

Mais le port de commerce fut décidé en même temps c,ue le «!>-,,

étendant ses rails, allait sillonner les points extrêmes de la pen.nsulo celltquo.

i. On devrait écrire Porzlrein.

Nécessairement, la gare ne pouvait être établie à une trop grande distance des futurs bassins, des quais projetés. La passe de Pollic-Allor et la grève de Pontrein parurent offrir un emplacement favorable. Deux môles fermèrent l'étendue réservée, laissant entre eux une passe suffisante, et la gare y fut reliée.

Brest n'aurait plus besoin d'entasser les navires marchands près des vaisseaux de guerre : gêne mutuelle pour tous et source permanente de con-

Brest : La Rade vue du cours d'Ajot.

flits. En même temps, l'essor serait donné aux éléments de prospérité de la contrée, jusqu'alors trop oubliés....

Des résistances se firent jour, résistances vaines : le port commercial est créé, il prospérera, sinon tout de suite, mais à coup sûr, dans l'avenir.

Depuis ce temps, le cours d'Ajot, au lieu de dominer simplement la mer, au lieu d'offrir le continuel spectacle des évolutions de la marine militaire, permet à ses promeneurs d'envelopper, dans un cercle d'horizon peut-être sans rival, Recouvrance, le port de guerre, les bassins du commerce, les constructions de la voie ferrée, les mille accidents de terrain des côtes bornant la rade immense....

DU MONT SAI'.ST-MICIIKL A LOHIKNT iol

Une jouriiôe entière pourrait passer ici sans amener l'ennui, sans que le regard fut rassasié des aspects si variés de la scène toujours mouvante.

A gauche, le siTtlet des locomotives annonce l'arrivée des trains à Brest; ils s'allongent sur la voie tracée à quelques pas des flots.

En continuant de suivre la lile des wagons noirâtres, les quais de Porstiein se présentent, bien aménagés et disposés à s'animer chaque jour davantage.

L'immense steamer transatlantique peut s'y amarrer avec la même sécurité que le petit bateau de pèche et il faut espérer qu'une station sera rétablie. Nulle baie n'est plus hospitalière, nul fond meilleur. Les tempêtes d'équinoxe doivent avoir atteint le dernier degré de violence pour que les bàtimenis à l'ancre en ressentent les effets.

Après le port de commerce, c'est le château, c'est l'entrée du port militaire, le pont tournant; c'est la rive droite de la Penfeld, couverte de maisons, le village de Lanmnon, les premières habitations de SAiNi-PiEimE OuiLBiGNox. Vers le milieu de la rade, c'est l'Ile Ronde, c'est l'île Longue\ avec son mât à signaux où flotte trop souvent le pavillon en berne. Plus loin, en face, les falaises se redressent brusquement pour former les hauteurs de Plougastel, le grand jardin fruitier brestois, et celles de Lanvéoc, débarcadère de CrozoiN. Entre ces montagnes, VAulne a creusé son large estuaire, route directe vers le cœur de la province, et continuation du beau canal de Nantes à Brest.

Tout au fond de la rade, les pointes rocheuses courent l'une vers l'autre : Roscanvel, au sud, toute dénudée, à peine sablonneuse; Portzic, au nord, ombragée par son bois de sapins, à travers les branches duquel se montre le petit clocher de la chapelle Sainte-Anne, si chère aux marins.

Tel se présente le cadre du tableau; mais, que de détails il renferme en sa vaste étendue!

Un navire, nouvellement lancé, fera des expériences de marche. Une flottille de bâtiments de commerce arrivera des points les plus opposés.

Les lourds vaisseaux cuirassés se mettront en mouvement à grand'peine, suivis par les monstres marins appelés monitorsy mais devancés par les agiles torpilleurs.

Une escadre revient au port d'attache ou se dispose à reprendre la mer.

1. Dite aussi : des Morts, parce que les bàtinieuts suspects y font leur quarantaine (voir notre premier volume, article Havp.e.)

Une fête se pi'épare : Ion les les iiiàUires sont })av()isées, le canon éveille les échos des falaises graiiiliqnes, les honrrahs des marins l'épondent anx acclamations des spectateurs....

Nous l'avons dit : Brest, souriant à la paix, ne redoute pas la guerre, et quand, de sa merveilleuse promenade du cours d'Ajot, on a pu contempler, énumérer ses richesses, il faut bien se rassurer, il faut bien croire à l'avenir de notre marine, llien ne lui manque, rien..., sinon notre entière conliance, notre entière bonne volonté!

Le Mousse.

La rade.

La rade et le "oulut.

Quarliur d'infaulcrie de marine.

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