‹ Le littoral de la FranceChapitre 79 sur 120 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

I.A RADE DE LREST. — LE CALVAIRE DE PLOUGASTEL ET LES CALVAIRES BRETONS

On ne trouvait guère autrefois, en Bretagne, de carrefour qui ne fût orné d'une croix. Ce n'était pas toujours une simple marque de foi, mais le témoignage d'événements ayant, ou effrayé les habitants : un meurtre, par exemple, ou leur ayant causé une certaine joie : le voyage d'un souverain.

Mais, près des croix, on trouve, assez nombreux, surtout dans le Finistère, de véritables monuments, presque toujours élevés en commémoration de vœux formés au cours des famines et des maladies épidémiques dont, Bi souvent, la Bretagne fut frappée.

Au neuvième siècle, une sorte de peste; au onzième et au douzième, le charbon ou mal des ardents.

Au quatorzième siècle, la bosscy véritable fléau asiatique, ainsi appelé de la grosseur des bubons mortels qu'il produisait; au seizième siècle, la coqueluche ou grippe; puis, les horribles suites des guerres de la Ligue décimèrent le pays.

Il faut lire le récit du chanoine Moreau pour comprendre à quel excès de misère la Bretagne se trouvait réduite.

Ceux qui avaient échappé à la cruauté des soldais étaient exposés à la faim qu'ils ne pouvaient éviter, car personne n'avait la liberté d'aller à sa maison où il n'aurait trouvé que les murailles, le tout étant emporté par les gens de guerre; si bien que les pauvres gens n'avaient pour retraite que les buissons, où ils mangeaient de l'oseille sauvage et autres herbages, et même n'avaient aucun moyen de faire du feu, de crainte d'être découverts. Ainsi mouraient ces malheureux, dans les parcs et dans les fossés, et les loups, les trouvant morts, s'accoutumèrent si bien à la chair humaine que, dans la suite, pendant Vespace de tept à huit ans, ils attaquèrent les hommes, même armés, et personne n'osait aller seul.

.... Il ne restait aucun bétail, soit de labour ou autres.... Les pauvres se jetaient en

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si grand nombre dans les villes qu'on ne pouvait les soulager. Ils n'avaient que quelques drapeaux pour se couvrir les reins. Sans logement, ils couehaient dans les élables, comme les pourceaux, s'y enterraient dans le fumier, ne tardaient pas à cnîler, devenaient jaunes et mouraient incontinent.

.... La peste commença un an après la paix conclue. Elle sévit depuis le mois de mai jusqu'en décembre, en faisant un effroyable ravage, car il en resta peu qui n'en fussent atteints ou n'en mourussent....

Accablé par laiit de cahiiiiilcs, le peuple, en dépit de son extrême

misère, multiplia les vœux. Quelques années après, les calvairea taisaient l'orgueil des bourgs assez heureux pour les posséder.

Entre tous, on connaît le calvaire de Plougastel-Daoulas, parce que, voisin de Brest, il est plus souvent, plus facilement visité.

Le monument se compose d'un vaste piédestal ou, plutôt, d'un soubassement percé à la manière des arcs de triomphe romains. Trois croix le surmontent : celle du Sauveur, au milieu, est plus élevée que celle des Larrons; un monde de statuettes couvre le tout. Les scènes de la Passion y sont représentées sans beaucoup de délicatesse de ciseau, mais avec une verve, un bonheur d'imagination, un esprit rares. Si le métier y semble faire défaut, l'art, c'est-à-dire la vie elle-même, y est triomphant : Callot eut sculpté ainsi, s'il avait tenu l'ébauchoir.

Chaque figurine possède justement l'expression, l'attitude qui lui con-

l'orclie de l'église de Giiimiliau.

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