‹ Le livre (volume 3)Chapitre 103 sur 163 · Causeries du lundi, t. XIII, p. 45«) (Appondico · texte numérisé non relu

Causeries du lundi, t. XIII, p. 45«) (Appondico

2. Avant Sainte-Beuve,' Voltaire avait dit {Diclionnahe />/iilosophique, ait. Gens de Lettres; Œuvres complètes, I. L p. 422, édit. du journal le Siècle) : « Il y a beaucoup do i^ons de lettres qui ne sont point auteurs, et ce sont probablement les plus beureux. Ils sont à l'abri du dégoût que la profession d'auteur entraîne quelquefois, des querelles que la rivalité fait naître, des animosités de parti, et des faux jugements; ils jouissent plus de la société; ils sont juges, et les autres sont jugés. -•

je me rattache aux Lettres seules, le plus sûr des amours. Mais je n'en sépare pas ce qui en fait la force et Thonneur, je veux dire le sérieux et le vrai de la pensée ^ »

Un secrétaire de Sainte-Beuve, Térudil et fin critique Jules Levallois (1829-1905)^ l'auteur de Cri-

i. Sainte-Beuve. Correspondance, t. II, p. 228.

2. " Après lui [M. Octave Lacroix], j'eus presque immédiatement pour secrétaire un homme, très jeune alors, et dont le nom, aujourdliui bien connu, est, à lui seul, un éloge. i\I. Jules Levallois... » [Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. IV. p. 400. Appendice (1865)]. « ...Un jeune écrivain, M. .Iules Levallois, qui unit le goût vif des arts au sentiment de- Lettres.... •' (Id., Port-Royal, livre VI, t. V, p. 477, note. '« Jules Levallois... l'un des plus éminents critiques du xix** siècle. •• (Jules Troubat, Sainte-Beuve intime et familier, p. 14. Paris, L. Duc, lOO.'i. In-8, 7A pp.) « ...Il y eutune heure où Jules Levallois, qui nétait plus, depuis des année-, qu'un philosophe résigné, fut une puissance en littérature. Adolphe Guéroull,le fondateur de VOpinion nationale, qui se connaissait en hommes, l'avait chargé de la critique littéraire dans son journal, et Jules Levallois fut là pour les livres ce que Francisque Sarcey fut pour les théâtres. Le- « Variétés littéraires •> de Levallois étaient aussi lues dans le corps du journal que la « Causerie dramatique » au bodu feuilleton. Et, pour toute une génération, consacrer* ^aujourd'hui par la gloire, pour les Concourt, pour Zola, pour Daudet, Jules Levallois fut « le bon juge », et, à se> heures, mérita d'être — alors que Schérer et Montégut écrivaient encore — regardé comme le successeur direct de Sainte-Beuve, dont il avait été le secrétaire.... Jules Levailois était un esprit supérieur que hantaient les problèmes de la destinée humaine; mais... c'était aussi un esprit charmant, très brillant et très gai, qui séduisait tous ceux qui rai)prochaient. » (Jules Claretie, le Figaro, 18 septembie 1903. Un secrétaire de Sainte-Beuve.)

l'amour des LIVRKS ET DE LA LECTUUE. 205 ti(iio' mililanlc, do Corneille inroniiu, de Sfiintelieuve, de Senancour, de PAnnér tVun ennlle, de bt Vieille France^ t\QS Mémoires < l'un critique, olc, (|iii avait songé, nous apprond-il, à écrire « une l^hilnsop/iie de la lecture, dans laquelle il aurait résumé, condensé ses nombreuses observations', »> et a eu l'originale idée de dresser un Calendrier des livre>< que nous décrirons plus loin S a émis, dans une de SCS études sur la vie intellectuelle et sociale, Comment on reste libre'*, celte très juste, très féconde et très belle réflexion : « Savez-vous le grand avantage de la lecture? C'est que, lorsqu'on a le bonheur de Taimer, on ne s'ennuie jamais. Or, un homme qui ne s'ennuie pas est imprenable et libre par excellence. Il y a quelque chose qui vous garde mieux <les séductions, des tentations, que les plus sages maximes, c'est une bonne bibliothècjue. » « La lecture, a-t-il dit encore ^ a été la grande et conti-

1. Julcrt Lkvallois, rAnnce d'un cnnilc. p. 2L (Paris, Lacroix, Verbœckhoven et Cie, 1870.)

•2. Tome H, chap. vin.

r». Dans l'Année d'un ermite, p. LS.

i. Ap. Euu:ènc Noël, le Pelii Rouennais, 12 juin 180G. CL aussi la très intéressante préface des Mémoires d'un critujve (l^aris, Librairie illustrée, s. d.), un des derniers el des meilleurs livres de .Iules Levallois : « ... Aucun de mes contemporains ne me démentira si je dis «{ue, de notre jeunesse première à l'âge suffisamment mûr, le sentiment auquel nous sommes restés le plus fidèles sous des formes bien différentes, à travers la diversité des destinées et des organisalions, a été l'enthousiasme, un fond de respect pour les

nuelle joie de ma vie. » Et voici le plan de conduite ; que ce A'éritable et pur homme de Lettres s'était tracé dès ses débuts, son admirable profession de loi, digne d'être proposée comme modèle à tous ceux qui aiment et cultivent les Lettres : «... Le désir de la réputation littéraire me venait quelquefois, sans me troubler ni m'enflammer ; celui de la fortune, jamais. De bonne heure — et c'est peut-être le seul point par où je suis réellement ce qu'on nomme un original — j'ai fait un pacte avec la pauvreté ^ Ce

idées, pour les écrivains en qui elles sincarnent, pour les livres où elles se manifestent. Nous n'avons pas tous été. tant s'en faut, des littérateurs ou des philosophes, mais nous avons eu presque tous la superstition du livre, et nous ne nous en sommes pas plus mal trouvés.... >• (Page viii.) « ...Lisez beaucoup, et lisez de tout. Le frivole vous mènera au sérieux. Ce goût immodéré de la lecture que je trouvais dans Sainte-Beuve fut une des raisons qui me retinrent et me captivèrent dans son œuvre.... >• (Page xii.) Etc.

1. On connaît ladmirable panégyrique de la pauvreté tracé par Proudhon, dans la Guerre et la Paix (t. II, pp. 185- 185): « ...Acceptez virilement la situation qui vous est faite, et dites-vous, une fois pour toutes, que le plus heureux des hommes est celui qui sait le mieux être pauvre. L'antique sagesse avait entrevu ces vérités. Le christianisme posa le premier, d'une manière formelle, la loi de pauvreté en la ramenant toutefois, comme c'est le propre de tout mysticisme, au sens de sa théologie. Réagissant contre les voluptés païennes, il ne pouvait considérer la pauvreté sous son vrai point de vue; il la fit souffrante dans ses abstinences et dans ses jeûnes, sordide dans ses moines, maudite du ciel dans ses expiations. A cela près, la pauvreté glorifiée par l'Évangile est la plus grande vérité que le Christ ait prcchée aux hommes. La pauvreté est décente; ses habits ne sont pas troués, comme le manteau du cynique; son

l/AMOUU DES LIVRKS ET DE EA LECTURE. 207 n'est donc poinl à i^Mi^iici- de rar^cnl, i-arcniciil à rcrirr des livros, que je pensais <lans ces longues [)i-onienades. Non, j'étais déjà préoeenpé de ce (pii,

li.iltilatioii est propre, saii.hre et close; clic elianj^cMle lin£j[C une l'ois au moins cliaciue semaine; elle n'est ni pAle ni affamée. Gonuiie les compai^nons de Daniel, elle rayonne de santé en mangeant ses légumes; elle a le pain quotidien, elle est heureuse. La pauvreté n'est pas Vaisance; ce serait <léjà, pour le travailleur, de la corruption. Il n'est pas bon que l'homme ait ses aises; il faut, au contraire, qu'il sente toujours l'aiguillon du besoin. L'aisance serait plus encore (juo de la corruption : ce serait de la servitude; et il importe ({ue l'homme puisse, à l'occasion, se mettre audessus du besoin et se passer même du nécessaire. Mais la pauvreté n'en a pas moins ses joies intimes, ses fêtes innocentes, son luxe de famille, luxe touchant, que fait ressortir la frugalité accoutumée- du ménage. A cette pauvreté inévitable, loi de notre nature et de notre société, il est évident qu'il n'y a pas lieu do songer à nous soustraire. La pauvreté est bonne, et nous devons la considérer comme le principe de notre allégresse. La raison nous commande d'y conformer notre vie, par la frugalité des mœurs, la modération dans les jouissances, l'assiduité au travail, et la subordination absolue de nos appétits à la justice. Comment se fait-il maintenant que cette même pauvreté, dont l'objet est d'exciter en nous la vertu et d'assurer ré<iuilibre universel, nous pousse les uns contre les autres et allume la guerre entre les nations/- Etc. Cf. Sénkque, Lettres à Lurilins, 2 (t. IL p. .", trad. Baillard) : « ....La belle chose, s'écriet-il (Épicure)que le contentement dans la pauvreté! » « Mnis il n'y a plus pauvreté, s'il y a contentement. Ce n'est point d'avoir peu. c'est de désirer plus, qu'on est pauvre. >• Etc. Cf. aussi l'érudit et célèbre philologue Joseph Scaliger, de mœurs si simples, déclarant " qu'il avait toujours eu la pauvreté pour com[)agne. » (Larousse, Grand Diclionnairc.) Comme conclusion, constatons que les meilleures choses de la vie, la santé, lalTection. rintelligence, l'esprit, etc., sont celles qu'on ne peut acquérir avec de l'argent.

au fond, a été le grand. Tunique souci de ma vie : tremper et former mon âme, la mettre au niveau des choses et au-dessus des événements ; saisir le côté par lequel, chétif atome perdu dans l'immensité, je pouvais faire œuvre utile, concourir à la marche de Fensemble, jouer ma partie dans le suprême concert, et, dans cette immensité même,' ne pas me sentir rouler sans raison et sans conscience comme l'inerte grain de sable '. »

Et n'est-elle pas émouvante et belle entre toutes, cette apostrophe de Jules Jamn (1804-1874)? « 0 mes livres! mes économies et mes amours! une | fête à mon foyer, un repos à Tombre d'un vieil arbre, mes compagnons de voyage!... et puis, quand tout sera fini pour moi, les témoins de ma vie et de mon labeur^ »

« L'art — c'est-à-dire l'amour du Beau et du Vrai, l'étude et le culte des Lettres — est ce qui nous console le mieux de vivre, » disait Théophile Gautier (181 1-1872)^

L'art, ce consolateur des misères humaines î proclame de son côté François Ponsard (1814-1807)*.

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