‹ Le littoral de la FranceChapitre 74 sur 120 · BREST. — LA RADE · texte numérisé non relu

BREST. — LA RADE

Vaste bassin naturel, la rade n'a pas un circuit moindre de trente-six kilomètres. Certaines appréciations lui donnent même quarante kilomètres. Si l'on veut une comparaison, c'est donc, au moins, l'étendue de Paris, enserrée par les fortifications, que la mer recouvre d'une nappe d'eau ne descendant jamais au-dessous de quatorze brasses de profondeur (vingtdeux mètres soixante-huit) et pouvant, par conséquent, recevoir les plus forts vaisseaux.

Environnée par des terres élevées, elle est abritée des vents, sauf de celui de l'Ouest, pénétrant sans obstacle par le Goulet. Aussi les navires à voiles devaient-ils, parfois, attendre assez longtemps la brise qui leur ferait franchir l'étroit passage. Puis, s'agissait-il de lever l'ancre, on ne pouvait d'avance fixer l'heure du départ, à moins que, tout à coup, les vents du nord-est et de l'est ne se décidassent à souffler.

L'emploi de la vapeur supprime, maintenant, cette subordination aux forces naturelles. Les départs ont lieu régulièrement; l'arrivée escomptée presque à coup sûr.

La facilité nouvelle des manœuvres a fait craindre que la rade brestoise pût être visitée et le port menacé par une flotte ennemie. Craintes vaines, croyons-nous : les forts, les batteries étant suffisamment multipliés et assez savamment disposés pour parer au danger. Mais, si cette appréhension n'a pas de fondement, on reste en face de l'opinion de plusieurs marins distingués, tels les amiraux Duperré, de Mackau, Thévenard, qui prévoyaient l'encombrement du port militaire et estimaient que la position du château avait dû influer sur l'emplacement choisi; l'estuaire de l'Aulne présentant une situation des plus avantageuses à tous les points de vue.

Combien de fois n'a-t-oii pas redouté de voir un incendie éclater dans un des établissements de la marine un peu trop entassés à cause du manque de largeur de la Penfeld? Les pertes possibles se chiffreraient par des centaines de millions!

Heureusement, le port marchand a été une première, une très sérieuse amélioration, et, sur la liste des grands travaux projetés, Brest voit ses intérêts, intérêts hors ligne, sauvegardés.

Trois principaux cours d'eau tombent directement dans la rade (nous les avons déjà nommés) : VElorn, ou rivière de Landerneau; V Aulne, ou rivière de Châteaulin; la Penfeld, beaucoup plus modeste en longueur, mais placée au premier rang, puisqu'elle a suivi la fortune de la ville.

Les embouchures de ces rivières ne sont pas les seules échancrures de la baie dont, au contraire, les bords se dentellent pittoresquement sous le double effort de la mer et de gros ruisseaux remontés par le flux. Telle Vame de Daoulas, pénétrant fort loin et recevant le Cosquer, le Pont-Mein, le Trélioii; telle Vanse de Hiôpilal Camfront, qui reçoit le Roudoiihir.

Plusieurs autres petits havres s'ouvrent dans les écarlements des pointes rongées par la vague. Les moindres écueils sont indiqués avec soin. Du reste, la rade est très sûre, quoique l'on y ait vu d'étranges naufrages : témoin celui du Du Gucsclin, beau vaisseau mixte, perdu' sur les roches continuant la pointe de l'île Longue. On faisait les expériences de la machine de ce navire, lorsque le pilote, ne se défiant pas assez de la distance à tenir, par rapport aux récifs, vint y échouer.

L'équipage était à bord depuis la veille seulement et ne comptait, d'ailleurs, que quatre cents hommes trop peu rompus à des manœuvres difficiles. L'irrésolution s'en mêla, un conflit éclata entre le capitaine et le président de la commission chargée de recevoir la machine.... la mer n'attendit pas, elle continua de baisser; le Du Guesclin donna du flanc sur les roches : dès lors, il fut condamné. Six mois après, on en transporta, avec des pontons, la carcasse à Lannion, où elle fut dépecée. Ainsi se justifiait, une fois de plus, le dicton des pilotes expérimentés. « Pour devenir vieux sur mer, il faut savoir saluer les grains et arrondir les pointes » autrement dit, veiller avec soin au vent et aux écueils.

Un péril sérieux existe dans le Goulet : la Roche-Mengam ou Mingnnl, y rétrécit le passage et a causé nombre de sinistres. Vauban essaya de

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