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PLUS DE TROIS MILLE PERSONNES

Or, un canot de sauvetage, sur son chariot, coûte quinze mille francs; la maison-abri et les accessoires divers, quinze autres mille francs : en tout trente mille francs!! C'est à croire que Ton rêve.... Trente mille francs pour établir une station, pour obtenir une chance de plus de disputer à la mer les victimes dont elle se montre avide!

Si nous n'étions pas, en France, autant indifférents ou, plutôt, autant ignorants de tout ce qui touche à la marine, c'est par centaines de milliers que se nombreraient les souscripteurs de la Société centrale de sauvetage des naufragés; c'est par un budget millionnaire que se compléterait l'admirable réseau de salut; car, si Ton a fait beaucoup, il reste encore beaucoup à faire; il faut, d'ailleurs, améliorer constamment le matériel et veiller à son bon entretien. (Nous ne parlons pas du personnel, jt/ma/s il ne manquera!) La Société connaît ses devoirs; elle s'y consacre avec un zèle dont. n'importe quel éloge mis en regard paraîtrait banal.

Son but, l'humanité l'a tracé, le dévouement y travaille sans relâche*^ Il faut s'incliner avec respect et souhaiter que l'exemple devienne chaque jour plus contagieux....

Il l'a été : une seconde Société, née, celle-ci, sur la terre armoricaine, reconnaît pour son fondateur M. Nadault de Blffon, ancien avocat général près la cour de Rennes.

Le titre de cette Société est bien fait pour toucher l'amour-propre et le cœur des enfants d'Arvor ; Les Hospitaliers-Sauveteurs Bretons. Mais ce nom, qui semble un peu exclusif, ne doit pas être pris à la lettre : la Société ne bornant pas son action à la Bretagne, quoique le vieux duché reste son centre d'union préféré.

Elle a des stations* à Paramé, à Saint-Malo, à D'mard, à Saint-Briac, à Saint-Lunaire^ à Saint-Suliac, à Dinan (sur la Rance), à Rochebonne (Ille-et- Yilaine), au Légué, à Perros, à Loguivy-Lannion, à Lannion, à Morlaix, au Porf f?e commerce de Brest, à Port-Launay, à Quimper, à Benodet, à Concarneau, à Pont-Aven, à Quimperlé. Ces stations n'ont pas toutes un bateau (la Société n'en possède que huit ou dix, croyons-nous), mais elles sont pourvues d'engins de sauvetage, de boîtes de secours, et leur personnel fait preuve d'un dévouement qui a rendu bien sympathique le drapeau mi-partie bleu et blanc, à l'hermine de sable% flottant sur les postes-abris.

11 est consolant de voir les idées philanthropiques faire ainsi un chemin rapide. Devant le péril, les rancunes s'apaisent, les susceptibilités s'effacent, l'homme redevient ce qu'il devrait être toujours : un frère pour d'autres hommes menacés, un frère intrépide et bon.

Si la charité, dans la belle, dans la noble acception que comporte ce mot, si la charité était bannie du reste de la terre, on la retrouverait au fond des cœurs des braves sauveteurs voués au secours des naufragés.

C'est, répétons-le, devant une mer presque toujours agitée, si elle n'est furieuse, que l'on comprend mieux l'étendue de la reconnaissance méritée par ces énergiques pilotes, par ces patrons conduisant leur équipage au milieu de la tempête, avec le calme dont ils feraient preuve pendant la journée la plus belle!

Combien d'entre eux sont tombés au champ d'honneur! La Société de secours aux familles des naufragés, digne complément des deux Sociétés de sauvetage, le sait peut-être exactement. Mais, la masse de la nation l'ignore.... Nous voudrions voir une plus large, une plus constante publicité faite à ces œuvres éminemment patriotiques. Les frais résultant de cette publicité seraient vite couverts, croyons-nous, car ce n'est jamais en vain que l'on s'adresse aux cœurs français.... Tout acte héroïque éveille en eux une sympathie naturelle, bientôt traduite par une générosité sans bornes.

Apprenons donc à la jeunesse française à honorer les héros du dévouement, comme on lui propose de glorifier les autres héros; ce sera une éducation virile qui ne tardera pas à produire les meilleurs fruits de morale vraie et de patriotisme.

Pour nous, un profond sentiment d'admiration et de gratitude a tou-

i. Comme pour la Société centrale, nous ne citerons que les slalions des localités nommées dans ce volume. Plus lard, nous terminerons la nomenclature. 2. L'iiermine figurait dans le blason ducal de Bretagne.

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jours rempli notre unie, lorsque nous avons visité une station de sauvetage, lorsqu'il nous a été donné de serrer dans nos mains les vaillantes mains de ces hommes rompus aux plus accablantes fatigues, aux plus terribles dangers.

Ils sont là, guettant paisiblement la moindre « saute de vent », le moindre caprice de l'ennemie sournoise, si belle sous sa parure de lapis ou d'émeraude, si cruelle dans ses colères....

« Je te connais bien! » semblent-ils lui dire. Et, en effet, ils la connaissent; ils savent, sinon la dompter, du moins lutter corps à corps avec elle, jusqu'au point d'épuiser sa force, de lui enlever des milliers d'épaves.

Ne serait-elle pas méritée cette inscription placée sur les postes-abris : « Aux marins sauveteurs, la France reconnaissante! »

M capitaine de frégate.

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