Voir noire premier volume : article Ciielsouko
Le vaillant amiral terminait en annonçant qu'il venait d'acquérir (de ses propres deniers, peut-être, il est coutumier du fait!) une précieuse collection réunie par un de ses amis, M. Olivier.
Malheureusement oui, on oublie vite; l'époque actuelle est toute aux découvertes destinées à révolutionner la marine. Révolutionner, est bien le mot; reste à savoir si le but sera atteint, si on ne s'expose pas à des mécomptes cruels.
Les dernières expériences faites (dans la nuit du 7 au 8 juin 1884
Le DorJa.
sur les côtes d'Algérie, doivent causer une crainte salutaire. On avait décidé que des navires torpilleurs attaqueraient, de nuit, l'escadre cuirassée. Le plan s'exécuta par le temps le plus favorable, et il fut reconnu que des marins, possédant du sang-froid, de l'audace, pourraient, montés sur une flotte de petits torpilleurs, anéantir une escadre de gigantesques cuirassés : la vitesse d'un torpilleur étant double de celle du meilleur de ses adversaires. L'exploit célèbre de Canaris, l'illustre patriote grec, faisant sauter, à l'aide d'un brûlot monté par quatre hommes, un vaisseau turc de mille hommes d'équipage, se renouvellerait bientôt presque sans risques!!
DU MONT SAINT-MICIIEL A LOUIENT 459
Or, a-t-on justement remarqué, le prix d'un cuirassé solderait l'achat d'une ilotlille de torpilleurs.... Alors? Alors nous pensons que la force ne sera pas toujours souveraine maîtresse dans les conseils de notre Amirauté et que, de nouveau, on voudra tirer parti des admirables qualités de nos marins.
A ce but, auquel nous devons tendre sans relâche, Brest est en mesure de nous donner une aide efficace. L'École navale, cette pépinière de vaillants otTiciers, installée sur le vaisseau le Borda, fait l'honneur de sa rade.
In autre vaisseau-école l'Austcrlitz est spécialement affecté à l'instruction des mousses, recrues précieuses pour nos équipages futurs.
Cependant, un préjugé bizarre, né de l'ignorance où nous restons, si volontiers, à l'égard de la marine, fait encore considérer cette dernière école comme une sorte de prison, où des jeunes gens aux instincts mauvais peuvent et doivent être reçus. Les demandes d'admission continuant malgré tous les avertissements, M. l'amiral Peyron s'est vu obligé d'adresser à M. le Préfet de police la lettre suivante :
« Monsieur le préfet,
« Des habitants du département de la Seine m'adressent fréquemment des demandes d'admis'sion à l'École des mousses de la flotte, en faveur d'enfants ayant une très mauvaise conduite et même ayant déjà été mis dans des maisons de correction; le plus souvent, les pélilionnaires prétendent que les commissaires de police, qu'ils ont consultés sur les moyens de répression à employer pour venir à bout de leurs enfants, leur ont donné le conseil de les mettre dans la marine comme mousses.
« L'École des mousses de la flotte est, comme vous le savez, pour la marine, ce que les écoles d'enfants de troupes sont pour l'armée de terre ; les enfants qui y sont élevés gratuitement par l'État, et qui sont, du reste, presque tous fils d'anciens serviteurs de l'Etaf, sont destinés à fournir plus tard les éléments du recrutement d'un personnel d'élite : celui des officiers mariniers de la flotte.
« 11 est donc du plus haut intérêt pour mon Département que les enfants admis à cette Kcole présentent des garanties de conduite, de moralité et de docilité; il est, par suite, nécessaire que les autorités qui ont mission de me renseigner sur les candidats, n'encouragent pas les parents des mauvais sujets ou des indociles à faire des démarches pour les faire admettre à l'École des mousses de la flotte, et, au contraire, s'enquièrcnt aussi exactement que possible des antécédenis des enfants, avant de leur donner le certificat de bonne conduite exigé pour l'admission comme mousse.
Je vous serai tout particulièrement obligé, de vouloir bien donner des instructions dans ce sens à MM. les commissaires de police sous vos ordres, et je vous remercie d'avance de ce que vous ferez pour m'aider à déraciner l'opinion regrettable que beaucoup d'habitants de l'intérieur de la France ont de l'École des mousses, qu'ils considèrent comme un véritable établissement de correction.
« Agréez, etc.