‹ Le littoral de la FranceChapitre 93 sur 120 · QUELQUES MOTS SUR LES CHANTS POPULAIRES BRETONS · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LES CHANTS POPULAIRES BRETONS

Ce n'est pas, croyons-nous, trop oublier notre sujet, que de consacrer un chapitre aux chants encore popuhiircs en Bretagne.

L'idiome celtique est proscrit : on s'efforce d'en faire disparaître la trace; avant peu, l'œuvre de mort sera accomplie.... Mais, nous voulons fermement l'espérer, ces chants ne seront pas oubliés. De génération en génération, ils surnageront, épaves poétiques, nées du cœur du peuple et destinées à vivre autant que lui.

Si quelque chose peut fortifier notre espoir, c'est l'étude des monuments édifiés au génie de la langue bretonne. Beaucoup y ont travaillé, qui, n'ayant pas su borner leur tâche, ont amoindri le but poursuivi.

L'auteur du Barzaz-Breiz n'a pas agi ainsi. Sous le modeste titre de Chants populaires de la Bretagne, avec un tact merveilleux, une érudition, une science profondes, M. le comte de la Villemarqué a suivi, dans ses courses vagabondes, le génie des poètes bretons et l'a rendu accessible non seulement à ceux qui, comme nous, balbutient avec difficulté la chère langue maternelle, mais à ceux même qui n'en épellent pas le premier mot.

L'œuvre était périlleuse, M. de la Villemarqué la juge encore imparfaite. Nous n'oserions décider : notre compétence est nulle; mais il nous est bien permis de dire le charme ou la terreur, l'énergie ou la bonté, le sentiment ardent de vengeance ou de résignation, exhalés par chacune de ces pièces, dont la lecture laisse une impression si particulière, si vive, si pénétrante.

Et lorsque, dans nos voyages à travers la Bretagne, nous avons entendu chanter aux pardons, aux baptêmes, aux mariages, aux funérailles, tel cantique, tel gai refrain ou tel lugubre adieu, combien de fois, en constatant l'effet qu'ils produisaient, n'avons-nous pas admiré la fidélité d'accent de

l'auteur du Barzaz-Breizl Peut-être quelque erreur s'est-elle glissée dans ses appréciations, soit; mais il a tressailli, il a combattu, il a pleuré, il a aimé avec la Bretagne : cela suffit à sa gloire.

Faire vibrer l'âme d'un peuple, c'est avoir accompli œuvre créatrice....

Nous empruntons au Barzaz-Breiz quelques pièces et extraits de pièces à l'appui de notre manière de voir.

Prenons la Marche d'Arthur, « dont l'armée défile au sommet des mon- « tagnes Noires^ chaque fois qu'une guerre se prépare ».

Le chef illustre mort, au sixième siècle, en défendant sa patrie, est encore vivant aux yeux fidèles des Bretons.

Page 1