Voir premier volume, chapitre xxxiii
Le Devoir! nous employons ce mot à défaut de tout autre, et même aurions-nous dû dire : un héroïsme qui s'ignore, les équipages étant choisis parmi des volontaires, empresses, nombreux.
Si mauvaisey autrement dit si périlleuse, que puisse être la station, les sauveteurs ne manqueront pas.
Depuis l'enfance, ils vivent sur la côte, apprenant à distinguer la moindre « tête » d'écueil, à saisir le signe le plus fugitif de perte ou de salut. Rien des chances contraires ne leur est voilé : c'est en entière connaissance de cause qu'ils ont accepté la mission sublime et qu'ils s'y consacrent avec le froid courage d'hommes habitués à braver la mort, à la faire reculer à force d'audace.
Pendant trop longtemps, les sauvetages furent laissés à l'initiative individuelle : les moyens d'y parvenir étant précaires.... Depuis 1865, la Société centrale de sauvetage des naufragés, due à l'initiative du grand peintre de marine Gudin et de M. Delvigne, inventeur du porte-amarres, a commencé son œuvre protectrice. La carte du Littoral français, publiée par ses soins, prouve que tous les points dangereux sont, aujourd'hui, pourvus, grâce à elle, d'un matériel complet, varié : canots, porte-amarres à grande portée, fusil-porte-amarres, secours divers, multipliés à profusion.
Un simple regard jeté sur cette carte fait comprendre, aux moins familiarisés avec les choses de la merf quelles stations sont particulièrement exposées à fournir un lourd chiffre de sorties.
Entre tous, les rivages bretons se présentent hérissés de signes conventionnels exprimant la nature des différents postes établis. On se trouve en face de « la terre de granit », incessamment battue à l'ouest et au sud par l'Atlantique, dont, au nord, la houle repousse avec furie les flots turbulents de la Manche.
Les navires à voiles en font la rude expérience, quand ils doivent déboucher du chenal du Four. Aux coups de vent, aux coups de mer se joint la présence de récifs jetés comme une barrière défendant à la fois l'accès de la côte et celui du large. Les rares passages ouverts au milieu de cette barrière sont des plus dangereux. Mais, cela peut-il décourager les sauveteurs*?
Des canots sont installés à Saint-Malo, à Dinan, au Portrieux, à Bréhat^ à Perros-Guirec, à Roscoff, à Pontusval, à VAber-Vrac'hy à Porsal, à Lampaul, et
1. Nous ne nommerons ici que les localités dont il sera question dans le présent volume. Le reste viendra en son temps.
nr MONT SAINT-MICHEL A LORIENT S03
dans la baie du Stiff{i\û d'Ouessant), à l'ile Molènc, au Conquête iiCamaret^ à Douarneiie::, à l'ile de ^>ih, à Aitdirnw, à Kcrilij-Penmarcli., à la pointe de VEsconily aux îles Glênans.
Des stations munies de porte- amarres à grande portée, de fusilsamarres et de toute sorte d'engins de secours sont établies entre les stations de bateaux, de manière à ce que, de partout, le possible, nous nous trompons, Vimpo^sible, souvent, soit tenté!!
Il faut ouvrir les annales de la Société centrale de sauvetage des naufragés pour voir ce que l'on peut accomplir avec des sommes d'argent minimes, mais aussi avec le concours des cœurs généreux. Depuis dix-neuf ans que la Société est fondée, elle a sauvé ou secouru six cent neuf navires et arraché à la mort