CHAPITRE XXXIII
I.A PvADE DE BREST : LES RIVIÈRES DE DAOULAS, DE L'IIOPITAL-CAMFRONT, DU FAOU L'AULNE OU RIVIÈRE DE CIIATEAULIN
Les baies, grandes ou petites, dont est dentelée la rade de Brest, pénètrent presque toutes assez avant dans les terres et prennent le nom dé la commune la plus importante baignée par leurs eaux. Généralement, encore, elles sont designées, sur les cartes, comme étant des rivières, pour cette raison que les marées, ayant creusé le lit de divers ruisseaux, ont Uni par former de commodes estuaires, ressemblant plus à une rivière qu'à une baie.
l-c nom de Dagulas, gros clicf-lieu de canton, a ainsi été donné au lit commun de plusieurs cours d'eau. Ce nom a exercé, il exerce encore la science des étymologisfes, car il signifie Double mémoire. Mais, du reste, lel bourg ne serait guère connu sans le voisinage de Plougastel, qui dépend de la circonscription cantonale. Autrefois, pourtant, Daoulas possédait une ab-» baye célèbre, maintenant en ruines; ces débris, le cloître surtout, méritent bien un moment d'attention. -
L'Hoimtal-Camfrom, ancienne commanderie de Templiers, a également donné son nom à la jolie anse qui baigne son territoire.
La rivière du Faou est le bras de mer qui vient former au Faou {ville dit llttre), eu suivant l'embouchure de VEllez, affluent de l'Aulne, un petit port assez fréquenté. Presque toutes les maisons de ce chef-lieu avaient, jadis, une physionomie artistique très originale, mais peu en rapport avec les mœurs modernes. Le Faou appartenait à une branche cadette de la famille, de Léon, très puissante en Bretagne, et avait titre de vicomte. Il doit sou nom à un groupe célèbre de trois hêtres^ croissant sur un monticule élevé qui domine la contrée et lui donnant un aspect des plus pittoresques.
Ogée a relaté que le vicomte Jacques du Faou, sénéchal du Poitou (1472), avait une vénération singulière pour les gens de lettres. Son fils, Yves, fut gouverneur du roi François F'. En 1486, un vicomte du Faou était amiral de Bretagne.
Le bétail, les céréales, le bois, très abondant, car une forêt est proche, assurent au port un fructueux trafic; l'industrie commence à y prendre droit de cité, augure favorable pour l'avenir.
A moins d'une lieue du Faou, se trouve Rv^e^ol, dont le Pardon Notre- Dame est l'un des plus célèbres de la Bretagne entière. Suivant les archéologues, le nom de cette commune viendrait de Rxi-men-goU {pierre rouge de la Lumière), parce qu'un sanctuaire druidique aurait occupé l'emplacement de l'église. Les Bretons disent qu'il vient de Remed-Oll (tous remèdes), et c'est, en effet, sous ce vocable que l'on invoque la Vierge, patronne du lieu.
Il n'y a pas moins de quatre pardons chaque année, tous fort intéressants, au point de vue des antiques usages. Là, également, on retrouve beaucoup des costumes trop abandonnés de nos jours, car la foule arrive du Finistère entier, des communes limitrophes du Morbihan, des Côtes-du-Nord.
Les processions de Bumengol n'ont rien à envier à Saint-Jean-du-Doigt, à Sainte-Anne-de-la-Palud, ou à plusieurs autres très suivis, et c'est un spectacle étrange d'assister, le soir de la fête, aux campements organisés, sur la lande, par les mendiants, vrais ou faux, accourus de tous côtés.
L'église de Rumengol possède une belle flèche dentelée et des statues en bois sculpté, qui seraient d'un meilleur aspect si l'on n'avait eu la malencontreuse idée de les dorer ! d'où l'expression usitée : les statues d'or de Notre-Dame. Un reliquaire en bois d'acajou, chef-d'œuvre d'art et de patience, de Pierre Pondaven (de Saint-Pol, mort en 1861), représente le clocher du Kreisker.
La petite forêt du Crannon, reste des importantes futaies couvrant autrefois le pays, offre des paysages du charme le plus exquis; si son nom était plus connu, que de visites elle recevrait!
La rivière I'Aulne, la plus importante du Finistère, présente, largement ouverte, son embouchure sur la rade de Brest. L'effet du flux se propage jusqu'à une très grande distance et donne à Port-Launay (trente-deux kilomèlres de la mer), détaché depuis moins d'un demi-siècle de Châteaulin, toute son importance. Le chef-lieu d'arrondissement, situé à trois kilomètres au delà, a perdu quelque peu de son animation; mais, il n'en reste pas
ins on possession dn privilège d'imposer son nom à TAulne qui, dans
cette dernière partie de son cours, s'appelle rivière de Châteaulin.
Une excursion sur l'Aulne est bien faite pour le plaisir des yeux. De hautes collines vertes, boisées ou arides, alternent avec de riches p/airies, des champs bien cultivés ou des lambeaux de bruyères. Les clochers des villages se dressent sur les rideaux d'arbres. Les flots, d'une admirable lim- ji. ' '
pidité, revêtent tour à tour les couleurs les plus varices et glissent,
a peine
murmurants, entre les berges onduleuses qui s'éloignent ou se rapprochent ,
sur une largeur variant de cent à quatre cents mètres; les barques, les |
navires caboteurs montent ou descendent, suivant l'heure propice de la marée. i
Le viaduc de Port-Launay laisse passer, sous son arche superbe, hardiment jetée d'une rive à l'autre, la mâture des plus grands bâtiments fréquentant ces parages. 11 a été fort difficile à construire, car le chemin de fer sillonne la crête des montagnes et les nécessités de la navigation apportaient un obstacle nouveau, heureusement vaincu.
Le colosse est là, campé sur ses flancs de granit, mais non lourd et disgracieux : il semble garder l'accès de paysages plus ravissants encore. l
Après Port-Launay, Guateaulin (fondé soit par Alain P', petit-fils de Salomon, roi de Bretagne, soit par Budic-Castellin, comte de Gornouailles, (dixième siècle), entasse ses maisons sur les bords de l'Aulne, et leur fait escalader les pentes roides des collines qui l'enserrent de toute part. Panorama charmant, animé, quoique un peu trompeur, sous ce dernier rapport, Châteaulin secouant lentement l'apathie du passé. Tout le pays placé sous la juridiction de sa sous-préfecture aurait, cependant, grand besoin d'être transformé. Les montagnes, il est vrai, rendent difficiles les améliorations souhaitables. La chaîne d'Arrhez, au nord, les montagnes Noires, au sud, couvrent le sol de leurs ramifications, abondant en landes et bruyères où on élève des moutons renommés.
Les produits naturels et agricoles n'y manquent pas, du reste : bétail, poisson, chevaux, beurre, grains, volailles, lin, chanvre, légumes, fournissent un fret suffisant, mais qui pourrait être considérablement augmenté.
L'Aulne a été longtemps réputée pour la pêche du saumon, qui y durait de novembre à avril, et donnait ce poisson par milliers; elle appartenait au roi. Les bandes de saumon remontent encore la rivière, mais elles sont loin de produire les. bénéfices de jadis.
Châteaulin n'a gardé du passé qu'une tour et deux pans des murailles de sa forteresse. La chapelle du château est devenue l'église Notre-Dame. La ville s'honore d'avoir vu naître le P. André, auteur de VEssai sur le Beau, œuvre d'un style exquis, et le brave contre-amiral Gosmao.
On peut suivre l'Aulne sur la plus grande partie de son cours, puisque, nous l'avons déjà dit, elle termine, à l'ouest de la Bretagne, la magnifique artère fluviale appelée le canal de Nantes à Brest. Elle reçoit, entre autres affluents, la jolie rivière d'Hyère et le trop plein de l'étang de Poullaouen.
nu MONT S.MNT-MICIII'L A LOUIENT
Cet t^tang dessert les travaux de la mine de plomb argentifère qui, avec celle de Huelgoat (Le Haut-Bois), produit une exploitation prospère, durant depuis près de deux siècles.
Rien de plus tranché que l'aspect des deux mines. Huelgoat (sur la rive droite) est dans une position aussi pittoresque que riante, entourée de bois, débris de la vaste lorôt qui la couvrait; les eaux y forment de belles cascades et les ruines curieuses, les monuments druidiques y sont nombreux. La plus belle des pierres branlantes de Drelagne se voit à peu de dis-
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Vue générale de Châtcauliii
tance. Mais, Poullaouen (sur la rive gauche), centre de l'exploitation du minerai, gît au milieu d'un cirque de hautes collines dénudées, tristes, empruntant à ramoncellement des débris abandonnés un reflet sombre et morne....
Il ne faut pas oublier que les gisements ardoisiers sont nombreux le long des bords de l'Aulne et dans la contrée entière. On peut donc regretter qu'une impulsion énergique, donnée à l'industrie, au commerce, à l'agriculture, ne tire pas un meilleur parti de la belle route d'eau traversant l'arrondissement.
Cela viendra, espérons-le. Au seizième siècle, le pays était beaucoup plus opulent qu'il ne l'est de nos jours, car on trouve, dans les récils des uialheurs causés par la Ligue, que le comte de Magnane, capitaine de Mercœur, vint piller les habitants « tous très riches, possédant des meubles de prix, et des tasses d'argent du poids de trois à quatre marcs* ».
La prospérité peut renaître complète. Il suffit d'y appliquer tous les soins, tout le travail possible.