Ancienne Revue des Revues, 15 novembre 1905, p
2. On sait comment un des personnages d'Henry Murger qualifiait les recueils poétiques, tous ces Soupirs, Sanglots, Rêves brisés, Préludes, Aspirations, etc., dont la vente est d'ordinaire complètement nulle, et qui encombrent la place : « Un garçon de bon sens appelait ce genre de recueils /es punaises de la librairie ». (Henry Murger, Seènes de la vie >/<■ jeunesse. Un Poêle de gouttières, p. "230; Paris, Michel Lévy, 1859.)
". Loc. cit.
l'habitude de dormir, dès que la tête est sur l'oreiller, et ce n'est pas à dédaigner. Ainsi, pas de détours pour commencer une bonne nuit, pas de recherche de littérature inférieure pour trouver un hypnotique intellectuel. »
Et quelle est la meilleure lumière pour lire, soit au lit, soit devant sa table? Quelle est la lumière qui fatigue le moins les yeux?
Nous avons entendu Victor Advielle nous déclarer qu'il ne s'était « jamais servi que de bougie pour travailler le soir1 », et attribuer à cet usage exclusif l'excellente vue qu'il avait conservée à soixanteseize ans. Mais des expériences récentes démontrent que, tout au contraire, «la lumière la plus fatigante serait la bougie, l'antique et respectable bougie; viendrait ensuite le gaz, puis le soleil, et enfin la lumière électrique2 ».
Suivant les conseils de nombreux médecins spécialistes, on ne doit pas lire continûment des heures entières, et il est bon d'interrompre fréquemment si lecture pour regarder au loin, à travers la fenêtre, ou, si la vue est bornée par un mur très rapproché, porter les yeux en haut, vers le ciel, — le meilleur moyen de reposer les yeux étant de regarder au loin. Il est bon également de quitter son livre pour prendre des
1. Cf. supra, t. III, p. 220, note 1. Voir toute cette note, relative aux rapports de l'éclairage avec les faculté- visuelle*
2. V Electricien cité dans le Journal de la Jeunesse. 2") janvier 1902, Supplément.
notes, pour réfléchir, ou, mieux encore, se lever de Bon siège, marcher et circuler quelque peu dans Tappartemenl ou la pièce '.
1 . ( !f. supra, t. II, p. 58 : et Edouard Roi \ EYRE, ( onnaissances s lires à un bibliophile, t. III, p. 19. — Sur l'influence de la lecture sur la vue, voici de très intéressantes considérations, empruntées à l'ouvrage du docteur Emile Javal, Physiologie de la lecture et de Récriture (pp. 184-186), que nous ayons amplement déjà mis à contribution : « Ce n'est pas Béns raison que la lecture passe pour l'une des occupations les plus fatigantes qu'on puisse imposer à la vue; nous allons rechercher les causes spéciales de la fatigue éprouvée par tant de personnes, lorsqu'elles lisent pendant longtemps sans désemparer, et déduire de celte étude les conditions qu'il faut remplir pour pouvoir lire impunément pendant un temps presque indéfini. Il faut remarquer tout d'abord que la rétine peut fonctionner sans interruption toute la journée, sans qu'il se produise le moindre symptôme de fatigue. En effet, à la chassé ou en voyage, nous pouvons regarder autour de nous pendant des journées entières sans que nos yeux éprouvent jamais le moindre sentiment de lassitude. Il n'en est plus de même quand nous appliquons notre vue à distinguer des objets très rapprochés : dessinateurs, écrivains, ouvriers de précision ou couturières, ceux qui passent de nombreuses heures tous les jours à leur table de travail, sont sujets à se fatiguer plus ou moins et à devenir myopes. L'application prolongée de la vue sur des objets voisins est donc une cause de fatigue si généralement reconnue, qu'elle n'est mise en doute par personne. Ce n'est pas une raison pour poser en axiome l'influence nocive de la vision des objets voisins; a priori, rien ne permettait de prévoir ce fait, qu'il non- faut accepter tout d'abord comme purement expérimental.... C'est par une tension permanente interne que nous avons expliqué la fatigue de l'homme de lettres, de l'artiste et de l'ouvrier de précision. Mais cette fatigue, et la myopie qui en résulte si souvent, atteignent un degré d'intensité et de fréquence bien plus remarquable chez le
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La défense faite par Harold Kletl de corner les feuillets d'un livre en guise de signet s'explique tout naturellement, puisque cette corne casserait le papier et y laisserait un pli ineffaçable. Pour marquer
lecteur que chez les ouvriers qui se livrent au travail Le plus assidu: pour le démontrer, il n'est même pas besoin de recourir aux statistiques, dont les résultats confirment d'ailleurs nos assertions. Passez en revue les artisans, les couturières, les artistes les plus laborieux que vous connaissez, et, si vous prenez la peine de mettre en parallèle le nombre des myopes que vous remarquez parmi eux et celui des myopes que vous comptez parmi les savants de votre connaissance, c'est parmi ces derniers que la proportion des myopes est la plus grande, et de beaucoup. Connaissez-vous beaucoup de bibliothécaires qui ne soient pal myopes? Comptez-vous beaucoup de myopes parmi les couturières? Autre exemple : entiez dans la salle de rédaction d'un journal, les myopes sont en majorité: passez dans l'atelier des compositeurs, la proportion est retournée; cl cependant les compositeurs, tout comme les couturières, fournissent généralement un nombre effectif d'heures de travail bien plus grand que les littérateurs les plus laborieux [Assertion des plus contestables, soit dit en passant]. Remarquons encore, parmi les littérateurs, la fréquence plus grande de la myopie chez ceux qui lisent beaucoup: le compilateur a bien plus de chance d'être myope que le poète, l'auteur dramatique ou le compositeur de musique. Si nous voulons remonter aux causes, nous remar querons tout d'abord que la myopie date souvent de l'en fance.... Nous noterons ensuite que la lecture exige une ap plication absolu ment permanente de la vue. L'artiste, I'écfi vain, l'artisan même, interrompent à tout instant leur Ira vail pour réfléchir, tandis que le lecteur n'accorde pas m
l'endroit où vous vous arrêtez dans voire lecture, à défaul de ruban attaché à la tranchefile, servez-vous d'une languette de papier, que vous glisserez entre Les pages.
Humecter son doigt pour tourner les feuillets d'un livre est, il faut l'avouer, un procéda bien commode el bien lenlanl. Lorsque, debout devant une boîte de bouquiniste ou le comptoir d'un libraire, vous parcourez un volume et vous trouvez arrêté par deux feuillets, qui, en dépit de vos essais réitérés et de toutes vos insistances, s'obstinent à ne pas se décoller, que faire, sinon mouiller votre doigt et l'appliquer aussitôt sur le feuillet à soulever? Et tous '•eux qui ont des quantités de minces feuilles de pa-
înstant de repos à l'organe. La couturière n'a besoin de boute son attention qu'au moment où elle pique dans l'étoffe, le typographe ne regarde la lettre que, tout au plus. au moment où il la saisit; tandis que le lecteur voit défiler les mots sans trêve ni relâche pendant des heures. Cette application continue est accompagnée nécessairement d'une tension permanente du muscle ciliaire.... En troisième lieu, les livres sont imprimés en noir sur fond blanc; devant eux. l'œil est donc en présence du contraste le plus absolu qu'on puisse imaginer, et il n'est guère de profession où celte circonstance se présente à un aussi haut degré. Nous proposons d'atténuer les inconvénients de ce contraste en faisant usage de papier jaune pour l'impression des livres. La nature du jaune à employer n est pas chose indifférente. Nous préférerons du jaune résultant de l'absence des rayons bleus et violets, analogue à celui que donnent les pâtes de bois, et qu'on» corrige bien à tort par une addition de bleu d'outremer.... >» — Sur la meilleure teinte du papier pour les yeux. cf. t. III. p. 17.
pier à manipuler ou à compter, les employés de banque, par exemple, qui vérifient des coupons, de quoi se servent-ils pour tourner une à une toutes ces menues fiches? D'un de leurs doigts, un doigt mouillé, mouillé d'ordinaire sur une éponge1.
Le doigt mouillé, encore une fois, est tout à l'ait de circonstance, dans ces opérations, et comme tout indiqué : chacun y a recours, tout naturellement et involontairement.
Oyez pourtant ce dont nous avertit un doyen de notre Faculté de médecine, le docteur Brouardel (1857-1906), des plus autorisés en l'espèce :
« Parmi les causes de propagation de la tuberculose, il faut noter l'habitude trop répandue de s'aider d'un doigt préalablement humecté de salive pour feuilleter un livre, un dossier, des papiers quelconques, — jusqu'aux plus crasseux billets de banque. Si « la moitié » du personnel des instituteui
1. M. Albert Maire écrit (Hygiène du livre à /'frôle, dans /' Éducation moderne, janvier 1900, pp. 15-10) : « Les lecteurs ne doivent jamais mouiller les doigts pour tourner les feuillets d'un livre. // est facile d'en soulever les feuillet-, aussi rigide que soit le papier, en prenant, dans le coin droit, plusieurs feuillets à la fois; on les roule sous les doigt-. <t les feuillets se présentent un à un; il suffit alors de les soulever et de les retourner. » Non, et il faut bien le reconnaître, il n'est pas toujours facile de soulever et séparer les feuillets; souvent ils semblent collés les uns aux autres, et rien, encore une fois, n'est plus expéditif et plus souverain que le doigt mouillé. Que ce procédé soit dangereux et doive être énergiquement blâmé et déconseillé, nous n'en disconvenons pas, mais c'est une autre question.
primaires de Paris est phtisique, elle le doit, pour une bonne pari, à cette pratique malpropre et funeste. Ceci, on le voit d'ailleurs faire tous les jours, non pas seulement dans l'enseignement, mais dans les bureaux, les offices ministériels, etc. Les élèves, les employés, les clercs font ce qu'ils voient faire; ils emportent ensuite partout, dans leur carrière administrative ou dans leur vie d'hommes d'affaires, l'habitude de ces immenses dangers.
« Le tuberculeux dépose innocemment sur les feuilles de papier des bacilles que l'homme sain y ramasse et porte inconsciemment à sa bouche : il suffit d'un malade pour empoisonner toute une bibliothèque, tous les cartons d'une étude ou d'un bureau.
« Les professeurs, pères de famille, maîtres de pension, instituteurs, ou autres personnes chargées le surveiller la jeunesse studieuse, feront bien de ne pas perdre de vue ce danger.
« Un avis pourrait môme être affiché dans les bibliothèques et salles de lecture pour mettre le public en garde contre cette fâcheuse habitude1. »
Lcx preuves abondent de la réalité de ce péril, de la fréquence de cette contagion, et nous n'a-
I. Conférence faite à Nancy par le docteur Brouardel, doyen de la Faculté de médecine de Paris, sur les causes de la propagation de la tuberculose. (L'Indépendance de l'Est, 26 mars 1900.^
vons, pour en fournir, que l'embarras du choix.
Il y a quelques années, à Kharkow, chef-lieu de gouvernement de la Russie méridionale, « une véritable épidémie de tuberculose s'était abattue sur les employés de la municipalité, surtout sur ceux spécialement affectés aux archives. Émus de cet état de choses, les médecins soumirent ces archives à des analyses bactériologiques et micrographiques, et constatèrent bientôt que les bacilles de Koch y pullulaient. L'enquête établit que l'employé préposé liés longtemps auparavant aux archives, tuberculeux à la dernière période, avait la mauvaise habitude de se mouiller le doigt rivet- de la salive pour feuilleter el compulser les pièces. Il avait ainsi contaminé les archives soumises à sa garde; les bacilles. avec le temps, s'y étaient développés, et avaient créé un véritable foyer de tuberculose qui avait infecté les employés. Que ceci serve de leçon aux personnes qui ont la mauvaise habitude de ne pouvoir feuilleter un livre sans l'intervention de la salive. Avis aussi à celles qui empruntent des livres aux cabinets de lecture, livres prêtés en grand nui ni ire aux malades de toute sorte1. »
Nous avons du reste déjà relaté des exemples de contagion, et des plus concluants, dans noire chapitre du « Prêt des livres2», — livres de bibliothèque^