‹ Le littoral de la FranceChapitre 94 sur 120 · LA MARCHE D'ARTHUR · texte numérisé non relu

LA MARCHE D'ARTHUR

BALE ARZUR

Energlco

Deomp, deomp, deomp,deomp, deomp, deomp,d'ar gad! Deomp kar,deomp

tt

f ^ irj

i)reur, deomp map deomp tad! Deomp, deoŒ{); deomp, hoU deomp ta tud vad!

Allons, allons, allons au combat! Allons, parent, allons, frère, allons, fils, allons Dèrc! allons ! allons 1 allons tous! allons donc, hommes de cœur!

« Le fils du guerrier disait à son père, un matin : « Des cavaliers au sommet de la « montagne ! »

Des cavaliers qui passent, montés sur des coursiers gris qui reniflent de froid!

Rangs serrés six par six; rangs serrés trois par trois; mille lances brillant au soleil.

Rangs serrés deux par deux, suivant les drapeaux que balance le vent de la Mort.

Neuf longueurs d'un jet de fronde, depuis leur tête jusqu'à leur queue.

C'est l'armée d'Arthur, je le sais; Arthur marche devant, au haut de la montagne.

« Si c'est Arthur, vite à nos arcs et à nos flèches vives! et en avant à sa suite, et que le dard s'agite ! »

Il n'avait pas fini de parler que le cri de guerre retentit d'un bout à l'autre des montagnes :

« Cœur pour œil! tête pour bras! et mort pour blessure, dans la vallée comme sur la montagne! et père pour mère, et mère pour fille !

« Étalon pour cavale, et mule pour âne! chef de guerre pour soldat! et homme pour enfant! sang pour larmes! et flammes pour sueurs!

« Et trois pour un, c'est ce qu'il faut, dans la vallée comme sur la montagne, jour et nuit, s'il se peut, jusqu'à ce que les vallées roulent des flots de sang!

« Si nous tombons percés dans le combat, nous nous baptiserons avec notre sang et nous mourrons le cœur joyeux!

« Si nous mourons comme doivent mourir des chrétiens, des Rretons, jamais nous ne mourrons trop tôt! »

DU MONT SAINT-MICHEL A LORIENT n21

Oïl ne saurait, à la fois, parler d'une manière plus vindicative et plus généreuse; aussi, le chant, paroles et musique, est-il très populaire.

Une autre poésie patriotique : Le Tribut de Noménoé est « remarquablement belle, » disait Augustin Thierry.

Nous pouvons ajouter que des cœurs bretons tressaillent toujours en la lisant, et nous nous souvenons d'avoir entendu un vieillard soupirer cette pensée mélancolique.

« Ah! si nous n'avions eu que des chefs comme Noménoé, comme < Alain Barbe-Torte et comme Alain-Fergent! »

LE TRIDL'T DE NOMIÙNOÉ

DnOl'K KINNIG NEUMENOIOD

A . Adànte,

FTp ' M ^

Ana aour ieo - teo a zo falc''h - et; Jt- ^

Bru men - - ni

g— rr

rak-tal en deuz gret. Ar - gad!- Bru-meo-ni ral(-tal ea deuz gret

L'herbe d'or est fauchée; il a bruiné tout à coup.

— Bataille! —

« Il bruine, disait le grand chef de famille, du sommet des montagnes d'Arez;

— Bataille! —

« 11 bruine depuis trois semaines, de plus en plus, de plus en plus, du côté du pays des Francks,

« Si bien que je ne puis, en aucune façon, voir mon fils revenir vers moi. « Bon marchand, qui court le pays, sais-tu des nouvelles de mon fils Karo?

— Peut-être, vieux père d'Arez; mais comment est-il et que fait-il?

— C'est un homme de sens et de cœur; c'est lui qui est allé conduire les chariots à Tiennes,

« Conduire à Rennes les chariots traînés par des chevaux, attelés trois par trois, « Lesquels portent sans fraude le tribut de la Bretagne, divisés entre eux.

— Si votre fils est le porteur du tribut, c'est en vain que vous l'attendrez. « Quand on est allé peser l'argent, il manquait trois livres sur cent;

0 Et l'intendant a dit : « Ta tête, vassal, fera le poids. »

« Et, tirant son épée, il a coupé la tête de votre fils.

< Puis il l'a prise par les cheveux, et il l'a jetée dans la balance. »

Le vieux chef de famille, à ces mots, pensa s'évanouir;

Sur le rocber, il tomba rudement, en cachant son visage avec ses cheveux blancs;

Et, la tête dans la main, il s'écria en gémissant : « Karo, mon fils, mon pauvre cher fils! »

Le grand chef de famille chemine, suivi de sa i)arenlé;

Le grand chef de famille approche, il approche de la maison forte de Noménoé. « Dites-moi, chef des portiers, le maître est-il à la maison? « Qu'il y soit ou qu'il n'y soit pas, que Dieu le garde en honne santé! » Comme il disait ces mots, le seigneur rentra au logis; Revenant de la chasse, précédé par ses grands chiens folâtres ; Il tenait son arc à la main et portait un sanglier sur l'épaule, Et le sang frais, tout vivant, coulait, sur sa main blanche, de la gueule de l'animal. « Ronjour! bonjour à vous, honnêtes montagnards; à vous, d'abord, grand chef de famille;

« Qu'y a l-il de nouveau? Que voulez-vous de moi?

— Nous venons savoir de vous s'il est une justice; s'il est un Dieu au ciel et un chef en Bretagne?

— Il est un Dieu au ciel, je le crois, et un chef en Bretagne, si je puis.

— Celui qui veut, celui-là peut; celui qui peut, chasse le Franck, « Chasse le Franck, défend son pays, et le venge et le vengera!

« II vengera vivants et morts, et moi, et Karo mon enfant, « Mon pauvre fds Karo décapité par le Franck excommunié ;

« Décapité dans sa fleur, et dont la tête, blonde comme du mil, a été jetée dans la balance pour faire le poids ! »

Et le vieillard de pleurer, et ses larmes coulaient le long de sa barbe grise,

Et elles brillaient comme la rosée sur un lis, au lever du soleil.

Quand le seigneur vit cela, il fit un serment terrible et sanglant :

« Je le jure par la tête de ce sanglier, et par la flèche qui l'a percé ;

« Avant que je lave le sang de ma main droite, j'aurai lavé la plaie de mon pays! »

Noménoé a fait ce qu'aucun chef ne fit jamais :

11 est allé au bord de la mer avec des sacs pour y ramasser des cailloux,

Des cailloux à offrir en tribut à l'intendant du roi chauve*.

Noménoé a fait ce qu'aucun chef ne fit jamais :

II a ferré d'argent poli son cheval et l'a ferré à rebours.

Noménoé a fait ce que ne fera plus aucun chef :

H est allé payer le tribut, en personne, tout prince qu'il est.

« Ouvrez à deux battants les portes de Rennes, que je fasse mon entrée dans la ville

« C'est Noménoé qui est ici, avec des chariots pleins d'argent.

— Descendez, seigneur; entrez au château; et laissez vos chariots dans la remise; « Laissez votre cheval blanc entre les mains des écuyers, et venez souper là-haut.

« Venez souper, et, tout d'abord, laver; voilà que l'on corne l'eau, entendez-vous '•*?

— Je laverai dans un moment, seigneur, quand le tribut sera pesé. » Le premier sac que l'on porta (et il était bien ficelé),

Le premier sac qu'on apporta, on y trouva le poids.

i. Le roi de France, empereur d'Allemagne, Charles le Chauve. 2. On se lavait les mains, au son du cor, avant le repas.

Le second sac qu'on apporta, on y trouva le poids de nu^nie. Le troisième sac que l'on pesa : « Ohé ! Ohé ! le poids n'y est pas ! » Loi'sque l'intendant vit cela, il étendit la main sur le sac; Il saisit vivement les liens, s'efforçant de les dénouer. a Attends, attends, seigneur intendant, je vais les couper avec mon épéo. » A peine il achevait ces mots, que son éjiée sortait du fourreau, Qu'elle frappait au ras des épaules la tête du Franck courbé en deux. Et qu'elle coupait chair et nerfs et une des chaînes de la balance de plus La tète tomba dans le bassin, et le poids y fut bien aussi 1 1 Mais voilt\ la ville en rumeur : « Arrête, arrête l'assassin. a 11 fuit ! il fuit ! portez des torches; courons vite après lui! — Portez des torches, vous ferez bien, la nuit est noire et le chemin glacé; 0 Mais je crains fort que vous n'usiez vos chaussures à me poursuivre, « Vos chaussures de cuir bleu doré ; quant à vos balances, vous ne les userez plus l a Vous n'userez plus vos balances d'or en prenant les pierres des Bretons!

— Bataille! —

Près de ce chant énergique, îe chant triomphal consacré à Alain le Renard\ vainqueur des Normands, prend naturellement place.

Page 1