‹ Le livre (volume 2)Chapitre 8 sur 322 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

". Un des plus curieux exemples des méfaits des souris dans une bibliothèque ou dans ses dépendances, c'est la découverte que firent, en 1875, à la bibliothèque de Troyes. lors du procès du bibliothécaire Ilarmand, les experts Ludo-

« Les rats y ont aussi recours pour leurs nids, mais ils semblent préférer d'autres matières que le papier, et ce n'est qu'à défaut de substances laineuses qu'ils s'attaquent aux livres.

« Il y a bien le chat (comme préservatif). Mais le remède est souvent pire que le mal : le chat aiguise ses griffes sur le dos des livres, lorsqu'ils sont à sa portée; dans tous les cas, il sait les y mettre. »

Il reste à nous occuper de la chaleur, solaire ou autre, et des insectes.

Les dangers dont le voisinage du feu, c'est-à-dire simplement une chaleur trop vive, menace les livres

vie Lalanne et Anatole de Montaiglon. Harmand avait pris soin de rayer du catalogue les livres qu'il dérobait, en sorte que les experts ne trouvaient aucune trace de ces volumes, et que leur tâche devenait presque impossible. Il existait bien, dans le grenier de la bibliothèque, la collection complète des fiches qui avaient servi à dresser le catalogue, mais celles de la section des Beaux-Arts et celles des Belles-Lettres étaient réduites en miettes : durant de longues années, les souris, qui abondaient sous ces combles, les avaient grignotées et ainsi annihilées. D'autres fiches, au contraire, celles de la Théologie et de l'Histoire, placées dans un autre coin du grenier, sous une soupente, étaient demeurées intactes. Pourquoi cette différence, et d'où provenait-elle? Oui avait si bien défendu les fiches des deux dernières sections contre les attaques et méfaits des rongeurs ? Un hibou, qui s'était glissé sous les tuiles de la soupente et y avait depuis longtemps élu domicile. (Cf. mon volume Amateurs et Voleurs de livres, pp. i> i-98 ; Paris, Daragon, 1903.)

sont évidents, et il serait superflu d'insister sur ce point.

Le soleil mange la couleur des reliures, principalement lorsque cette couleur est tendre; voilà pourquoi nous avons conseillé1, à propos de la parure et de l'habillement des livres, de se méfier des vertpomme ou olive, des jaune-paille et des bleu-pervenche. L'effet des rayons solaires est surtout fâcheux pour les volumes appartenant à un même ouvrage. Selon qu'ils ont été peu ou prou frappés par ces rayons ou en ont été préservés, les dos de ces volumes ne se ressemblent plus : les uns ont conservé leur couleur, les autres l'ont totalement perdue, d'autres, et c'est le plus grand nombre, n'ont blanchi que d'un côté, du côté tourné vers la fenêtre, et leurs dos se partagent en deux teintes brusquement tranchées, deux étroites bandes de couleurs toutes différentes : on ne se douterait jamais, à la vue de ces disparates, qu'on a devant soi un seul ouvrage, les éléments extérieurement égaux et similaires d'un même tout2.

Le gaz d'éclairage, par le calorique qu'il développe et par les émanations sulfureuses qu'il engendre, attaque aussi la reliure des livres : ce sont natu-

1. Sur les inconvénients des couleurs claires, en reliure, Cf. t. III, p. 516.

2. Cf. t. III, pp. 68 et 76, les changements de couleur produits sur les papiers modernes par la lumière naturelle et la lumière artificielle.

rellement les volumes rangés sur les rayons les plus élevés qui son! atteints les premiers et le plus grièvement. William Blades, dans son étude sur le* Li et leur* ennemi*1, nous apprend qu'ayant fait installer le gaz dans son cabinet de travail et placer une suspension à trois becs au-dessus de sa table, la tension de la chaleur de l'atmosphère vers le plafond de la pièce produisit en peu de temps, au bout d'une année à peine, des effets désastreux.

« Les dos des livres placés sur les rayons supérieurs furent tous abîmés, et, quand on les touchait. ils se séparaient des volumes, s'éparpillant comme du tabac à priser. Ce désastre, bien entendu, n'était dû qu'aux émanations sulfureuses produites par le gaz; ces émanations attaquent en premier lieu le maroquin, puis le vélin; bien que le cuir de Russie résiste plus longtemps, il finit par être détruit par cet impitoyable ennemi2. »

En revanche, un savant allemand, M. Wiesner, affirme que le gaz d'éclairage, à distance raisonnable, n'a aucune action sur la constitution et la blancheur du papier :

« ... M. Wiesner avait précédemment observé que du papier à pâte de bois, exposé pendant quatre

4. Page 52. Ouvrage traduit de l'anglais. Pari<. Clan. lin. 1883; in-8, 128 pp.

"1. William Blades, op. rit., p. "". Cf. Graesel, op. cit.. pp. 40 et 60.

mois à 75 centimètres d'un bec de gaz de huit bougies, n'avait pas plus été décoloré qu'après deux heures d'exposition directe au soleil. Il a exposé ce même papier, le plus répandu pour les publications actuelles, dans une chambre éclairée au gaz et mal ventilée : après 5400 heures d'exposition, la température n'ayant pas dépassé 2i degrés centigrades, il reconnut que les gaz non brûlés, seuls ou mélangés à de l'oxygène, n'avaient eu aucune action sur le papier.... M. Wiesner conclut que l'éclairage au gaz peut être maintenu, sans danger de détérioration pour les livres, dans les bibliothèques. Il va sans dire que celle conclusion n'exclut pas l'emploi de la lumière électrique, qui, sans influer plus que le gaz sur l'état physique et la coloration du papier, a sur lui l'avantage de réduire dans une très forte proportion les risques d'incendie1. »

Que cette conclusion soit exacte, en ce qui concerne le papier, soit2; mais, en ce qui concerne les livres, les livres reliés, elle doit être repoussée. Tout le monde est d'accord pour reconnaître que le gaz d'éclairage est funeste aux cuirs, à toutes les reliures.

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