Graesel, Manuel de biblioth économie, p
2. « Pour les volumes brochés, ou dont la tranche n'est pas bien nette, il sera préférable d'en brosser la tranche avec une brosse un peu ferme : on parviendra plus facilement ainsi à 'es nettoyer à fond. » (Jules Cousin, op. cit.. p. 142.)
r». Cf. supra, p. 2,
semestre, en avril et en octobre, par exemple « De même, remarque Alkan aîné1, que Ton a soin
• le faire brosser ses habits, il faut l'aire épousseter de temps en temps les livres, les battre, essuyer la tranche avec le plus grand soin. »
Mais avec quoi l'essuyer?
Le docteur Graesel aussi bien que la circulaire ministérielle du A mai 1878 conseillent, pour cet essuyage, l'emploi « de chiffons de laine2 ». Suivez plutôt le conseil de Gabriel Peignot, de Jules Richard, de MM. Jules Cousin et Edouard Rouveyre3 : ne vous servez pas de lainage pour les soins d'entretien et de propreté à donner à vos livres. La laine attire et retient les insectes et les vers, et, par elle, vous risquez d'introduire l'ennemi dans la place.
« Chaque fois que vous prendrez dans votre bibliothèque un livre pour le consulter, dit Jules Richard4, époussetez-le, puis frottez-lui le dos et les
1. Les Livres et leurs ennemis, p. 9. (Paris, Techener, 1885; in-8, 16 pp.)
'2. « Ou de toile », ajoute, il est vrai, le docteur Graesel, comme nous venons de le voir il y a un instant, page 5. " ... L'essuyage pratiqué au moyen de chiffons de laine ou de linge secoués à l'extérieur de la salle, » dit la circulaire en question (ap. Albert Maire, op. cit., p. 445).
o. Gabriel Peignott Manuel du bibliophile, t. II, p. 424: — .Iules Richard. l'Art de former une bibliothèque, p. 147 ; — Jules Cousin, op. cit., p. 142; — Edouard Rouveyre, Connaissances nécessaires à un bibliophile, 3* édit., t. I, p. 108.
i. Op. cit., p. HT. — Par une singulière contradiction, Jules Richard, qui proscrit ici la laine et le drap, déclare
plats avec une peau fine, semblable à celle dont se servent les domestiques pour faire briller l'argenterie. Cette friction hygiénique est excellente et des plus salutaires pour la santé du livre. Je vous en prie, n'oubliez ni le plumeau en plumes douces, ni la peau fine. On peut remplacer cette dernière par des foulards hors de service et très usés. »
D'aucuns blâment l'emploi du petit plumeau, — — si commode pourtant, puisqu'il est facile de dissimuler ce minuscule objet dans les rayons de la bibliothèque, et de l'avoir ainsi toujours sous la main, — et allèguent contre lui qu'il projette la poussière dans la pièce, sinon même sur les rangées de livres des tablettes inférieures. Il est évident, ainsi que nous allons le constater dans un moment, que, s'il s'agissait d'un grand nettoyage, le plumeau ne pourrait efficacement servir et devrait même être proscrit; mais, quand il ne s'agit que de quelques volumes, des ouvrages que vous tirez un à un de vos rayons, durant vos lectures ou vos recherche-, n'hésitez pas à recourir à ses bons offices. En tout cas, n'oubliez pas le point capital : avant d'ouvrir un livre, ne négligez jamais d'enlever la poussière accumulée sur sa tranche supérieure, afin que cette
(p. bti] qu'il ne blâmera pas les amateurs. <- si leurs rayons sont confortablement doublés de drap ». Peignot, au moins, a t'ait amende honorable : voir infra, p. 9, note .">.
poussière ne pénètre pas dans l'intérieur du livre; pour cela, quand vous essuyez ou époussetez cette tranche, pressez fortement le livre entre vos doigts, en le tenant du côté de la tranche verticale, de la gouttière.
Il va de soi que la poussière qui se dégage des livres qu'on époussète ou qu'on bat ne laisse pas d'être fort désagréable et gênante, voire dangereuse. Pour s'en préserver, un savant du xvme siècle, le chimiste Macquer (1718-1784), qui fut membre de l'Académie des sciences et directeur de la manufacture de porcelaine de Sèvres, avait imaginé « un demi-masque, qui couvre exactement le nez et la bouche. Ce masque doit être garni à la partie intérieure [inférieure?] d'un tamis de soie ou même de crin un peu serré. Quand on voudra se servir de ce masque, on aura soin d'entretenir la toile du tamis toujours mouillée. L'eau dont il sera humecté n'empêchera pas l'air de passer par les interstices des fils; mais si cet air est chargé de poussière, les particules même les plus fines de cette poussière se trouveront arrêtées, » etc.
Ce système ne parait pas avoir obtenu grand succès, et le conseil de l'illustre chimiste n'a guère été suivi. « Les savants, penchés sur des bouquins, ont mieux aimé avaler quelques microbes que de s'imposer bénévolement une torture qui aurait fait d'eux autant d'hommes au masque de fer, » conclut, avec
autant d'humour que de raison, un des collaborateurs de V Intermédiaire des chercheurs et curieux \ auquel j'emprunte ce détail.
Nombre d'hygiénistes interdisent aujourd'hui formellement, et non sans motifs, l'époussetage, — surtout, encore une l'ois, quand on opère un nettoyage général, — et recommandent d'y substituer l'essuyage. « Lorsque vous époussetez, disent -ils, vous ne faites que déplacer la poussière, vous la chassez d'un meuble sur d'autres, et, les germes morbides, qui étaient tranquilles dans un coin, vous les faites voltiger au milieu de la pièce, à portée de vos organes respiratoires.... Ce que demande le poumon, c'est de l'air, de l'air pur : l'air souillé, c'est comme de l'eau pleine de boue. L'air sale ne vaut pas mieux pour nous que l'eau croupie.... Donc, ri époussetez pas, essuyez doucement avec un linge, que vous secouerez ensuite dehors. Si c'est possible, jetez de l'eau sur le plancher, car l'eau attire à elle la poussière. Enfin, ouvrez la pièce aux rayons du soleil ; la lumière facilite la combustion
1. 10 septembre 1904, col. 582-585. Mulsant conseille simple ment « de faire secouer ces papiers [les papiers poudreux par des employés ayant la bouche et les narines couvertes d'un linge destiné à empêcher l'introduction de ces nuisibles poussières ». (Un Bibliophile [Etienne Mulsant], les Ennemis des livres, p. 17: Lyon, II. Georg, 1879; petit in-8. Ci pp. « Opuscule très instructif, mais devenu aujourd'hui extrêmement rare, » dit de cette plaquette M. IIoi ldert. dans son ouvrage les Insectes ennemis des livres, p. 16.)
USAGE ET ENTRETIEN DES LIVRES. lJ
des organismes <ui suspension dans l'air cl nous en débarrasse '. »
Pour le motif que je vous ai signalé il \ a un instant, uv garnissez pas de drap les tablettes de votre bibliothèque. Sans doute cette garniture offre certains avantages : adaptée en bandelette sur le devant et le long- de chaque rayon, comme Ta un moment demandé Peignot, qui s'est rétracté ensuite2, elle préserve quelque peu de la poussière la tranche supérieure des volumes rangés immédiatement audessous; appliquée à plat sur la surface même des layons, elle protège la partie inférieure de la reliure de vos livres en leur ménageant un frottement plus doux que celui du bois; mais, en revanche, ce parement de drap est un nid à poussière, un réceptacle d'insectes3.